Karima Delli rempile à la tête de la commission transports

Karima Delli [EP]

Relance du ferroviaire, régulation climatique des transports et réduction des pollutions automobiles font partie des priorités de Karima Delli, réélue à la tête de la commission transport du Parlement européen. Entretien exclusif avec notre partenaire le Journal de l’Environnement.

Entrée au Parlement européen en 2009, Karima Delli retrouve pour la seconde fois sa place à la tête de la commission transports et tourisme (Tran). Elle en a été réélue présidente, mercredi 10 juillet. 

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat à la commission transports ?

Nous avons réussi à mettre des objectifs de réduction des émissions de CO2 des camions et les poids lourds (ils devront réduire leurs émissions de CO2 de 15 % d’ici entre 2019 et 2025 et de 30 % d’ici à 2030, ndlr). Je suis à l’initiative d’une commission d’enquête qui a levé le voile sur le Dieselgate. Nous avons fait en sorte d’aller plus loin sur les véhicules thermiques, qui devront réduire de 37,5% leurs émissions d’ici à 2030. Voilà ce que nous avons gagné, entre autres.

La commission transports gère un budget consacré aux infrastructures et aux transports de 35 milliards d’euros ; c’est une commission importante dont presque tous les textes sont législatifs. Nous nous attaquons à tous les secteurs – mobilité urbaine, vélo, maritime, aérien, transports en commun… La question du réchauffement climatique est l’une de ses grandes priorités. Nous sommes face à une grosse responsabilité. Le secteur des transports représente 30% des émissions de gaz à effet de serre et c’est la maladie de la pollution de l’air (600.000 morts par an en Europe ndlr).

Quels sont les autres gros dossiers en cours et à venir pour la commission ?

Tout d’abord, je suis une grande défenseuse du train et du vélo. Nous allons entrer en négociation sur le texte du droit des passagers. Je défendrai l’obligation pour tous les trains régionaux et nationaux à l’échelle européenne, de disposer d’au moins 8 places réservées aux vélos pour accélérer la cadence de la mobilité douce. Les villes doivent s’emparer de ce moyen de transport qui est bas carbone et accessible à tous. Concernant le train, nous avons la volonté de relancer le fret de 30% par pays et de lancer un plan de rénovation ferroviaire.

Sur le volet environnemental, je milite pour la redevance poids lourds. Pour que chaque État européen mette en place une taxe poids lourds sur le principe pollueur-payeur, avec fléchage des recettes qui financeront la mobilité urbaine durable, la relance du fret et la sécurisation des routes.

Pour ce qui est du paquet aviation, nous allons remettre à plat la question de la taxe kérosène et tous les moyens afin de trouver et investir dans les alternatives à l’avion. Il est ici question notamment de relancer des trains de nuit. Mais le secteur ne doit plus bénéficier d’une exemption de taxe sur les carburants. L’Europe peut la mettre en œuvre et la porter d’une seule voix au niveau international, pour montrer qu’il est possible d’œuvrer sur cette question.

Je porterai aussi un sommet européen sur la reconversion du parc automobile, pour travailler sur la filière de l’hydrogène par exemple, mais aussi sur le recyclage des véhicules. L’urgence concerne aussi les 12 millions de salariés qui composent cette industrie. Il faudra accompagner les territoires et avoir un plan d’action qui nous amènera vers d’autres mobilités en formant ces salariés.

Sur le maritime, nous allons commencer à plus encadrer les normes sur les émissions d’oxyde de soufre (SOx). L’objectif est aussi de mettre à jour la directive sur la qualité de l’air en fonction des niveaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Devront y être ajoutées des limites pour d’autres particules comme les PM2,5, qui ne figurent pas dans la directive.

Sur les 43 millions de véhicules concernés par les triches aux émissions dans le monde, moins du quart ont été rappelés pour être mis en conformité. Un autre cheval de bataille ?

Je demande à ce qu’on rappelle ces véhicules et qu’on rappelle leurs obligations aux constructeurs. C’est le plus urgent. Mais ça ne suffira pas. Il faut aller plus loin sur la pollution de l’air. J’ai aussi demandé à ce que soit créée une agence européenne indépendante d’homologation des véhicules. Il y a aujourd’hui en Europe, 29 procédures sur 20 pays, qui ne respectent pas les normes. Les États ont des devoirs concernant le respect du droit des citoyens à disposer d’un air pur.

La récente percée des partis écologistes à l’échelle européenne va-t-elle faciliter le travail de la commission transports ?

Oui. Même si cette commission reste encore très conservatrice. Mais je suis déterminée à ce qu’on arrête le double langage. Nous sommes la quatrième force du Parlement européen, le but est de mettre le climat à l’agenda politique sur tous les secteurs. Nous allons continuer à nous battre, en montrant que les solutions existent et que l’écologie n’est pas antinomique de l’économie. Quand on investit dans les transports, c’est gagnant pour le climat et l’emploi.

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