Les compagnies aériennes appellent l’ONU à revoir ses mesures climatiques

[Photo: Ceri Breeze / Shutterstock]

Le secteur aérien, durement touché par la crise sanitaire, fait pression sur l’OACI, l’agence de l’ONU pour l’aviation, afin que celle-ci assouplisse ses règles d’émission de carbone en 2020. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

L’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente des transporteurs du monde entier, désire aligner les seuils de référence des émissions moyennes du trafic aérien pour 2019-2020 avec les niveaux d’avant la pandémie.

Par cette démarche, l’IATA affirme vouloir « éviter d’imposer une charge économique excessive sur le secteur », comme les émissions de CO2 du domaine de l’aviation seront sans aucun doute bien plus basses qu’en 2019, compte tenu de l’annulation de nombreux vols.

Afin de réduire le taux d’émission croissant de l’aéronautique, les pays membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’agence de l’ONU responsable dans le domaine, se sont fixé l’« objectif ambitieux » de rendre tous les vols internationaux neutres en carbone après 2020.

Actuellement, les pays membres de l’OACI utilisent « CORSIA », un mécanisme de compensation fondé sur le marché. Mais le secteur a de fortes chances de voir ses émissions chuter cette année, en raison de la crise sanitaire et de la mise à l’arrêt du transport aérien.

Si le seuil 2019-2020 venait à être rabaissé, les compagnies aériennes devraient redoubler d’efforts pour réduire leurs émissions et acheter davantage de crédits pour atteindre l’objectif climatique du secteur une fois la crise sanitaire terminée.

Dans un exposé de position, l’IATA indique que l’utilisation d’une moyenne sur deux ans pourrait entraîner « des exigences et des coûts sensiblement plus élevés en matière de compensations pour les opérateurs en aval ».

L’IATA appelle par conséquent le Conseil d’administration de l’OACI à adapter les niveaux du mécanisme CORSIA à ceux de 2019.

L’association de transporteurs précise que l’utilisation des seuils de 2019 « préserverait les avantages environnementaux » du mécanisme CORSIA, qui « resterait plus strict » que les niveaux envisagés, si la crise sanitaire n’était pas survenue et que les émissions des compagnies aériennes avaient continué à augmenter en 2020.

L’IATA demande à l’OACI de se prononcer avant la fin du mois de juin. Le mécanisme CORSIA, adopté en 2016, ne devait normalement pas être revu avant 2022.

Cette démarche fait écho à la demande de la Chine — l’un des marchés du transport aérien qui connaît la plus forte croissance au monde — d’ajuster les niveaux lors d’une réunion du Conseil de l’OACI le mois dernier.

Par ailleurs, comme la pandémie a interrompu les voyages dans le monde entier, l’industrie aéronautique encourage les gouvernements à injecter des fonds de soutien dans le secteur. En mars, les États-Unis ont établi un plan de sauvetage de l’industrie de près de 60 milliards de dollars.

Ce changement de niveau de référence nécessite toutefois l’accord des autres pays membres de l’OACI.

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L’eurodéputé Bas Eickhout (Verts), qui est aussi le vice-président de la Commission de l’environnement (ENVI) du Parlement européen, a annoncé à Climate Home News que le mécanisme CORSIA était déjà « très faible » et « serait loin d’être suffisant pour permettre au secteur aéronautique d’accomplir les objectifs nécessaires contre le réchauffement climatique ».

Il précise que, même si les niveaux plus bas forçaient les compagnies aériennes à acheter plus de quotas, ceux-ci seraient « très bon marché », de l’ordre de  « quelques euros par tonne de CO2 ».

Dans le cadre de la première phase pilote de CORSIA, qui doit démarrer en 2023, les transporteurs pourront compenser leurs émissions au moyen de crédits dépendants du mécanisme pour un développement propre (MDP).

« Je ne vois pas l’intérêt d’ajuster ces mesures pour l’instant. Je pense que ce sera aussi le cas de l’UE », affirme Bas Eickhout. Et d’ajouter qu’idéalement, toute révision du mécanisme CORSIA ne baisserait pas les niveaux de référence.

Le mécanisme doit être instauré en janvier 2021, mais se déroulera sur une base volontaire les six premières années de son application. Cela signifie que seuls les pays qui se sont engagés à participer au programme devront compenser leurs émissions de CO2.

À partir de 2027, ces compensations deviendront obligatoires pour tous les vols internationaux.

L’IATA, qui défendait le mécanisme CORSIA, s’est inquiété de la volonté des pays membres de l’OACI de participer au projet pilote s’il coûte plus cher que prévu.

« Les volontaires actuels pourraient changer d’avis afin de sauver l’intérêt de leur système national de transport aérien et sa connectivité », a précisé l’organisation.

Mais selon des observateurs des pourparlers à l’ONU et des activistes, bien qu’un niveau de référence plus bas renforcerait les exigences en matière de compensations, des arrangements préférentiels pourraient réduire l’impact de la pandémie et limiter les coûts financiers.

Gilles Dufrasne, un responsable politique de l’organisation Carbon Market Watch, soutient que le niveau de référence basé sur une moyenne sur deux ans a été établi pour « atténuer l’impact d’une année [aux circonstances exceptionnelles] ».

Pour Andrew Murphy, militant dans le domaine de l’aviation pour l’ONG Transport & Environment, « c’est un faux problème ».

« [Le mécanisme] CORSIA visait à n’avoir pratiquement aucun impact financier sur les compagnies aériennes. […] [Le fait de] devoir acheter quelques millions de crédits supplémentaires sur trois ans n’aura vraiment aucun effet sur l’ensemble de l’industrie », ajoute-t-il. Selon lui, l’IATA tente de « contourner une réglementation gouvernementale plus efficace ».

Le directeur de l’Aviation Environment Federation (AEF), Tim Johnson, assure quant à lui que « le maintien du seuil de 2020 pourrait constituer une étape dans la bonne direction pour l’ambition climatique », « au vu de l’importance d’aligner les objectifs environnementaux de l’OACI et de l’industrie avec l’accord de Paris ».

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