En Bulgarie, la faune s’écrase sur la route

En Bulgarie, une autoroute financée par l’Union européenne traversera les gorges de Kresna. Ce qui, selon les opposants au projet, accentuera la pression que subit déjà la faune locale. Le site est pourtant classé Natura 2000. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Il n’y a pas qu’à Beynac qu’une portion de route fait jazzer. A l’autre bout de l’Europe, en Bulgarie, l’autoroute Struma est au cœur d’un débat. C’est ce que met en lumière Le Monde dans un reportage datant du 25 avril 2019.

Financée en grande partie par l’Union européenne (620 millions d’euros sur 755 M€), cette route stratégique doit relier la capitale Sofia à Kulata, à la frontière grecque. Mais aussi l’Allemagne à la Grèce. Problème, entre les deux, serpentent les gorges protégées de Kresna.

Une barrière mortelle pour la faune

3 500 espèces, dont 92 protégées y évoluent. 92, comme le nombre de kilomètres d’asphalte déjà construits (il en reste 21 km). La route à deux voies, censée remplacer l’actuelle, passera dans les gorges. Et sans cette double voie, le constat n’est déjà pas reluisant. Avec 10 000 véhicules par jour, selon une étude du Balkani Wildlife Society, les populations de chauves-souris, serpents ou encore tortues ont chuté de 60 % en 15 ans. Chaque jour 70 animaux sont renversés. « Beaucoup des animaux que l’on retrouve écrasés sont des espèces protégées », a déclaré au Monde, Dimitur Vassilev, qui tient un centre écologique pour enfants à Vlahi.

De plus, Petko Petkov, un chercheur en biologie au sein de l’Académie des sciences bulgare rappelle au quotidien du soir que « la montagne est une barrière naturelle ; d’un côté, le climat est continental, il fait très froid en hiver et très chaud en été, tandis que de l’autre côté des gorges, c’est un climat méditerranéen. » Et ça, les animaux l’ont bien compris. Les serpents notamment, migrent d’un côté de l’autre de la gorge. Désormais, ils devront traverser une autoroute.

Les routes relient les hommes, mais morcellent la nature

Dans une étude publiée vendredi 16 décembre dans la revue Science, des chercheurs américains montrent à quel point le réseau routier mondial morcelle la nature, un phénomène négligé lors des débats sur la biodiversité. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Un paradoxe européen

Le site est pourtant classé Natura 2000, un programme de protection de l’Union européenne, elle-même principal financeur de l’autoroute. Une pétition contre le projet lancée par l’ONG WeMove.EU et ayant déjà réunie 215 000 signatures, ne manquent pas de rappeler ce paradoxe : « nous exigeons que la Commission européenne refuse de verser des subventions pour la construction d’une grande autoroute qui traverserait le précieux site Natura 2000 protégé par la législation européenne et bulgare. Nous exigeons de la Commission qu’elle empêche tout trafic destructeur de traverser ces gorges, à l’exception du trafic local, en relocalisant l’autoroute. »

Pourtant, rien ne semble stopper la marche du progrès. Des compromis avaient été avancés afin de limiter les effets sur la faune locale. Par exemple, un tunnel de 13 kilomètres devait traverser les gorges. Une option qui avait la faveur de la Commission européenne en 2011. Cependant, en octobre 2017, le gouvernement conservateur de Boïko a mis fin à cette éventualité. Les causes avancées : des délais trop courts, fixés à 2023 par la Commission européenne. Et un coût trop élevé : 518  M€ pour le nouveau tracé contre 612 M€ pour le tunnel.

La Commission européenne de son côté, par l’intermédiaire du porte-parole de la Commission européenne aux affaires environnementales a assuré au Monde que : « nous devrons nous assurer que le projet respecte la législation environnementale. Nous sommes en contact avec les autorités pour clarifier les effets des travaux. » Affaire à suivre.

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