« 1,5 % des mers françaises sont réellement protégées »

EPA/WAEL HAMZEH

Alors que le colloque sur les aires marines protégées s’est conclu le 24 octobre à Biarritz, Élodie Martinie-Cousty, membre de France Nature Environnement (FNE), dresse un bilan de leur protection réelle. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Élodie Martinie-Cousty pilote du réseau Océans à France Nature Environnement (FNE)

22,3 % des eaux françaises sont classées comme aires marines protégées, vous estimez que seulement 1,5 % le sont réellement. Comment expliquer un tel décalage ?

Il faut comprendre que les niveaux de protection sont très différents selon les statuts, qui sont au nombre de 17 en France. Au plus haut niveau, nous avons la réserve naturelle nationale, qui s’applique aux Terres australes françaises, au sud de l’Océan indien. Mais nous avons aussi des parcs nationaux comme les Calanques, des parcs naturels marins, comme la mer d’Iroise, des aires de protection de biotope ou encore des zones Natura 2000 qui protègent les habitats et les espèces terrestres ou marines au niveau européen… Or, des usages potentiellement dangereux pour la faune et la flore sont autorisés dans toutes ces zones, y compris une partie des réserves naturelles. C’est pourquoi seulement 1,5 % des eaux sont réellement protégées. Leur état est pourtant préoccupant. Environ 75 % des habitats marins et côtiers protégés sont en très mauvais état selon l’état des lieux 2019 adressé par la France à l’Union européenne dans le cadre de la Directive-cadre Stratégie pour le milieu marin (réalisé par l’UMS Patrimoine naturel du Museum national d’histoire naturelle, ndlr).

Faut-il interdire toute activité dans les AMP ?

Il est nécessaire de réglementer le plus strictement possible les activités les plus nocives pour la faune et la flore comme le transport maritime, l’extraction de sable, la nage commerciale avec les cétacés, les mouillages et bien sûr les techniques de pêche les plus destructrices comme le chalutage et la pêche à la drague. Dans le parc naturel marin de Mayotte, des bateaux de pêche géants capturent en une semaine ce que pêchent en une année les pêcheurs locaux. Mais au-delà d’une protection sur le papier, il faut surtout dégager des moyens de gestion et de surveillance pour protéger efficacement les zones les plus sensibles, qui ont été précisément identifiées.

L’Europe ne parvient pas à réduire la pollution chimique du milieu marin

Entre 75% et 91% de la superficie des mers européennes sont toujours contaminées par des polluants chimiques. Un résultat qui signe l’échec de la stratégie européenne sur le milieu marin. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Quels sont les moyens financiers affectés à la protection des aires marines ?

L’Agence des aires marines protégées, qui a été rattachée à l’Agence française pour la biodiversité, dispose d’un budget annuel (une vingtaine de millions d’euros, ndlr) qui n’a pas évolué au cours des dernières années alors que le nombre d’AMP n’a cessé de croître. Il faut ajouter qu’un récent rapport de la Cour des comptes relève que des financements liés aux zones Natura 2000 ne sont pas affectés à leur protection. Il est donc urgent de considérer autrement la protection des habitats et des espèces marines. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un coût, mais bel et bien comme un investissement pour notre avenir à tous. Les écosystèmes marins nous permettent de respirer, de stocker des émissions de gaz carbonique, de nous nourrir, de nous soigner et de développer notre attractivité touristique. Nos responsables politiques doivent mettre en œuvre une stratégie des aires marines 2020-2030 qui s’accompagne de nouvelles mesures financières dans le prochain budget 2021.

Quelles mesures fiscales préconisez-vous ?

Nous proposons d’augmenter la part dédiée à la protection de l’environnement marin de la taxe annuelle sur les éoliennes offshore. Aujourd’hui, la moitié de cette manne, proportionnelle au mégawatt installé, est destinée aux collectivités littorales riveraines. Pour le reste, 35 % sont affectés au comité national des pêches et seulement 15 % à des projets de développement durable, dont 5 % à la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM). Aucun euro n’était jusqu’à présent consacré à la gestion et à la surveillance des AMP. Nous avons réussi à faire voter dans le budget 2020 l’affectation de 5 % de la taxe sur les éoliennes au futur Office français de la biodiversité pour la protection du milieu marin. Mais dans l’idéal, nous devrions tendre vers les 100 % !

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.