Bieńkowska dénonce l’attitude de Volkswagen après le dieselgate

EU Internal Market Commissioner Elzbieta Bienkowska

Elzbieta Bienkowska [European Commission]

L’industrie automobile occupe presque tout le temps d’Elżbieta Bieńkowska. La commissaire polonaise déplore l’absence de compensation pour les détenteurs de Volkswagen après le dieselgate.

Elżbieta Bieńkowska est la commissaire européenne au marché intérieur, à l’industrie, à l’entrepreneuriat et aux PME. Avant d’entrer en fonction à la Commission, elle a été Première ministre et ministre des Infrastructures et du Développement en Pologne.

Cela fait deux ans que le scandale du dieselgate a explosé. Aux États-Unis, Volkswagen a dû débourser plus de 1,7 milliard d’euros de compensation, mais en Europe l’entreprise s’est limitée à une simple modification des véhicules. Pourtant, la plupart des modèles truqués ont été vendus en Europe. Les Européens sont-ils des consommateurs de deuxième classe ?

Bien sûr que non. À la Commission, nous sommes toujours en train de lutter, ou de discuter, quel que soit le mot que vous voulez utiliser, au sujet de Volkswagen.

La législation est différente, donc Volkswagen ne peut pas offrir la même compensation ici qu’aux États-Unis. Ce que nous voudrions, c’est qu’ils adoptent une approche différente de ce que nous avons vécu ces deux dernières années.

Je ne vous dirai pas le type de compensation que j’aimerais voir, mais je voudrais un peu plus d’empathie vis-à-vis des consommateurs européens. L’Europe est leur premier marché, donc ils devraient vraiment porter plus d’attention aux consommateurs.

La Commission dit à Volkswagen d'accélérer les réparations liées au Dieselgate

Dans une lettre commune envoyée au PDG de Volkswagen, la Commission et les autorités de protection de consommateurs de l’UE demandent au constructeur de respecter son engagement de réparer tous les véhicules concernés par le Dieselgate en Europe. Notre partenaire, Ouest-France, a interrogé Věra Jourová.

Que voulez-vous dire par « plus d’empathie » ?

Si vous achetez une voiture plus cher parce qu’elle est censée être plus propre, mais ne l’est en réalité pas, vous vous attendez à une autre réponse qu’une lettre vous informant de la manière de remplacer le dispositif [de filtrage].

Je ne dis pas que tout le monde devrait recevoir des roses et du chocolat, mais nous avons attendu leur proposition pendant 18 mois. Nous avons eu beaucoup de réunions à ce sujet, notamment avec des représentants de Volkswagen.

Ils ne payeront pas de la même manière qu’aux États-Unis, mais quelle autre compensation pourraient-ils proposer aux conducteurs européens ? Il y a eu de bonnes idées, comme la prolongation de certaines garanties, mais après deux ans nous ne voyons toujours pas grand-chose de concret.

Comment éviter un nouveau dieselgate ?

Nous avons besoin d’une industrie automobile européenne forte, mais nous devons d’abord aller au fond de ce qu’il s’est passé, et c’est ce que nous faisons. Deuxièmement, nous devons mettre en place un nouveau système d’approbation des véhicules. Le système existant ne fonctionne pas. Nous n’avons pas encore de nouveau modèle, mais nous sommes en bonne voie et espérons parvenir à quelque chose après les discussions en trilogue avec le Parlement et le Conseil.

J’estime que le processus a été un peu trop lent. J’espère que la présidence estonienne sera en mesure de conclure ce dossier, avec ou sans la création d’une agence.

La création d’une agence européenne de surveillance des tests appliqués aux véhicules ne faisait cependant pas partie de votre proposition…

En ce qui concerne l’agence, je ne dis pas que j’y suis favorable aujourd’hui, mais je ne suis pas aussi fermée à cette idée que je l’étais l’an dernier, à cause des manières différentes dons les États membres ont réagi à la crise [du dieselgate].

Bien sûr, comme c’est une grande industrie, certains ne veulent pas attirer l’attention sur les problèmes. Je ne sais pas si c’est la fin du scandale, ou si nous découvrirons encore des choses. Et nous devons toujours décider quoi faire avec les véhicules qui circulent actuellement sur nos routes. Pour cela, nous avons besoin des États membres.

