Convention citoyenne pour le climat versus lobbys : un combat inégal

Le président français Emmanuel Macron salue la ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili lors d'une Convention citoyenne sur le climat, à Paris, le 14 décembre 2020. [EPA-EFE/Thibault Camus]

Très critiqué sur le sort réservé aux propositions de la Convention citoyenne pour le climat, le président Emmanuel Macron n’a pas réussi à convaincre de sa bonne foi et l’exercice démocratique a aujourd’hui un goût amer. Alors que le projet de loi reprenant le travail des 150 citoyens sera présenté en conseil des ministres mercredi (10 février), un rapport dévoile comment les lobbys ont réussi à saper leurs propositions.

« Dès la publication des propositions de la convention, les principaux secteurs industriels concernés (automobile, aéronautique, agrochimie, publicité) se sont lancés dans une grande offensive de lobbying pour obtenir leur détricotage », peut-on lire dans le rapport publié lundi (8 février) par l’Observatoire des multinationales. Les 146 propositions retenues par l’exécutif français devaient pourtant être reprises en intégralité par le gouvernement, selon les promesses du président Emmanuel Macron.

Pour l’observatoire, le projet de loi présenté en conseil des ministres ce mercredi « n’est plus qu’une très pâle copie des propositions formulées en juin dernier »« La raison en est simple : les industriels ont fait flèche de tout bois pour le vider de toute ambition »

Complices de Monsanto reconvertis en défenseurs de la « liberté de prendre l’avion », experts cachant leurs liens avec les industriels, institutions étatiques mises au service des secteurs qu’elles sont censées réguler, associations de consommateurs financées par les grandes entreprises, spécialistes de l’influence cultivant la discrétion sur leurs clients… Les auteurs de cette enquête ne manquent pas d’exemples.

En outre, le rapport dénonce une « véritable guerre médiatique » lancée ces derniers mois pour délégitimer les propositions des citoyens, notamment via des experts liés à l’industrie. Un sondage réalisé pour le Réseau action climat en juin dernier montrait pourtant que trois Français sur cinq jugeaient la Convention citoyenne pour le climat légitime pour faire des propositions au nom de l’ensemble des Français.

L’observatoire pointe en outre l’ampleur des soutiens et des relais du secteur privé au sein des ministères et des institutions publiques.

Le projet de loi climat sous le feu des critiques

Que ce soit de la part d’instances consultatives, d’associations environnementales ou d’élus, depuis plusieurs jours les critiques pleuvent à l’encontre du projet de loi « climat et résilience », qui doit être examiné en Conseil des ministres ce mercredi 10 février.

Un combat d’idées inégal

Pour arriver à leur fin, les lobbys utilisent plusieurs outils, montre le rapport. Parmi eux, le recours a des firmes spécialisées dans le lobbying, des agences de communication, des spécialistes de la réputation, des cabinets d’avocats, des associations professionnelles ou encore des organisations patronales. Des outils auxquels les grands groupes ont accès et dont ils peuvent également s’offrir les services : une machine d’influence dont ne disposaient pas les 150 citoyens, rendant ainsi le combat inégal.

La défense de l’emploi et la menace de délocalisations et de perte de compétitivité sont également des arguments très utilisés, particulièrement en ces temps crise sanitaire et économique. Autres stratégies : le financement, défiscalisé de surcroît, de think tank, capable de fournir des « arguments techniques d’apparence objective » soulignent les auteurs du rapport, ou encore la connivence entre agents de l’État et industriels qui ont parfois fait les mêmes grandes écoles ou viennent du secteur privé et de ces mêmes entreprises. Enfin, les tribunes dans les médias amis, en plus des réseaux sociaux, sont également très usités pour faire passer leurs idées.

« La Convention citoyenne pour le climat avait été conçue pour ouvrir la discussion au-delà de l’entre-soi des industriels et de l’administration, afin de mener à de vrais changements, déplore Olivier Petitjean, coordonnateur de l’enquête. Le retour de bâton n’en a été que plus brutal. Derrière la virulence des invectives contre les citoyens et leurs propositions, il y a de puissants intérêts industriels qui refusent, au fond, de faire leur juste part des efforts nécessaires face à l’urgence climatique. »

Si le gouvernement assure que l’essentiel des propositions de la convention se retrouve bien dans le projet de loi, pour les organisations écologistes et une partie des citoyens eux-mêmes réunis dans l’association Les 150, le compte n’y est pas. Un avis partagé également par le Conseil nationale de la transition énergétique (CNTE) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Certains élus aussi ne sont pas en reste et ont vivement critiqué le texte.

Des mesures phares absentes du projet de loi

Certaines des mesures phares de la Convention citoyenne pour le climat sont au final absentes du projet de loi, comme la mise en place d’une éco-conditionalité aux aides publiques aux entreprises, très critiquées lorsque celles-ci avaient été octroyées à Air France ou encore à Renault dans le contexte de crise liée au Covid-19 l’année dernière. L’interdiction de financer de nouveaux élevages agroindustriels a également été supprimée du texte.

D’autres mesures ont été « amoindries », comme l’obligation de rénovation pour les propriétaires occupants et bailleurs, qui ne concernent dans le projet que les propriétaires bailleurs, sans précision sur les objectifs de performance énergétique requis, ou encore la suppression des lignes aériennes intérieures réalisables en moins de 4h en train, qui s’est transformée en moins de 2h30, avec de nombreuses exceptions, précise le rapport.

Grande absente également, l’interdiction de la publicité pour les produits fortement émetteurs de gaz à effet de serre. La mesure a été remplacée par une interdiction bien plus limitée de la publicité directe pour les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz), qui n’existe en réalité quasiment pas.

« Le secteur publicitaire a ainsi mis mettant l’accent sur le besoin de concertation avant de recourir à des interdictions et sur les initiatives volontaires développées par l’industrie. Le message a été délivré par le biais de pleines pages de pub dans les grands médias, rappelant à ces derniers quelle est la main qui les nourrit, explique les auteurs du rapport. Ou encore l’organisation d’un événement, les « états-généraux de la communication », en novembre 2020. Selon le modèle bien établi, celui-ci regroupait essentiellement des industriels et des décideurs, sans réel débat contradictoire ».

Une stratégie couronnée de succès selon Mercedes Erra, présidente exécutive d’Havas, grand groupe de communication dirigé par Yannick Bolloré, qui se félicitait dans le Figaro : « Nous sommes parvenus à convertir les politiques ». Une déclaration qui a le mérite d’être claire.

Reste à savoir quel sera l’avis du Haut conseil pour le climat, instance indépendante qui ne mâche pas ses mots, sur le projet de loi du gouvernement. Celui-ci est attendu avant le 25 février, selon les informations d’Euractiv France.

Entre Emmanuel Macron et la Convention citoyenne, un climat de discorde

Le président français a échangé hier avec les membres de la Convention citoyenne pour le climat. Si son annonce sur un potentiel référendum a fait beaucoup de bruits, les quatre heures de débat ont surtout montré les tensions qui subsistent entre les conventionnels et l’exécutif.

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