Les émissions explosent alors que les compagnies aériennes évitent l’espace aérien du Belarus

En moyenne, les transporteurs européens et britanniques doivent parcourir 40 miles nautiques de plus pour se conformer aux sanctions de l’UE à l’encontre du Belarus, la plupart d’entre eux devant passer par les États baltes. [EPA-EFE/TOMS KALNINS]

Les détours empruntés par les compagnies aériennes pour éviter de pénétrer dans l’espace aérien du Belarus à la suite de l’atterrissage forcé d’un avion de Ryanair sont responsables d’environ 250 000 kg supplémentaires d’émissions de CO2 par jour, selon les estimations de la direction du trafic aérien.

En moyenne, les transporteurs européens et britanniques doivent parcourir 40 miles nautiques de plus pour se conformer aux sanctions de l’UE à l’encontre du Belarus, la plupart d’entre eux devant passer par les États baltes.

Avant l’interdiction, environ 300 vols traversaient quotidiennement le Belarus, dont une centaine étaient assurés par des transporteurs européens ou britanniques.

Eurocontrol, l’agence de gestion du trafic aérien, estime qu’environ 79 000 kg de carburant supplémentaires sont brûlés chaque jour en raison du réacheminement. Les émissions d’oxydes d’azote, des polluants qui contribuent au smog et aux pluies acides, augmentent d’environ 1 200 kg.

L’Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne (AESA), un organisme de réglementation de l’UE, a émis mardi 25 mai une recommandation pour que les opérateurs de vol évitent l’espace aérien du Belarus.

« Les circonstances entourant cet [atterrissage forcé] jettent de sérieux doutes sur le respect par le Belarus des règles de l’aviation civile internationale », indique le bulletin de sécurité de l’AESA.

Cette décision fait suite aux conclusions du sommet du Conseil européen de lundi dernier (24 mai), qui demandait à « tous les transporteurs basés dans l’UE d’éviter le survol du Belarus ».

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L’accord, préparé en amont par des consultations entre les capitales, a été annoncé deux heures après le début d’un sommet des Vingt-Sept organisé en présentiel sur deux journées à Bruxelles.

Le 23 mai, les opérateurs du contrôle du trafic aérien biélorusse ont invoqué une alerte à la bombe pour réacheminer un vol Ryanair à destination de Vilnius vers l’aéroport de Minsk. À l’atterrissage, les forces de sécurité ont arrêté deux passagers recherchés par les autorités bélarussiennes : le journaliste dissident Roman Protasevich et sa compagne Sofia Sapega.

L’incident a suscité l’indignation des dirigeants européens, qui ont depuis imposé une série de sanctions à l’ancienne nation soviétique.

Impact sur les compagnies aériennes

Les mesures de sécurité adoptées rapidement ont perturbé les trajectoires de vol habituelles, obligeant les compagnies aériennes à procéder à de nombreux changements logistiques.

Les compagnies aériennes se sont empressées de réorganiser leurs itinéraires dans la foulée, en modifiant les horaires d’arrivée et de départ pour tenir compte de l’augmentation de la durée des trajets et en réaffectant le personnel de cabine pour faire face à la modification de la durée des vols.

« C’est un véritable défi que de procéder rapidement à des changements car l’impact opérationnel est assez important, en particulier pour les transporteurs qui peuvent avoir plusieurs vols affectés sur une longue période », a déclaré Jennifer Janzen, porte-parole d’A4E, une association européenne de compagnies aériennes.

Mme Janzen a souligné que les membres d’A4E suivent les directives européennes et nationales dans l’attente d’une enquête complète sur les circonstances de l’atterrissage forcé.

« A4E se tient aux côtés de notre membre Ryanair et de l’ensemble de la communauté aérienne et internationale pour condamner toute interférence illégale avec les avions de passagers », a-t-elle précisé à EURACTIV.

La confiance dans le système

L’European Cockpit Association (ECA), un groupe industriel représentant les pilotes, a salué la décision de fermer l’espace aérien biélorusse.

« Si les pilotes survolent un pays et ne peuvent pas faire confiance aux informations fournies par le contrôle du trafic aérien, alors personne sur ce vol ne peut se sentir en sécurité. Le fait de scruter et de douter des informations vous distrait en tant que pilote et, en fin de compte, nuit à la sécurité », a déclaré Arik Zipser, directeur du conseil d’administration pour les affaires techniques de l’ECA.

« Le Belarus s’est discrédité en tant que partie du système de l’aviation civile », a-t-il indiqué à EURACTIV.

Arik Zipser estime que l’incident aura des conséquences importantes, car il remet en question les informations reçues par les pilotes.

« Les pilotes auraient désormais l’impression de devoir prendre en compte dans leur prise de décision un jugement sur les motivations et la fiabilité des informations fournies en fonction du pays qu’ils survolent. Et ce n’est pas réaliste. Si la confiance dans le système disparaît, la sécurité est compromise », a-t-il ajouté.

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