Les satellites européens, arme du futur contre le réchauffement climatique

[Photo: ESA]

Les technologies actuelles de surveillance de la Terre ne sont pas assez précises pour contrôler les émissions de dioxyde de carbone, selon les experts présents lors de la semaine européenne de l’espace à Helsinki.

Le programme européen de surveillance de la Terre, Copernicus, sera mis à jour dans cinq ans seulement, avec un nouveau modèle, Sentinel-7, afin de contrôler les émissions anthropiques de CO2. Trois satellites devraient orbiter autour de la Terre 14 fois par jour.

Chaque satellite pourra observer 250 kilomètres de la surface de la Terre en un trajet, une amélioration considérable par rapport à la portée actuelle de ces orbiteurs, dont les plus high-tech ne couvrent aujourd’hui que 15 kilomètres. L’agence spatiale européenne (ESA) s’est déjà entretenue avec plusieurs fabricants potentiels.

Une fois ce matériel de pointe en orbite autour de la Terre, les techniciens seront capables d’identifier avec précision les sources de rejets de CO2. Pour l’heure, les satellites Copernicus n’ont pu fournir qu’une analyse approximative de la concentration de CO2 sur la planète, mais n’ont pas détecté clairement l’origine des émissions.

« La surveillance actuelle des émissions de dioxyde de carbone n’est pas assez précise et ne fournit que des résultats approximatifs. Le nouveau système Copernicus changera la donne. Il est bien plus difficile de contrôler les émissions plutôt que la concentration », a déclaré Florence Rabler du centre européen des prévisions météorologiques à moyen terme.

Ce système offre une série d’applications pratiques. Grâce à ces innovations, les législateurs pourront en effet juger si des mesures prises pour endiguer le réchauffement climatique comme les péages urbains, l’interdiction du diesel ou les systèmes d’échange de quotas d’émissions sont efficaces.

En outre, Sentinel-7 devrait décoller peu de temps après le prochain bilan mondial carbone prévu par l’Accord de Paris sur le climat. Sentinels 5 et 6, qui ont pour mission de contrôler l’atmosphère et la hausse du niveau de la mer, devraient être lancés en 2020 et 2021.

L’un des principes majeurs de la diplomatie climatique veut que les émissions de carbone ne connaissent pas de frontière géographique. Les nouveaux dispositifs de Copernicus permettront à ses utilisateurs de dénoncer de celui ou celle qui n’œuvre pas à réduire les rejets de CO2.

Le système européen devrait être accompagné de missions semblables chinoises, américaines et japonaises dont les lancements sont prévus dans les prochaines années.

Le directeur général de l’ESA, Johann-Dietrich Wörner, a affirmé lors de la conférence à Helsinki qu’« il était essentiel d’identifier les sources de CO2 et non d’en déterminer la valeur moyenne. C’est pourquoi un ou deux satellites ne sont pas suffisants. Il  faut une flotte entière. »

L’ESA soutient les missions sur la Lune et sur Mars

Au cours des cinq prochaines années, l’Agence spatiale européenne investira 14,4 milliards d’euros dans différents programmes, dont un en coopération avec la NASA pour aller sur la Lune et un autre pour prélever des échantillons sur Mars. Un article d’Euroefe.

Si la surveillance augmente dans le ciel, les données récoltées seront aussi plus nombreuses. Selon le vice-directeur général de la DG Marché intérieur, Industrie et Entreprises (DG GROW) de la Commission européenne, Pierre Delsaux, l’UE devra plus efficacement utiliser l’information qu’elle recueillera grâce à ses yeux extra-atmosphériques.

« Nous collectons beaucoup de données grâce à Copernicus, mais ne nous les exploitons pas. Si nous voulons en faire quelque chose, nous devons avoir recours à l’intelligence artificielle (IA). C’est l’IA qui nous fera avancer » a-t-il ajouté. Mme Rabler abonde également en ce sens, avançant que l’IA est nécessaire et que « la beauté des données ouvertes à tous » signifie que des tiers pourront y prendre part.

Les administrateurs de l’espace européen ont une réputation à tenir. Le système mondial de localisation par satellites Galileo, qui devrait être finalisé l’année prochaine, est largement perçu comme étant « le système le plus précis sur le marché », alors que Copernicus est également un leader mondial.

« Nous possédons les meilleurs instruments au monde pour observer le changement climatique. Nous sommes les leaders en matière de surveillance de la Terre et nous le resterons », a insisté le Français Jean-Yves Le Gall, chef du Centre national d’études spatiales.

Un petit pas pour l’UE…

Johann-Dietrich Wörner ajouté que la hausse prévue du nombre de satellites signifiait que davantage de progrès devraient être accomplis pour nettoyer le cosmos des débris spatiaux.

Mais, le chef de l’ESA a aussi fait remarquer que « nous ne devrions pas nous concentrer sur la surveillance et l’observation, nous devrions nous atteler à la réduction des émissions », expliquant que les technologies développées pendant les missions spatiales, comme les panneaux photovoltaïques à très haut rendement, les piles à combustible et les techniques plus efficaces d’utilisation de l’eau y contribueront.

« Les émissions de gaz à effet de serre ont été détectées sur la planète Vénus. L’observation in situ pourrait également sensibiliser notre planète au réchauffement climatique. Je ne vous parle pas ici seulement d’instrument high-tech, l’œil humain, en l’occurrence celui des astronautes, peut aussi être bien plus puissant », a affirmé M. Wörner.

Le budget de l’ESA de 14,4 milliards d’euros qui a été décidé la semaine dernière par ses États membres pour les cinq prochaines années est plus élevé que le précédent. Il inclura davantage de missions spatiales habitées et permettra aussi d’envoyer des astronautes européens sur la Lune, une première dans l’histoire spatiale européenne. Il octroiera aussi une aide financière pour la production des nouveaux satellites dont le prix est estimé à 630 millions d’euros.

L’UE contribue en partie au financement de systèmes satellites, mais la somme qu’elle leur accordera déprendre de l’issue des négociations sur son budget à long terme. La récente proposition de la présidence finlandaise du Conseil de l’UE réduit de plus d’un milliard d’euros le budget consacré au secteur spatial.

Mais la Commission européenne lui consacre davantage de ressources. Le nouvel exécutif d’Ursula von der Leyen dispose d’un nouveau département dédié exclusivement à la politique de défense et à la politique spatiale, après sa séparation de la division du marché intérieur.

Remous internes à l'Agence spatiale européenne

Récemment nommée à la tête de l’Agence spatiale portugaise, l’Italienne Chiara Manfletti a conservé un rôle auprès du directeur général de l’ESA. Un article exclusif de notre partenaire, La Tribune.

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