Comment la Commission européenne veut reforester l’Europe

Bruxelles met la dernière main à un vaste plan de plantation de forêts. Objectifs : verdir les espaces urbains et périurbains, développer agroforesterie et stocker du carbone. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

C’est l’un des points de la politique climatique de la nouvelle Commission européenne qui risque de faire jaser. Le 11 décembre, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, rendra publique la dernière version de son Pacte vert, Green Deal ayant pour objectif de placer l’Europe sur la voie de la neutralité carbone d’ici à 2050.

Si la baisse des émissions de gaz à effet de serre constitue le volet essentiel de la prochaine stratégie climatique européenne, un autre vise à accroître la capacité d’absorption des puits de carbone. Et, en la matière, le moyen le plus simple pour capter et « enchrister » le CO2 atmosphérique reste de faire pousser des arbres. Beaucoup d’arbres. Même s’il n’y a pas de consensus sur le nombre de chênes, d’érables ou de bouleaux qu’il convient de planter pour stocker une part non négligeable de nos effluents carbonés.

Vaste programme

Depuis plusieurs mois, les services de la Commission préparent le lancement d’un vaste programme de reforestation. La première étape a été d’évaluer les surfaces disponibles à l’aide de photos prises par satellites. Selon les premières estimations des analystes, 10 % de la superficie de l’Union européenne seraient propices à une replantation de massifs forestiers. Ce qui représente environ 400 000 km2 : plus que la superficie de l’Allemagne.

Les grandes entreprises font l'autruche sur la déforestation

Près de trois entreprises sur quatre ayant une empreinte écologique considérable sur les forêts n’ont pas communiqué de données concernant leur impact sur la déforestation mondiale en 2018.

Villes et campagnes

Mais pas question de planter n’importe quoi, n’importe où. Les régions privilégiées par les fonctionnaires de Bruxelles sont les zones urbaines et périurbaines (c’est bon pour leur résilience climatique !) et les régions agricoles. Dans ces dernières, il ne s’agit pas de remplacer des champs ou des prairies, mais de promouvoir efficacement l’agroforesterie. Une élégante façon de conjuguer stockage du carbone — activité possiblement rémunératrice pour les paysans — et développement d’une agriculture plus résiliente aux effets du réchauffement.

Évaluation longue et difficile

Combien d’arbres seront nécessaires pour verdir villes et banlieues tout en développant l’agroforesterie ? Et sera-ce suffisant pour stocker d’importants volumes de carbone ? Questions délicates. Faute d’études, personne ne sait encore quelles espèces il convient de planter. Pas question d’implanter des arbres exotiques. Il faudra, pour chaque site, trouver les espèces qui s’adapteront au climat futur local. Une évaluation longue et difficile en perspective. Certains experts avancent néanmoins le chiffre de 2 milliards d’arbres à planter dans les prochaines années : l’équivalent de 8 années de reforestation, telle qu’elle se pratique naturellement dans les massifs des 28.

Améliorer les écosystèmes terrestres

Comment inciter propriétaires (publics et privés), entreprises et territoires à investir dans l’afforestation ? Comme il est peu probable que les gouvernements s’accordent sur des mesures contraignantes, Bruxelles prépare son coup d’après. La Commission finalise un projet de texte qui obligerait, sur le modèle de la directive-cadre sur l’eau, à améliorer la qualité des écosystèmes terrestres. Ce qui permettra, par exemple, de redonner vie à des espaces forestiers dégradés. Cette initiative ne pourra que satisfaire les secteurs d’activités qui devront compenser leurs émissions carbonées. A commencer par l’aviation civile, avec son futur système de compensation Corsia. Pour les autres, des idées de fonds volontaires finançant la reforestation sont également à l’étude.

En Europe, deux espèces d'arbres sur cinq sont menacées

L’érosion de la biodiversité touche bien plus les animaux que les végétaux, croit-on… à tort. Selon la Liste rouge de l’UICN, 42 % des espèces d’arbres originaires d’Europe sont menacées. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Conjuguer climat et biodiversité

S’il n’est pas encore acquis que le plan reforestation fasse bien partie du Green Deal, il devrait être, en revanche, l’un des points importants de la stratégie communautaire sur la biodiversité 2030 que doit présenter la Commission, en amont de la COP 15 de Kunming (Chine). Une autre façon de conjuguer lutte contre le réchauffement et préservation de la biodiversité, le sujet qui monte dans les négociations internationales .

La COP25 va ouvrir une année cruciale pour le climat

La COP25 démarre une séquence placée sous le signe du climat: l’UE doit préciser son « Green Deal » d’ici mars, et doit parvenir à arrimer la Chine et l’Inde d’ici fin 2020 pour que l’ambition globale soit relevée.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.