La surpêche, une catastrophe écologique dans la mer Noire

Dans la mer Noire, la vie aquatique bascule. Côté poissons : la population de maquereaux est de plus en plus menacée, à l’instar des esturgeons et des harengs. Côté mammifères : le phoque moine s’est éteint et le dauphin commun fait partie des espèces en danger. [EPA-EFE/VASSIL DONEV]

Les stocks halieutiques s’amenuisent dans la mer Noire et les répercussions de la pêche commerciale sont de plus en plus nuisibles à l’environnement. Un constat qui attire l’attention des ONG et législateurs européens. Un article d’Euractiv Bulgarie.

Dans la mer Noire, la vie aquatique bascule. Côté poissons : la population de maquereaux est de plus en plus menacée, à l’instar des esturgeons et des harengs. Côté mammifères : le phoque moine s’est éteint et le dauphin commun fait partie des espèces en danger.

Tel est le tableau sombre dressé dans le rapport « Bulgarian fisheries and aquaculture in the Black Sea  –  economic importance, environmental impact and natural factors influence » publié par le Worldwide Fund for Nature (WWF) en collaboration avec l’Académie bulgare des Sciences (BAN).

Au sein du Parlement européen, le député bulgare Ivo Hristov (S&D) a également mis en évidence les dangers de la surpêche dans la mer Noire, soulignant que seul le sprat n’était pas menacé.

Le risque de surpêche provoque une passe d'armes au Parlement européen

Le texte des eurodéputés soumis au vote mercredi soir au Parlement modifie profondément la proposition de l’exécutif européen actualisant le contrôle des pêches pour les quinze prochaines années.

À la limite

« La mer Noire est proche de la limite. Si nous la franchissions, les dommages sur l’écosystème seraient irréversibles », a averti la Dr Radoslava Bekova, membre de la BAN et auteure de l’étude.

La pêche industrielle engendre les répercussions les plus lourdes, étant donné qu’elle détruit directement des parts importantes de la population de certaines espèces.

Les données indiquent clairement que plus de 50 % du fond marin à plus de 100 mètres de profondeur souffrent d’érosion causée par la récolte illégale d’espèces marines.

Par rapport à la mer Méditerranée, qui était auparavant perçue par l’ONU comme le plan d’eau le plus exploité au monde, la situation en mer Noire est d’autant plus alarmante. Moins de 10 % des espèces végétales et animales vivant dans le bassin méditerranéen sont présentes en Bulgarie.

« La pêche illégale constitue un des problèmes majeurs. Ces pratiques sapent les stocks halieutiques, détruisent l’habitat marin, faussent la concurrence, désavantagent les pêcheurs et mettent en péril les collectivités côtières », a ajouté Mme Bekova.

Ces phénomènes avaient également été soulignés dans un rapport de la Commission européenne publié en 2015. À l’époque, les représentants de l’UE avaient appuyé que 74 % des stocks halieutiques de la mer Noire étaient surexploités, totalement exploités ou détruits et que 17 % s’étaient remis des dommages causés. Toutefois, aucune action concrète n’avait suivi.

Heureusement, les choses semblent bouger quelque peu : mi-mai, la commission de la pêche (PECH) du Parlement européen a adopté un rapport rédigé par M. Hirstov intitulé « Challenges and opportunities for the Black Sea fisheries sector ».

Dans le document, le député européen souligne les risques de la surpêche en mer Noire et appelle les autorités à prendre des mesures sans plus attendre.

Protection de l'Adriatique : les projets croato-italiens dévoilés

Les intérêts économiques de la zone adriatique sont étroitement liés à la protection de la mer et de la biodiversité, a-t-on appris mardi (27 avril) lors de la conférence « Solutions innovantes pour la durabilité de la mer Adriatique » à Zadar, où deux nouveaux projets de protection de l’Adriatique, InnovaMare et SUSHI DROP, ont été présentés.

Plus d’incitations pour les établissements aquacoles

Faisant allusion à la demande mondiale grandissante en protéines, le législateur a défendu l’introduction d’incitations financières supplémentaires pour les productions aquacoles. Cette solution permettrait certainement de réduire la pression sur les stocks de poissons sauvages.

D’après l’agence exécutive pour la pêche et l’aquaculture (EAFA) du ministère bulgare de l’Agriculture, la Bulgarie compte 764 exploitations piscicoles : 730 pour l’aquaculture en eau douce et 34 seulement pour l’aquaculture marine.

M. Hristov a également proposé que soient créées des mesures de soutien pour les petites exploitations, dont les activités sont moins nuisibles à l’environnement.

« La question des petits pêcheurs doit être traitée individuellement. Leur gagne-pain est incertain et leurs revenus sont moindres que dans les autres secteurs. Ils sont donc particulièrement vulnérables en cas de crises ou évènements soudains », a-t-il fait valoir.

Lors de son allocution, il a également pressé les collectivités locales à réfléchir à la création d’une appellation d’origine pour les produits issus de la mer Noire qui mettrait en avant l’importance de leur caractère régional ou local.

Sur nos côtes, les populations de poissons « en bon état » augmentent

Les chercheurs de l’Ifremer se sont montrés optimistes lors de la présentation de leur bilan 2020 sur l’état des populations de poissons pêchés en France. Ils appellent pour autant à ne pas relâcher les efforts, notamment en Méditerranée où la situation est plus préoccupante.

Le turbot sous le feu de la rampe

En raison des stocks limités, Bruxelles contrôle depuis des années la pêche du turbot dans la mer Noire. Véritable mets gastronomique, ce poisson figure parmi les plus chers de la mer Noire.

Toutefois, une augmentation de 32 % de la limite de pêche a été approuvée par la Commission européenne en 2019. Ce faisant, la Bulgarie et la Roumanie ont obtenu un quota de 150 tonnes de turbot (75 tonnes chacune) pour 2020. Une hausse qui a suscité le courroux des organisations environnementales.

L’exécutif a justifié sa décision d’augmenter la limite de 57 à 75 tonnes par pays en avançant que les stocks afférents étaient suffisants, contrairement à 2017. Les turbots sont prêts pour le frai.

Bruxelles a tout de même pris bonne note des inquiétudes soulevées. Pour 2021, le quota de la Roumanie et la Bulgarie sera certes de 75 tonnes, mais il englobera également la mer Méditerranée et plus seulement la mer Noire.

D’après l’EAFA, en Bulgarie, la pêche industrielle représente environ 8 602 tonnes : 8 546 tonnes en provenance de la mer Noire et 53,7 tonnes en provenance du Danube.

La baisse des stocks halieutiques dans la mer Noire a été portée à l’attention du Parlement européen. Un vote sur le rapport d’Ivo Hristov est attendu mi-juin.

La faune sauvage, en chute libre depuis 1970

Les méthodes de production de denrées alimentaires, d’énergie et de marchandises détruisent les biotopes de milliers d’espèces, engendrant une chute vertigineuse de la faune et contribuant à l’émergence de maladies, comme le SARS-CoV-2.

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