Violence et harcèlements : la FRA dévoile l’ampleur insoupçonnée de la criminalité en Europe

Des dizaines de millions d'Européennes et Européens sont victimes de violence physique et de harcèlement chaque année. [271 EAK MOTO/Shutterstock]

Des millions de citoyens européens sont victimes de harcèlement et de violence chaque année. C’est ce qui ressort d’un rapport publié vendredi (19 février) par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

Selon ce rapport, pas moins de 6 % de la population européenne aurait été physiquement agressée en un an – autrement dit, 22 millions d’Européens. Les chiffres sont encore plus flagrants sur le plan du harcèlement : presque 110 millions de personnes en ont été victimes au cours d’une seule année, soit plus d’un Européen sur quatre.

Ces chiffres sont le résultat d’une étude menée par la FRA en 2019 auprès de 35 000 personnes dans l’Union européenne ainsi qu’au Royaume-Uni et en Macédoine du Nord. C’est la toute première étude de la sorte sur les droits fondamentaux, réalisée sur la même période et partout dans l’UE.

Elle dévoile que « les actes de violence et de harcèlement en Europe sont beaucoup plus fréquents que ce qu’indiquent les données officielles », selon un communiqué de la FRA. Ce qui s’expliquerait par le fait que beaucoup de victimes ne connaissent pas leurs droits ou ne signalent pas les crimes subis par peur de représailles de la part de leurs agresseurs, explique le document.

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Les jeunes, premières victimes de violence et de harcèlement

Si, chaque année, des millions d’Européens sont victimes de violence physique (définie ici comme l’acte de frapper, pousser, tirer ou essayer d’étrangler quelqu’un) et de harcèlement (le fait d’adresser des commentaires, gestes ou messages offensifs ou menaçants à une personne), certains groupes de la population le sont beaucoup plus que d’autres.

Ainsi, le risque d’être exposé à la violence physique est le plus élevé chez les jeunes de 16 à 29 ans, selon le rapport. Un jeune sur quatre aurait été victime de violence physique dans les cinq années précédant l’étude, contre une personne sur dix toutes tranches d’âge confondues. L’appartenance à une minorité ethnique, l’orientation sexuelle et le handicap augmentent également le risque d’être agressé physiquement.

Même constat du côté du harcèlement : encore une fois, celui-ci concerne les jeunes de manière très disproportionnée, trois sur cinq en ayant subi sur les cinq années précédant l’étude (61 %, contre 27 % toutes tranches d’âges confondues). Les chiffres sont également très élevés pour les personnes s’identifiant comme non-hétérosexuelles (57 %), les personnes qui ne détiennent pas la citoyenneté du pays dans lequel ils habitent (54 %), qui sont nées dans un autre État membre de l’UE (51 %) ou hors-européen (49 %), ainsi que les personnes porteuses d’un handicap (50 %), détaille la FRA dans son rapport.

Enfin, le genre aussi joue évidemment son rôle. Selon le rapport, la majorité des actes de violence physique sont perpétrés par des hommes. Mais, si dans beaucoup de cas les hommes sont agressés par des inconnus en public, les femmes le sont très souvent chez elles par des personnes connues ou membres de leur famille. Ce sont également les femmes qui disent plus souvent subir des conséquences psychologiques par la suite de ces actes.

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Les gouvernements appelés à faire plus d’efforts

L’étude « souligne la véritable ampleur de la criminalité dans l’UE », selon Michael O’Flaherty, directeur de la FRA, en dévoilant « la grande différence entre les chiffres officiels de la criminalité et l’expérience de la population en la matière ». En effet, selon le rapport, seulement 30 % des victimes de violence physique la signalent à la police. Un chiffre encore plus bas dans le cas du harcèlement, signalé dans uniquement 11 % des cas.

Les personnes « plus âgées, moins éduquées ou ayant des difficultés financières » sont par ailleurs les moins enclines à signaler des violences ou à entreprendre les démarches juridiques nécessaires pour faire respecter leurs droits, a révélé la FRA. Les taux de signalement diffèrent en outre d’un pays européen à l’autre, de 9 % à 40 % dans le cas des violences physiques et de 5 % à 31 % pour les harcèlements, ce qui pourrait s’expliquer par des différences culturelles ainsi que des niveaux variables de confiance dans les forces de l’ordre et leur capacité (et volonté) de poursuivre des crimes, selon le rapport.

Compte tenu de ces constats, « les gouvernements nationaux doivent déployer davantage d’efforts pour garantir aux victimes le respect de leurs droits et leur fournir le soutien dont elles ont besoin », réclame Michael O’Flaherty. « L’UE dispose d’une législation assurant aux victimes de crimes le respect de leurs droits », rappelle-t-il. Or, au niveau national, les efforts pour soutenir les victimes doivent être redoublés.

La FRA demande ainsi aux États membres de l’UE d’assurer l’accès à la justice à toutes les victimes de violence et de harcèlement en leur fournissant les informations, mais aussi la protection nécessaires. Elle recommande aussi d’ « accorder une attention particulière » aux groupes identifiés comme particulièrement vulnérables et de faciliter le signalement des crimes. Enfin, elle exige de « mieux aider les femmes » et de faire plus d’efforts dans la prévention des crimes contre les femmes, prévention qui pourrait notamment passer par « l’éducation des hommes ».

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« Aucun État membre n’a atteint la pleine égalité »

Pour rappel, l’Union européenne s’était fixée en 2012 « l’objectif de maintenir et de développer un espace de liberté, de sécurité et de justice », assurant « la protection des victimes de la criminalité ».

En 2020, la Commission européenne a adopté plusieurs stratégies dans ce sens, dont celle relative au droit des victimes pour la période 2020-2025. Elle y rappelle que « les victimes de la criminalité ne peuvent toujours pas faire pleinement valoir leurs droits dans l’UE » et appelle à une « meilleure application pratique des règles de l’UE en matière de droits des victimes », notant que « la plupart des États membres n’ont en effet pas encore pleinement transposé les normes minimales adoptées dans la réglementation de l’UE » en la matière.

Dans sa stratégie en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes 2020-2025, la Commission rappelle également qu’« aucun État membre n’a atteint la pleine égalité entre les hommes et les femmes » et que « les progrès sont lents ». Il convient de prendre des mesures ciblées et d’agir pour une « intégration renforcée de la dimension hommes-femmes dans toutes les politiques ».

Enfin, l’exécutif a appelé l’an dernier dans sa stratégie en faveur de l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTIQ à lutter contre les discriminations à l’encontre de ces personnes et à « bâtir des sociétés qui incluent les personnes LGBTIQ ». « Nous tirons notre force sociale, politique et économique de notre unité dans la diversité », y souligne-t-il, avançant que « tout le monde au sein de l’Union européenne devrait être en sécurité et libre d’être soi-même ».

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