«Investir dans les biocarburants issus des déchets»

Laura Buffet demande l'élimination de tous les biocarburants agricoles d'ici 2030, au profit des biocarburants utilisant les déchets. [CIFOR / Flickr]

La Commission européenne propose de réduire la part des biocarburants agricoles d’ici 2030. Une mesure nécessaire, mais qui ne va pas assez loin, selon l’ONG Transport&Environment, qui voudrait voir s’accélérer le développement des biocarburants de deuxième génération, plus durables.

Laura Buffet est une spécialiste du pétrole et des biocarburants à l’ONG Transport&Environment (T&E).

Êtes-vous satisfaite de la proposition de la Commission européenne pour un secteur des transports moins énergivore après 2020 ?

Dans l’ensemble, je pense que c’est un pas dans la bonne direction, parce que la Commission propose de réduire le volume de biocarburant qui peut être comptabilisé dans l’objectif des énergies renouvelables de 7 à 3,5 % en 2030. Nous aimerions cependant voir des mesures plus ambitieuses sur ce point précis.

Nous appelons à une élimination progressive des biodiesels d’origine agricole plus rapides, afin d’être débarrassés de tous les biocarburants d’origine agricole d’ici 2030. En pratique, cela signifierait un objectif de 0 % de ces combustibles d’ici 2030. Nous estimons donc que la proposition de la Commission pourrait être améliorée sur ce point. La Commission se dirige davantage vers les biocarburants avancés, qui pourraient jouer un rôle dans la décarbonatation du secteur s’ils sont élaborés de manière durable.

S’ils sont issus d’un processus durable, ces biocarburants peuvent entrainer des économies notables de gaz à effet de serre, avec un impact minimal sur la terre. Nous ne voulons cependant pas répéter les erreurs de la génération précédente de biocarburants, nous appelons donc à un cadre réglementaire strict pour encourager ce type de combustibles.

>> Lire : Sans biocarburants durables, l’UE risque de rater ses objectifs climatiques

Comme la Commission, vous mettez le bioéthanol et le biodiesel dans le même panier. Pourquoi ?

Premièrement, je trouve important de prendre un peu de distance et de regarder ce que les politiques actuelles ont donné sur le marché européen. Le biodiesel constitue environ 80 % du marché des biocarburants. Il s’agit en grande partie de biodiesel d’origine agricole qui, selon l’étude Globoim commandée par la Commission,  est en moyenne 80 % pire pour le climat que le diesel fossile.

Il est donc évident que la politique adoptée n’a pas donné les meilleures solutions sur le marché. Cela dit, les émissions du changement indirect dans l’affectation des sols (CASI) ont créé beaucoup de débats. Nous avons donc demandé à la Commission d’intégrer les facteurs liés au CASI dans les calculs d’émissions de l’UE, afin de promouvoir une réforme ambitieuse de la politique européenne. L’industrie, que ce soit celle de l’agriculture, du bioéthanol ou du biodiesel, ne veut pas de ces facteurs. Les décideurs européens ont adopté un plafond agricole de manière à gérer les émissions du CASI. C’est l’outil que propose la Commission, une continuation de ce qui a déjà été adopté pour 2020.

Si l’on examine les émissions de gaz à effet de serre, le biodiesel d’origine agricole émet le plus de CO2, mais le bioéthanol en émet aussi. Que ce soit biodiesel agricole ou bioéthanol agricole, ils émettent tous deux beaucoup plus que les biocarburants plus perfectionnés, élaborés grâce à des déchets et résidus. Il est essentiel de prendre du recul et d’examiner toutes les possibilités. Dans cette optique, la meilleure option pour rendre les transports plus verts est l’électricité renouvelable.

>> Lire : La Commission met un coup d’arrêt aux biocarburants

Comment convaincre les gens qui ont investi dans les biocarburants de première génération d’investir à présent dans des biocarburants plus perfectionnés ?

Les biocarburants de première génération ont bénéficié de beaucoup d’aides publiques, contrairement aux meilleures alternatives, comme les biocarburants issus des déchets et l’utilisation de l’électricité renouvelable dans les transports. Nous avons commandé une étude sur le sujet, qui a montré par exemple que 95 % des investissements dans les installations liées aux biocarburants seraient remboursés d’ici fin 2017. Il n’est donc pas trop tôt pour passer à de meilleures alternatives.

Pour assurer des investissements dans ces alternatives, il faut avant tout s’assurer que nous établissons un nouveau cadre de durabilité adéquat. Si nous voulons éviter une nouvelle volteface des politiques, il faut avant tout améliorer la fermeté des critères de durabilité.

>> Lire : L’opinion publique pèse sur la gestion des biocarburants

Avez-vous évalué l’impact de la suppression progressive des biocarburants agricoles sur l’emploi en Europe ?

Nous avons examiné la situation et avons participé à un projet de recherche appelé « Biofrontiers » sur les déchets et les résidus. Ce projet se penche sur la disponibilité potentielle de déchets et résidus et comprend une évaluation de l’emploi que créerait le secteur. Selon le Conseil international du transport écologique, des dizaines de milliers de postes permanents dans la construction pourraient être soutenus grâce à une transition vers des biocarburants plus propres.

En outre, l’évaluation d’impact de la Commission conclut que l’élimination totale des biocarburants agricoles d’ici 2030 pourrait mener à des pertes d’emploi directes dans le secteur, mais qu’une transition vers des biocarburants avancés créerait de nouveaux emplois. De toute façon, les exploitants produiront toujours sur leurs terres, comme avant le boom des biocarburants.

 

 

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