154 députés formés aux enjeux climatiques devant l’Assemblée nationale

Le député Christophe Bex (LFI) recevant une formation climat/Biodiversité [MandatClimatBiodiversité]

Durant trois jours, de lundi (20 juin) à mercredi (22 juin), 40 scientifiques français ont accueilli 154 parlementaires devant l’Assemblée nationale, afin de les sensibiliser aux enjeux environnementaux. EURACTIV était présent.

« Je tenais à venir, je l’avais noté précisément dans mon agenda. Autant pour soutenir la présence des scientifiques que pour compléter mon appréciation de la situation ». Devant le barnum installé pour l’occasion à deux pas du Palais Bourbon, le tout nouveau député de la NUPES Gabriel Amard ne cache pas son enthousiasme.

Comme lui, 154 députés soit un quart de l’hémicycle ont convergé pendant trois jours vers ce stand où les attendait le gratin de la recherche publique, à savoir des écologues, des climatologues, des hydrologues ou encore des spécialistes des océans. L’événement, organisé par le collectif d’étudiants engagés « Pour un réveil écologique » avait pour principal objectif de mettre les récents élus au faîte des travaux internationaux de référence du Giec (climat) et de l’Ipbes (biodiversité).

L’initiative est une première mondiale. Il y a quelques mois, en Suisse, une grève de la faim d’un activiste avait réuni les parlementaires et les scientifiques du GIEC pour une audition de trois heures au Conseil national de Berne. Ici la démarche est différente, « c’est nous qui venons à eux, la démarche est inversée », insiste Christophe Cassou entre deux entrevues, co-organisateur de l’événement parisien. En 2015, le climatologue et auteur du 6e rapport du GIEC avait déjà été à l’origine du « train du climat », visant à éduquer le public aux enjeux climatiques.

Globalement réceptifs

A la sortie de son cours particulier d’une trentaine de minutes, dispensé par un spécialiste des forêts tropicales et un autre des océans, le député Gabriel Amard confie être « conforté » dans ses positions, lui qui s’investit depuis longtemps dans le milieu associatif sur les questions de l’eau et de biodiversité. « Cela m’encouragera à être une tête dure pendant toute la mandature, pour ne pas me laisser faire par les productivistes et destructeurs de la biodiversité » lâche-t-il. Une information l’a notamment marquée : si le réchauffement climatique augmente de trois degrés, certaines régions comme la Sologne pourraient perdre jusqu’ à 70% de ses insectes.

« Nous ne sommes pas là pour faire des cours magistraux. L’objectif est que chacun retienne des faits » insiste Christophe Cassou. En plus de ces discussions pédagogiques, chacun repart avec des synthèses sur les différentes problématiques. Une double page détaille par exemple les dix points clés du dernier rapport du GIEC, une feuille simple rappelle les prochaines échéances législatives, comme le Plan stratégique national de la nouvelle PAC qui doit être finalisé cet été, la loi de programmation énergie climat (LPEC) prévue pour le premier semestre 2023, sans oublier les débats européens dont les députés doivent rester informés (paquet climat, glyphosate).

Pour François Sarrazin, écologue au Muséum national d’Histoire naturelle, les députés ont été « globalement réceptifs » à ses enseignements, et, après une campagne électorale de plusieurs mois dans leur circonscription, « ouverts aux discussions sur les modalités de prise en compte de ces sujets par les populations locales ». « Un seul m’a confié que tant que la Chine ne fera rien, cela ne servirait à rien de bouger » soupire-t-il. Malgré ces rares aversions, les députés qui ont fait l’effort de venir ont largement joué le jeu, de l’avis des organisateurs. Pour Christophe Cassou, le caractère confidentiel, malgré la présence de quelques journalistes, fait que « les politiques ne sont pas dans une posture, et les scientifiques sont à l’aise ».

Alors qu’elle franchissait la porte de l’assemblée, la députée Anne Genetet (Ensemble !), a d’abord refusé l’interpellation des médias et des organisateurs prétextant un rendez-vous. « Je suis arrivée au bureau, j’avais une once de culpabilité, ça m’a tourné dans la tête, j’ai voulu revenir pour ne pas rester sur une mauvaise impression » confie-t-elle, amère. Elle précise ne pas avoir apprécié le terme de « sensibilisation », trop méprisant à son goût. Sa conversation avec l’écologue Philippe Grandcolas, l’a tout de même intéressée. « Si on venait me challenger sur un sujet, je pourrais argumenter avec des choses que j’ai grapillées » reconnaît-elle.

Les députés de la majorité présidentielle étaient majoritairement présents durant ces trois jours (80) au coude-à-coude avec les députés de la NUPES (70). Les autres familles politiques ont clairement boudé l’invitation : seuls un député Les Républicains (LR) et un député Rassemblement National (RN) ont fait le (court) déplacement. Les organisateurs insistent sur le fait que l’exercice était proposé à l’ensemble des 577 députés, quelque soit leur bord politique. « Les enjeux climats sont transparents, les lois qui seront votées le seront autant par le RN que par le Parti communiste », insiste Christophe Cassou.

Le scientifique, visiblement épuisé, la gorge sèche après une journée entière à prêcher la parole du GIEC, ne compte pas s’arrêter là. « On espère que dans toutes les strates de la décision publique, il y ait des sensibilisations aux enjeux climat qui sont des enjeux démocratiques. » Si avec 154 députés la majorité absolue n’a pas été atteinte (289) ce mercredi soir, cette « formation premiers secours » n’est qu’un début. Les organisateurs leur proposeront ensuite des mises à niveau annuelles, des formations continues, ou encore des approfondissements de certains points. « De premières graines sont semées » annoncent les scientifiques après ces trois journées marathon.

Cécile Duflot : pour le climat, « il faut des solutions radicales »

Dans un entretien exclusif avec EURACTIV France, la directrice générale d’Oxfam France Cécile Duflot alerte sur l’ampleur des bouleversements climatiques et plaide pour un changement radical dans les politiques publiques.

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