« Venez comme vous êtes », un slogan à double tranchant chez MacDo

Des salariés de MacDonald's manifestent devant le siège du groupe en France, à Guyancourt, en banlieue parisienne, afin de dénoncer de faits de harcèlement et de discrimination, en appelant à leur responsabilité. [© Ana Gayon Photographies]

« Venez comme vous êtes », c’est le slogan fétiche de MacDonald’s. Mais les 114 témoignages de salariés recueillis récemment en France raconte une toute autre histoire. Racisme, sexisme, harcèlement, grossophobie et même violences sexuelles, tout y passe. Vendredi 16 octobre, des employés de la multinationale ont manifesté devant le siège de l’enseigne.

Les révélations de Mediapart et de StreetPress avaient déjà bien mis à mal l’image du groupe le 12 octobre. 38 témoignages d’employés de MacDonald’s en France avaient été recensés par les deux médias, qui s’ajoutaient aux 40 déjà recueillis par le collectif MacDroits, composé de salariés et d’ex-salariés du groupe.

Sur ces 40 témoignages, sept plaintes prud’homales et pénales ont été déposées, indique le collectif. Et depuis la publication de l’enquête, d’autres langues se sont déliées. A ce jour, 36 personnes supplémentaires ont témoigné via les réseaux sociaux pour dénoncer des faits similaires au sein de leur restaurant.

David contre Goliath

« On a  fait une première action le 9 mars dernier devant plusieurs MacDo, des collages sur le modèle de ceux contre les féminicides, avec des phrases dénonçant le sexisme, le racisme, la grossophobie, etc., explique à EURACTIV France Maylis, porte-parole du collectif. On a aussi fait par la suite un détournement de pub sur des abribus en incluant des phrases issues des témoignages. »

Et ces derniers sont glaçants :

« Je connais un algérien qui a postulé et ils ont jeté son CV à la poubelle, sans en parler à mon directeur. Donc j’ai demandé “Y’a pas d’arabes, y’a pas de noirs ?” et on m’a répondu : “Ouais c’est les personnes qui ramènent le plus de problèmes, alors non”. »

« J’ai travaillé à MacDo par le passé et j’ai fini par me mettre en arrêt maladie à cause du
harcèlement homophobe que je subissais. On me faisait sans cesse des remarques sur ma
sexualité. Je me rappelle en particulier du jour où en arrivant, je demande à mon manager :
“c’est quoi le programme pour moi aujourd’hui”, il m’a répondu : “ben je sais pas, t’as amené la vaseline ?”. C’était trop pour moi ».

« Mon franchisé était arrivé avec son shorty et son pantalon baissé, Il m’a pris ma main gauche et l’a posé sur son sexe ».

De nombreux extraits seront publiés au fur et à mesure sur un blog, et un rapport regroupant l’ensemble des 114 témoignages est également consultable en ligne.

« La réponse de MacDo sur Twitter suite à ces publications décrédibilisait complètement ces témoignages, se rappelle Maylis. C’est ce qui a motivé notre collectif à manifester ».

L’action du 16 octobre commence d’abord devant un MacDo de Saint Quentin, en banlieue parisienne, le plus proche du siège. « Quelques jours avant, quatre femmes qui travaillent dans ce restaurant ont dénoncé des faits de harcèlement sexuel par leur manager. On a d’abord pris la parole là-bas parce que ce MacDo, qui n’est même pas franchisé et  qui est situé juste à côté du siège de MacDonald’s France, révèle cette politique de l’autruche ».

La police a ensuite escorté les manifestants devant le siège. Très vite un prestataire externe au groupe et dédié à la gestion de crise est venu à leur encontre. Dans un long communiqué, la direction de MacDonald’s France a en effet indiqué avoir « proposé à plusieurs reprises (…) de recevoir une délégation pour écouter leurs propositions et l’assurer de notre détermination pleine et entière à lutter contre toute manifestation de comportements inappropriés et inadmissibles, contre toutes discriminations sexuelles, de genre et d’origine ». 

Le collectif confirme ce refus. Selon ces membres, la personne envoyée par le groupe a tenté de les intimider. « Pour lui, l’entretien c’était maintenant ou jamais. Mais nous, nous voulions un rendez-vous où nous pouvions nous préparer, car eux sont surentraînés à répondre aux accusations », argumente la porte-parole.

Code du travail 

Dans ce même communiqué, MacDonald’s précise en outre que « l’enseigne se refuse, conformément aux principes de présomption d’innocence, à tout commentaire de situation individuelle, d’instruction interne ou juridique qui serait en cours. »

Or c’est là où le bas blesse, car le collectif se réfère au code du travail, qui indique que l’employeur est dans l’obligation de prévenir, de sanctionner et de mettre un terme à tout acte de harcèlement ou de discrimination dès lors que les faits sont signalés, ainsi que de mettre en sécurité la personne qui les subit.

Sur les 40 témoignages recueillis, toutes les personnes indiquent avoir prévenu leur direction et la plupart du temps, rien n’a été fait, assure le collectif MacDroits.

« Ça doit d’abord se régler en interne, explique Maylis. Mais Macdo veut conserver l’idée de la grande famille, du job parfait pour les étudiants. De plus les référents ne sont pas du tout formés au problème de discrimination et de harcèlement ».

Selon elle, les victimes sont face à un mur. Soit elles sont encouragées à démissionner, soit elles se taisent. « Parfois elles portent plainte mais c’est rare. Car une victime qui n’a pas été prise au sérieux sur son lieu de travail, donc sur son lieu d’agression, aura plus de difficultés à porter plainte ensuite », déplore Maylis.

« Si on ne nous entend pas, on criera plus fort »

En 2016 déjà, plusieurs fédérations de la CGT et l’Union internationale des employés de services (SEIU) américaine avaient appelé à une mobilisation mondiale des salariés afin de dénoncer les pratiques de « dumping social » et « d’évasion fiscale » de MacDonald’s. Des pétitions avaient également été adressées au Parlement européen pour dénoncer la maltraitance envers les employés de la firme américaine.

Plus récemment, en mai dernier, une coalition internationale de syndicats comprenant notamment la Fédération européenne des syndicats des secteurs de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme (EFFAT), ainsi que des syndicats brésilien, américain et canadien ont déposé une première plainte pour « harcèlement sexuel systémique ».

En France, le collectif MacDroits ne lâchera pas non plus. « Nous préparons actuellement une lettre destinée au siège pour redemander une date de rendez-vous, détaille Maylis. Si d’ici trois semaines nous n’avons pas de retour, nous continuerons nos actions coups de poing et à entacher l’image du groupe. Si on ne nous entend pas, on criera plus fort ». 

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