La cocaïne menace l’anguille déjà vulnérable

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Les espèces aquatiques sont menacées par la présence de cocaïne, notamment dans la Tamise et le Po. Les animaux migrateurs comme l’anguille sont particulièrement en danger.

Selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Federico II de Naples, de faibles niveaux de cocaïne présents dans les fleuves et autres cours d’eau douce sont très néfastes pour les anguilles.

Une précédente étude de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies datant de 2015 avait révélé que Londres avait la plus forte concentration européenne de cocaïne dans ses eaux usées. Un rapport italien de 2005 montrait quant à lui que le fleuve italien Pô contenait de hauts niveaux de produits dérivés de la cocaïne.

La cocaïne termine dans nos fleuves principalement sous la forme d’urine et de benzoylecgonine, le principal métabolite de cette drogue, que les testeurs de drogue cherchent lors des contrôles des sportifs professionnels.

Les processus de purification de l’eau ne parviennent souvent pas à éliminer les substances des eaux usées, ce qui explique le faible mais toutefois conséquent niveau de cocaïne terminant dans les cours d’eau.

Les résultats ont poussé l’équipe de Naples à chercher à quel point la présence de cocaïne et d’autres drogues dans les fleuves affectait la vie aquatique, notamment l’anguille européenne déjà en voie de disparition.

L’Europe tente de sauver l'anguille menacée par le crime organisé

La Commission européenne propose d’interdire la pêche dans l’Atlantique de l’anguille, dont 95 % de la population a déjà disparu.  Mais l’industrie pèse des millions d’euros, et le commerce illégal est florissant.

Leur enquête s’est penchée sur 150 anguilles pour observer les effets de l’eau contenant des taux de cocaïne importants. Et ce en utilisant des aquariums et des quantités de drogues répliquant leur environnement. Ils ont comparé les résultats avec ceux d’un second groupe conservé dans de l’eau du robinet.

Les anguilles du premier groupe présentaient des signes d’hyperactivité et de lésions musculaires. Et même après dix jours de réhabilitation, les signes étaient toujours présents. Les anguilles sont des espèces pouvant migrer pendant 6 000 kilomètres, donc des lésions musculaires sont des blessures particulièrement handicapantes.

« Nous avons choisi les anguilles parce qu’elles sont menacées d’extinction, mais aussi parce que ce sont de gros poissons, ce qui favorise l’accumulation des substances », explique Anna Capaldo, directrice de l’équipe de Naples.

Selon elle, d’autres substances, comme des médicaments et des métaux, pourraient avoir des effets négatifs sur les poissons. Son équipe veut entamer une nouvelle étude pour se pencher sur le sujet.

En termes de bioaccumulation dans la chaine alimentaire, Anna Capaldo, prévient que les substances peuvent s’accumuler dans la chair comestible des animaux mais souligne que ce qui se passe après la mort des anguilles et leur cuisson n’est pas clairement déterminé.

La Commission européenne s’inquiète de l’anguille européenne. En décembre 2017, le Conseil européen s’est mis d’accord pour limiter la pêche afin de les protéger.

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