Les élections relancent le débat sur le tunnel ferroviaire entre France et Italie

[Photo: EPA/GIORGIO BENVENUTI]

Le résultats des élections des deux côtés des Alpes compliquent le projet ferroviaire  controversé entre la France et l’Italie.

Le projet de ligne de train de 270 kilomètres entre Lyon et Turin, qui suppose de creuser l’un des plus longs tunnels ferroviaires au monde, risque de finir dans un placard suite aux élections européennes et régionales de mai.

Le gouvernement de coalition italien, composé du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Lega d’extrême droite, est divisé sur la question depuis le début. Le mouvement de gauche s’y oppose pour des raisons environnementales et économiques, alors que la Ligue de Matteo Salvini défend le projet bec et ongles.

En février, le ministre italien des Transports, Danilo Toninelli (M5S), avait publié un rapport soutenant que le tunnel serait une perte d’argent, et laisserait un trou de 7 à 8 milliards d’euros dans les caisses de Rome.

« Comme tout le monde peut désormais le constater, les chiffres de cette analyse économique sont extrêmement négatifs », avait alors déclaré Danilo Toninelli. « C’est maintenant au gouvernement de prendre une décision. »

Une décision qui pourrait être bientôt prise au vu des résultats aux élections européennes, lors desquelles la Ligue a largement distancé le M5S. Le parti de Matteo Salvini a en effet obtenu 34 % des voix alors que le mouvement de Luigi Di Maio n’en a récolté que 17 %.

Les analystes politiques pensaient que Matteo Salvini parieraient sur sa victoire électorale pour organiser des élections anticipées, hypothèse que le responsable de la Ligue a immédiatement démentie après le résultat des élections. Il préserve donc la coalition.

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Après une année au gouvernement, l’équilibre des pouvoirs entre le Mouvement 5 étoiles et la Lega s’est inversé : l’extrême droite a doublé son score, passant de 17,4 à 33,6 % alors que les anti-systèmes se sont effondrés de 32,7 à 16,7 %.

Mais le parti de Luigi Di Maio et de Matteo Salvini s’avère très divisé sur cette question du transport, comme on a pu le voir lors d’un accident de paquebot à Venise. Dimanche 2 juin un navires géant s’est écrasé sur un bateau de tourisme, faisant quatre blessés.

Dans une accusation à peine voilée contre le Mouvement 5 étoiles, Matteo Salvini a déclaré qu’une solution au problème avait déjà été proposée maisn bloquée par un ministère non affilié à la Lega.

« La Lega nous dit toujours qu’ils ont une solution à tout, mais ils n’ont jamais fait de proposition jusqu’à présent », ont répondu des sources du M5S.

La liaison ferroviaire Lyon-Turin a bénéficié d’un soutien régional accru le 26 mai, la région du Piémont ayant élu comme président, Alberto Cirio, membre du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi.

Alberto Cirio, ancien eurodéputé, remplace Sergio Chiamparino, membre du Parti démocrate, après avoir obtenu près de 50 % des voix. Il est un ardent défenseur du projet.

« Les travaux se feront aucun doute ni hésitation, car le projet était inclus dans le programme du centre-droit l’année dernière et encore plus dans le programme de mon gouvernement pour la région du Piémont », a assuré Alberto Cirio après son élection.

Soutien français

L’Italie s’est régulièrement heurtée à la France sur ce projet, notamment en termes de financement, Paris étant un fervent défenseur du tunnel. Mais les résultats des élections européennes dans l’Hexagone auront également un impact.

Europe écologie les Verts (EELV), dirigé par l’eurodéputé Yannick Jadot, est arrivé troisième lors des élections européennes du 26 mai et s’oppose fermement à la liaison ferroviaire.

« Ça doit s’arrêter. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas réagir aux 67 000 décès prématurés causés par la pollution atmosphérique en dépensant 26 milliards d’euros pour un résultat potentiel pour les 15 à 20 prochaines années », a-t-il déclaré la semaine dernière, ajoutant qu’il valait mieux moderniser et utiliser les lignes existantes.

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EELV a des antécédents en matière de boycottage de projets d’infrastructure, et a déjà contribué à faire échouer le projet du gouvernement pour un aéroport de 580 millions d’euros dans l’ouest de la France, Notre-Dame des Landes.

L’administration d’Emmanuel Macron est cependant restée ferme sur la liaison Lyon-Turin, repoussant les efforts de Rome pour négocier le financement du projet et insistant pour qu’il aille de l’avant.

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