Craignant des « achats de panique », des supermarchés européens rationnent les denrées alimentaires

Moins de trois semaines après le début de l’invasion de la Russie en Ukraine, qui a débuté le 24 février, on tire déjà la sonnette d’alarme quant à l’impact de la guerre sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire européennes et internationales. [SHUTTERSTOCK]

Certains distributeurs européens ont pris la mesure radicale de limiter la quantité d’huile de tournesol par consommateur, alors que l’on craint de plus en plus que la guerre en Ukraine ne provoque des pénuries alimentaires et ne déclenche des achats de panique.

Moins de trois semaines après le début de l’invasion de la Russie en Ukraine on tire déjà la sonnette d’alarme quant à l’impact de la guerre sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire européennes et internationales, et notamment en ce qui concerne les pénuries de tournesol qui se profilent.

Ensemble, l’Ukraine et la Russie représentent la majorité des exportations mondiales d’huile de tournesol, l’Ukraine étant responsable à elle seules de 35 à 45 % de l’huile de tournesol raffinée dans l’UE.

Selon l’association européenne des huiles végétales, Fediol, les stocks disponibles d’huile de tournesol brute dans l’UE devraient durer entre quatre et six semaines, et une pénurie d’huile de tournesol raffinée/en bouteille sur le marché européen est attendue par la suite.

L’huile de tournesol est un ingrédient essentiel de la production alimentaire à grande échelle, largement utilisée pour la préparation de conserves, de sauces, de mayonnaise, de vinaigrettes à tartiner et de produits de boulangerie tels que les biscuits.

C’est également l’une des options privilégiées pour la friture dans le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés (Horeca) et un composant clé pour l’industrie oléochimique et énergétique, notamment pour la fabrication de biodiesel.

Il existe des alternatives à l’huile de tournesol telles que les huiles de colza, de coco, de palme et de soja, mais l’ensemble du secteur des huiles végétales connaît une flambée des prix, l’indice des prix des huiles végétales de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ayant atteint une hausse record de 8,5 % ces derniers jours.

L’emballage est un autre problème pour le remplacement de l’huile de tournesol, car l’industrie prépare et imprime habituellement l’étiquetage alimentaire de ses produits une fois par an, mais tout changement ultérieur doit être rapidement signalé.

« Certains pensent à demander aux autorités compétentes une dérogation exceptionnelle pour pouvoir utiliser d’autres types d’huile sans avoir à changer les étiquettes », a indiqué Natasha Linhart d’Atlante, un groupe basé à Bologne qui fournit des chaînes de supermarchés telles que Walmart et Sainsbury, dans un entretien accordée au quotidien italien Sole24ore.

Risque d’achats de panique

La crise actuelle a désormais atteint les consommateurs, incitant plusieurs supermarchés espagnols réputés à rationner la quantité d’huile de tournesol disponible à l’achat par consommateur à 5 litres.

Cette information a été confirmée par la Commission européenne lors de sa réunion d’experts qui a porté sur la crise de la sécurité alimentaire et qui s’est tenue mercredi (9 mars) à huis clos. C’est en tout cas ce qu’indiquent des sources familières avec les discussions.

Ces mêmes sources ont indiqué à EURACTIV que l’exécutif européen a mis en garde contre de telles dispositions, car il craignait que cela puisse « envoyer un signal » aux consommateurs qu’il y avait pénurie alimentaire, déclenchant par conséquent des achats de panique, et a établi un parallèle avec le papier toilette, qui a été acheté frénétiquement dans la panique aux premiers jours de la pandémie de Covid.

De même, les stocks s’épuisant en Italie, certains distributeurs nationaux tels que Coop, Eurospin, Famila et Mega auraient commencé à rationner l’huile de graines dans les régions de Ligurie, de Toscane et de Vénétie.

Ainsi, les supermarchés de Trévise et de Belluno, deux villes de la région de Vénétie, limitent l’achat d’huile de graines à un maximum de deux bouteilles par client, car ils ont été confrontés à des personnes qui constituent des stocks d’huile, rapporte la presse locale.

Dans certains supermarchés de Toscane, les clients ne peuvent acheter que cinq bouteilles d’un litre d’huile de tournesol et deux bouteilles d’un litre d’huile de maïs. Les incidents restent toutefois limités, selon la coopérative de vente au détail Coop.

« La situation concernant l’approvisionnement en produits évolue, mais pas au point de susciter des inquiétudes immédiates », a indiqué la coopérative dans une note.

La Commission réaffirme son engagement envers les objectifs écologiques de l’UE lors d’une réunion sur la sécurité alimentaire

La Commission européenne a réaffirmé sa volonté de poursuivre les objectifs de l’UE en matière d’alimentation durable en dépit des inquiétudes croissantes liées aux pénuries alimentaires provoquées par la guerre en Ukraine.

Mondial vs local

Comme le rapporte EFE Agro, partenaire d’EURACTIV, l’industrie espagnole des huiles comestibles ne voit aucune raison de s’inquiéter dans l’immédiat.

« À court terme, il ne devrait pas y avoir de problème [de pénurie] », a confié le directeur général de l’association nationale des raffineurs et embouteilleurs d’huile comestible (Anierac), Primitivo Fernández, à EFE Agro après avoir évalué la situation.

Cependant, les perturbations ont déjà ruiné les plans du secteur à court/moyen terme, selon son homologue italien, Carlo Tampieri, président de l’association nationale des huiles de graines (Assitol).

« Même si la guerre devait cesser dans les prochains jours, le retour à la normale serait complexe », a-t-il affirmé.

M. Fernández a concédé que si le conflit venait toutefois à se poursuivre, il faudrait chercher d’autres fournisseurs pour ce produit, étant donné que l’Ukraine et la Russie, les deux pays impliqués dans cette guerre, sont « les deux plus importants pays producteurs d’huile de tournesol au monde ».

En termes de solutions, M. Fernández a indiqué que dans l’hémisphère sud, ils ont déjà identifié certains pays producteurs potentiels d’huile de tournesol, comme l’Argentine et l’Afrique du Sud.

Ces pays sont également étudiés en tant que marché alternatif potentiel pour le reste de l’Europe.

Il a ajouté que d’autres huiles en Espagne, comme l’huile d’olive, de colza ou de maïs, devraient être considérées comme des substituts, tandis que la culture du tournesol et d’autres oléagineux devrait être encouragée en Espagne et ailleurs en Europe, y compris les zones laissées en jachère pour favoriser la biodiversité ou à d’autres fins.

Cet appel a été repris par la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE) et d’autres ministres de l’Agriculture des 27, qui souhaiteraient consacrer à la production de protéagineux les 10 % de terres agricoles normalement réservées à la création de zones à haute biodiversité.

Cette option est actuellement examinée par l’exécutif européen dans le cadre de la série de solutions visant à améliorer la situation du secteur agroalimentaire européen. Elle sera examinée lors de la prochaine réunion du Comité spécial Agriculture (CSA) qui aura lieu lundi prochain (14 mars).

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