L’UE veut agir sur les enjeux de santé publique

De son engagement à combattre le cancer à la délicate question de l’étiquetage alimentaire, l’UE a placé la barre haut en matière de santé et de sécurité alimentaire pour 2020. Sera-t-elle en mesure de tenir ses promesses ?

Il ne fait aucun doute que la nouvelle responsable de la santé de l’UE, Stella Kyriakides, a fait bonne impression aux eurodéputés, aux acteurs du secteur médical et aux défenseurs des droits des patients, notamment en raison de son passé de professionnelle de la santé et de patiente atteinte du cancer du sein.

Toutefois, les attentes suscitées par les tâches qui lui ont été confiées pourraient s’avérer trop importantes, compte tenu de la compétence très limitée de l’UE en matière de santé publique et du débat très politique sur la sécurité alimentaire.

Voici cinq thèmes qui mobiliseront l’attention au cours de l’année à venir.

1) Lutter contre le cancer

Pendant la majeure partie de l’année 2020, les législateurs et les acteurs du secteur de la santé seront occupés par le plan européen de lutte contre le cancer. Très attendu, il constitue l’une des initiatives phares du programme de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Alors que le plan d’action lui-même devrait être présenté vers la fin de l’année, la Commission entamera officiellement le débat à son sujet lors d’une conférence au Parlement européen le 4 février, à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer.

Stella Kyriakides a été chargée de diriger au mieux les efforts de la Commission. Il lui faut concilier la volonté affichée par cette dernière de « battre » le cancer et le fait que l’UE ne dispose que de maigres compétences législatives en matière de santé publique.

Une attention particulière sera probablement accordée à la réduction des inégalités entre les États membres en matière de dépistage, de diagnostic précoce et de médicaments innovants.

Le manque de données pénalise le traitement du cancer du sein

Le fardeau croissant du cancer du sein métastatique pourrait s’alléger avec une meilleure collecte des données sur la pathologie.

 

La Commission continuera à s’intéresser aux facteurs de risque tels que la consommation de tabac et l’abus d’alcool, ainsi qu’à la nécessité d’impliquer les acteurs extérieurs au secteur de la santé, dans ce que Stella Kyrikiades considère comme une « approche horizontale » du cancer.

La manière dont tous ces éléments peuvent être articulés et mis en œuvre avec cohérence soulève de nombreuses questions.

Le Parlement européen pourrait jouer un rôle en créant une commission spéciale sur le cancer, sur le modèle de celle qui s’est occupée des pesticides au cours de la dernière législature.

2) L’étiquetage alimentaire, nouveau champ de bataille des nationalistes

Cela peut surprendre, mais en 2020, le combat des nationalistes eurosceptiques contre les technocrates bruxellois pourrait se focaliser sur les denrées alimentaires.

Après des années d’annonces et de démentis, la Commission devrait maintenant présenter une proposition pour un système d’étiquetage nutritionnel à l’échelle de l’UE, dans le cadre de sa nouvelle politique alimentaire européenne, la stratégie « De la ferme à la table ».

L’étiquetage des denrées relève de la sécurité alimentaire, l’une des principales compétences de la commissaire à la santé, de son service d’appui, la Direction générale de la santé (DG SANTÉ), et d’agences de l’UE telles que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Le débat sur l’étiquetage des denrées alimentaires demeure cependant très politique et a déjà provoqué des frictions avec les États membres dans le passé.

A ce jour, le seul système d’étiquetage nutritionnel testé dans les rayons des supermarchés est le Nutriscore, développé en France et utilisé également en Belgique et en Espagne. Mais il est désormais contesté par l’Italie, où Matteo Salvini, le leader de la Lega (extrême droite), a récemment accusé le Nutriscore de faire partie d’un « plan secret » conçu à Bruxelles et destiné à nuire à la réputation de la nourriture italienne.

L’initiative de Salvini, qui a été critiqué dans le passé pour avoir politisé la politique alimentaire, va faire de l’étiquetage des aliments une question brûlante dans l’opinion publique nationale, obligeant le gouvernement italien à adopter une posture tout aussi combative.

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Les récentes remontrances du leader de la Lega, Matteo Salvini, à l’égard de l’emblématique pâte à tartiner « Nutella », ont révélé les limites de sa formule « l’Italie d’abord », qui lui a valu nombre de ses succès électoraux.

L’Italie et d’autres pays du sud tels que la France, l’Espagne et la Grèce, ont également fait une contre-proposition législative obligeant à indiquer le pays d’origine sur les étiquettes des denrées alimentaires.

3) Protéger les plantes autrement

Autre casse-tête potentiel pour Stella Kyriakides, toujours en matière de sécurité alimentaire : la réduction espérée de la dépendance de l’Europe aux pesticides.

La diminution des pesticides figure parmi les sujets prioritaires de l’agenda d’Ursula von der Leyen, et s’inscrit dans le cadre de la stratégie zéro pollution de la Commission.

Dans un premier projet du Green Deal européen qui circulait avant la communication officielle du 11 décembre, l’objectif de réduction des pesticides avait été fixé à 50 %. Dans la version finale cependant, cet objectif a été abandonné, augurant des difficultés que cette question pourrait générer en 2020.

Bruxelles lance un ballon d'essai sur son « Green deal » européen

La nouvelle Commission européenne prépare une série de nouvelles lois sur le climat et l’environnement dans le cadre d’un Green Deal européen qui doit être dévoilé le 11 décembre, mais dont les grandes lignes ont déjà été envoyées aux pays de l’UE pour avis.

Cela dépendra en grande partie de la capacité de l’UE à favoriser l’adoption de méthodes non chimiques et à faible risque par rapport aux produits phytopharmaceutiques traditionnels, ce qui n’est pas gagné d’avance.

4) Prix et dispositifs médicaux

2020 pourrait également être l’année où la proposition de règlement sur l’évaluation des technologies de la santé (ETS) verra le bout du tunnel.

Ce texte législatif vise à aider les pays de l’UE à se prononcer sur la tarification et les remboursements par les assureurs ou les systèmes de santé.

Mais le dossier est bloqué au Conseil des ministres, ce qui montre que l’innovation et l’évaluation de la valeur thérapeutique ajoutée de nouveaux médicaments figurent parmi les problèmes les plus épineux du secteur.

Stella Kyriakides supervisera également la mise en œuvre complète des nouveaux cadres réglementaires de l’UE sur les dispositifs médicaux, qui seront pleinement applicables à partir de 2020.

Pour ce faire, elle disposera de pouvoirs accrus résultant du transfert de l’unité chargée des dispositifs médicaux de la Direction générale du marché intérieur (DG GROW) à sa DG SANTÉ.

5) Soins de santé à long terme

En matière de santé, la qualité des soins pour les maladies chroniques a été annoncée comme l’une des priorités de la présidence croate de l’UE, qui vient juste de prendre ses fonctions.

Celle-ci a souligné dans son programme qu’une attention particulière serait accordée aux politiques qui répondent aux « problèmes de santé permanents ».

Lors d’une session publique du Conseil de la santé de l’UE en décembre, le ministre croate de la Santé, Tomislav Dulibić, a précisé que l’oncologie et les défis engendrés par le vieillissement de la population concernaient également les soins de santé à long terme.

L’augmentation du taux de survie fait du cancer une maladie chronique, ce qui pose également la question de la réintégration des patients dans la société.

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