Le Front national à la chasse aux financements européens

Front-National-Chefin und Europaabgeordnete Marine Le Pen glänzt im EU-Parlament oft mit Abwesenheit. Foto: EP

Faute de groupe au Parlement européen, le FN va former un nouveau parti à Bruxelles pour obtenir des financements européens.  

Les partis d’extrême droite au Parlement européen n’ont toujours pas réussi à constituer un groupe politique, après les élections de mai 2014. Une situation qui les prive d’un certain nombre d’avantages, dont les subventions européennes.

Le Front national a donc décidé de lancer un parti politique paneuropéen avec ses alliés à Bruxelles, pour bénéficier des moyens financiers supplémentaires.  

Nouveau parti antieuropéen

« La création du nouveau parti politique européen baptisé le  Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés (MENL) rassemblera les alliés de Marine Le Pen au Parlement européen » a annoncé  Aymeric Chauprade, chef de la délégation du Front national au Parlement européen dans un communiqué le 3 octobre. L’eurodéputé explique que ce parti sera lancé « dans l’attente de la création d’un groupe politique au Parlement européen.

>>Lire : Le Front national échoue à créer son groupe politique

Parmi ces alliés figurent les Italiens de la Ligue du Nord, le FPÖ autrichien et les Belges du Vlaams Belang. Ces trois partis s’étaient engagés à l’issu des élections de mai 2014, à constituer un groupe politique avec le Front national au Parlement européen.

Tous ces partis – à l’exception de la Ligue du Nord italienne – étaient déjà membres de l’Alliance européenne pour la liberté, un autre parti politique européen  en partie financé par les fonds européens. Mais le FN préfère visiblement être aux manettes.

« Nous ne souhaitons plus faire partie de l’Alliance européenne pour la liberté, car nous voulions relancer une structure nouvelle » détaille Aymeric Chauprade.

Parmi les alliés du Front national, le PVV néerlandais, également engagé aux côtés du parti de Marine Le Pen, a décliné l’offre de rejoindre ce nouveau parti ; il refuse catégoriquement de participer à toute structure transnationale

>>Lire : L’extrême droite européenne rejette l’idée d’un candidat commun

«  Le PVV  a choisi de se priver du bénéfice des fonds européens pour mener le combat contre les institutions de l’Europe de Bruxelles et ne fera donc pas partie du MENL. Néanmoins nos amis du PVV participent activement à nos efforts de création d’un groupe politique au Parlement européen » assure Aymeric Chauprade.

Échec de la formation du groupe

À l’issue des élections européennes, les partis antieuropéens ont tenté, en vain, de former un groupe parlementaire. Le Front national et  ses alliés officiels – le PVV néerlandais de Geert Wilders, le FPÖ, la Ligue du Nord  et le Vlaams Belang  – avaient finalement dû renoncer à se constituer en groupe malgré 38 eurodéputés, faute d’atteindre le quota de 7 nationalités différentes fixé par le Parlement européen.

L’appartenance à un groupe permet d’avoir des financements complémentaires. Selon le groupe de réflexion Open Europe, la constitution d’un groupe parlementaire aurait octroyé une enveloppe supplémentaire de 22 millions d’euros au cours de la prochaine législature aux parti d’extrême droite.

>>Lire : La constitution d’un groupe permettrait au FN de doubler ses ressources européennes

« La demande de création du parti et de la fondation qui y sera rattachée ne sera pas validée par les services du Parlement européen avant janvier 2015, car le processus est long est complexe. Mais nous espérons obtenir des financements de plusieurs millions d’euros sur la mandature » souligne Aymeric Chauprade.

À titre de comparaison, l’Alliance européenne pour la liberté et sa fondation avait reçu en 2012  un peu moins de 600 000 euros de subventions de la part du Parlement.

Respect des « valeurs européennes » ?

Si la validation de la demande du Front national et de ses alliés prendra encore quelques mois, rien n’empêche dans les faits des partis antieuropéens d’accéder aux financements de l’UE dans le cadre de la création d’un parti politique.

Le seul garde-fou mis en place par l’institution européenne pour encadrer l’accès au financement des partis est  l’adoption en 2014 de nouvelles dispositions qui stipulent que les partis politiques européens doivent « respecter les valeurs européennes », spécifiées dans l’article 2 du traité de l’UE. L’article en question précise que l’objectif de l’Union européenne est de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples.

>>Lire : Le Parlement durcit les règles de financement pour les partis politiques européens

Contexte

Les partis politiques au niveau européen sont les organes de coordination des partis nationaux des États membres. Ils ne correspondent pas aux factions politiques, les « groupes » politiques, mais, dans bien des cas, ils entretiennent des liens étroits avec ceux-ci.

Selon les traités européens, « les partis politiques au niveau européen sont importants en tant que facteur d’intégration au sein de l’Union. Ils contribuent à la formation d’une conscience européenne et à l’expression de la volonté politique des citoyens de l’Union. »

Un règlement voté en 2003 pose les critères à respecter en vue de pouvoir obtenir un financement. Les nouvelles dispositions font partie d’un rapport de la commission affaires constitutionnelles du Parlement européen.

Il y a à l'heure actuelle 13 partis européens officiels.  La plupart d'entre eux sont liés à des fondations qui font office de groupe de réflexion et relèvent du budget des partis. 

Plus d'information

Front national 

  • Communiqué d’Aymeric Chauprade, chef de Délégation du Front national au Parlement européen – 3 octobre 2014

Parlement européen

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