Je suis contre l’interdiction des voitures au diesel dans les centres-ville, mais si les États membres ne décident pas de mieux vérifier les émissions, il est certain que nous arriverons à un stade où les villes voudront le faire. Et cela nuira aux millions de consommateurs qui roulent au diesel.

Londres veut bannir la vente des voitures diesel et essence d’ici 2040

Après la France, le Royaume-Uni compte interdire la vente de voiture diesel et essence d’ici 2040, afin de lutter contre la pollution de l’air.

Quel est l’avenir du secteur du diesel ?

Les États membres continuent de répéter que l’industrie automobile assure tellement d’emplois que nous devons la protéger. Mais si nous tous, constructeurs, capitales, et moi-même, continuons à nous attacher à la technologie du passé qu’est le diesel, nous perdrons la course aux voitures électriques et autres technologies propres.

Je ne dis pas qu’il faut abandonner le diesel d’un jour à l’autre, mais nous devons garder à l’esprit le fait que dans 15 ou 20 ans ces voitures ne seront plus produites. Nous devons nous préparer à ce qui suit, parce que ce futur arrive bien plus vite que nous le pensions il y a quelques années.

« Les voitures électriques devraient marcher aux renouvelables »

La hausse des voitures électriques pourrait bien faire l’effet d’un pétard mouillé pour l’environnement si elles sont alimentées par des combustibles fossiles plutôt que par des renouvelables, rappelle le responsable de Dong Energy UK. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Vous êtes aussi chargée de l’économie collaborative. Que pensez-vous du fait que Londres ait interdit Uber ? Est-ce la bonne réponse ?

L’économie collaborative ne disparaîtra pas. La solution n’est donc certainement pas de l’interdire. Bien sûr, ces entreprises doivent agir de manière honnête et payer leurs taxes là où les services sont rendus. La question est de savoir si nous devons légiférer ou non.

Dans certains pays, principalement les pays nordiques, le modèle de l’économie collaborative fonctionne très bien. Les nouvelles firmes payent leurs taxes directement. Au vu du rythme actuel des changements, le monde aura déjà changé si nous élaborons maintenant des règles qui entreront en vigueur dans plusieurs années.

C’est pourquoi nous avons décidé il y a quelques mois de publier des orientations, mais cela ne suffira peut-être pas. Nous verrons.

Vous élaborerez donc la nouvelle législation sur l’économie collaborative ?

Nous ne savons pas encore. Je ne suis cependant pas très favorable à la réglementation, même si certaines start-ups le demandent. Je ne sais pas quel sera le résultat. Je préférerais que les États membres échangent de bonnes pratiques.

Le Parlement exige la protection des travailleurs de l’économie collaborative

Les eurodéputés veulent que l’UE et les autorités nationales assurent la protection juridique et sociale des travailleurs de l’économie collaborative, souvent en situation précaire.

En ce qui concerne la Pologne, pensez-vous que la situation puisse s’améliorer à moyen terme ?

Je suis peut-être très pessimiste, mais je ne crois pas que la situation entre Bruxelles et Varsovie s’améliorera. J’ai peut-être tort, je l’espère. Les rhétoriques utilisées par le gouvernement polonais, même quand il s’adresse à la Commission, visent son électorat domestique.

Comment pensez-vous que la situation évoluera ?

Il y aura des élections dans deux ans, et je ne sais pas ce qu’il se passera. L’économie polonaise est en grande forme, grâce aux mesures prises par le gouvernement précédent. La croissance est aux environs de 7,4 %. Si l’économie va bien et que la population reçoit plus d’argent et de subventions pour tout, je ne vois pas pourquoi le gouvernement ferait quoi que ce soit pour améliorer l’état de droit.

L'UE se concerte pour sortir de l'impasse en Pologne

La Commission européenne jauge le soutien dont elle dispose au sein de l’UE dans son bras de fer avec le gouvernement polonais, qui refuse de modifier ses réformes judiciaires controversées malgré la menace de sanctions sans précédent.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe