Les règles sur les travailleurs détachés menacent les transporteurs tchèques

Les sociétés de transport tchèquent auront du mal à verser de plus hauts salaires. [Photo: euractiv.cz]

Les routiers tchèques devraient gagner le même salaire que leurs collègues étrangers lorsqu’ils travaillent à l’étranger. La concurrence internationale et les transporteurs mécontents compliquent cependant la situation. Un article d’Euractiv République tchèque.

La directive révisée sur le détachement des travailleurs introduit le principe du « même salaire pour le même travail au même endroit » et doit être transposée dans le droit national avant juillet 2020.

Les entreprises de transport espèrent toujours que leurs services seront exclus des nouvelles règles, puisque le transport routier commercial devrait être couvert par le paquet mobilité. La date butoir approche cependant à grands pas et le nouvel ensemble de règles n’est toujours pas approuvé.

Le compromis accepté par les États membres a été rejeté par le Parlement en juillet 2018 et renvoyé à la commission des transports et du tourisme du Parlement pour reformulation. Le nouveau texte aurait pu être adopté le 10 janvier, mais il restait trop de questions en suspens. La commission ne s’est accordée que sur la question du cabotage, le transport sur courte distance. Le sujet des salaires des routiers reste quant à lui complètement en friche.

« Les eurodéputés viennent d’enterrer le paquet mobilité », dénonce Jan Němec de l’association des transporteurs routiers tchèques ČESMAD Bohemia, qui s’oppose à la directive sur le détachement des travailleurs.

« Le refus du compromis signifie que les règles s’appliqueront également au transport routier international », explique pour sa part l’eurodéputée Martina Dlabajová (ADLE).

Le ton monte entre Allemagne et République tchèque sur le travail transfrontalier

Les entreprises du sud-est de la République tchèque subissent la concurrence des entreprises allemandes, toutes proches, qui payent en moyenne trois fois plus leurs salariés. Un article d’Euractiv République tchèque.

Les salaires allemands sont attrayants, mais….

Les entreprises tchèques s’opposent à la directive sur le détachement de travailleurs depuis le début. La Confédération de l’industrie et des transports de la République tchèque et la Chambre de commerce tchèque sont également contre ces règles.

Tous rejettent non seulement l’augmentation de salaire pour les travailleurs détachés, mais aussi les responsabilités administratives supplémentaires liées au calcul du salaire que cela implique. Une tâche d’autant plus compliquée que les chauffeurs traversent souvent plusieurs pays par jour.

« Je vais à l’étranger environ trois fois par semaine. Il m’arrive souvent de partir le lundi et de revenir le vendredi. Parfois, je reviens tout de suite », assure Martin Tecl, chauffeur de camion tchèque.

Il doit souvent transporter des marchandises vers des villes comme Dresde, Leipzig, Berlin ou Hambourg, ce qui lui fait passer des dizaines d’heures de travail par semaine en Allemagne.

« Je serais stupide de ne pas vouloir gagner le même salaire que les camionneurs allemands, mais d’un autre côté, je suis conscient du fait que de nombreuses entreprises tchèques auraient du mal à rester en activité si elles devaient nous verser de tels salaires. Les entreprises ukrainiennes les remplaceraient alors », estime-t-il.

Les chauffeurs routiers risquent de faire les frais de la cuisine politique européenne

Deux textes qui doivent être votés jeudi ouvrent la voie à plus de précarité pour les chauffeurs routiers.

 

Martin Tecl craint donc qu’au lieu d’augmenter les salaires des chauffeurs, les entreprises trouvent un moyen de contourner la législation.

« Si quelqu’un veut un salaire allemand, il doit travailler dans une entreprise allemande. Le seul problème, c’est le trajet plus long pour se rendre au travail », devise-t-il, se disant satisfait de son salaire tchèque.

Manque d’espace de stationnement

Selon le routier, il faudrait surtout régler d’autres problèmes auxquels sont confrontés les conducteurs de camions. En République tchèque, ils ont souvent du mal à trouver une place de parking pour prendre leurs pauses obligatoires.

« La situation en Allemagne est bien meilleure, mais en République tchèque, nous passons beaucoup de temps à chercher une place de parking. C’est le plus gros problème », assure-t-il. Les pauses obligatoires pour les conducteurs font également partie du paquet mobilité.

La situation n’est pas prête de se dénouer, puisque les négociations sont à présent remises à après les élections européennes de mai, quand un nouveau Parlement sera formé.

La France renforce son arsenal contre la fraude au travail détaché

Sanctions financières, publication des condamnations: le gouvernement a annoncé  une série de mesures pour lutter contre les fraudes au détachement, alors qu’il n’y a jamais eu autant de travailleurs détachés en France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.