Les eurodéputés veulent plus réduire les émissions de CO2 des camions

Bas Eickhout: « Les décideurs politiques ne peuvent plus se permettre de rester les bras ballants en matière d'action climatique. C'est pourquoi les États membres de l'UE doivent tous se joindre à l'appel du Parlement en faveur d'une réduction drastique des émissions du secteur des transports » [Shutterstock]

Les eurodéputés veulent aller au-delà de ce que la Commission européenne avait initialement proposé sur les émissions de CO2 des poids lourds.

Lors d’une séance plénière, le Parlement a approuvé de justesse (par 373 pour et 285 contre) d’augmenter l’objectif de réduction des émissions de CO2 pour 2025 de 15 % à 20 %, et le dépassement de l’objectif initial pour 2030 de 35 %.

Ce résultat reflète en grande partie ce qui s’est passé lors d’un vote à la mi-octobre au sein de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI), qui avait également gonflé l’ambition globale du plan initial de la Commission, première tentative de l’UE pour réglementer les émissions des véhicules lourds.

Le trésorier des Verts européens, Bas Eickhout, chargé de piloter le remaniement de la proposition de la Commission par le Parlement, a salué le soutien de ses collègues du Parlement, qu’il impute notamment au rapport du GIEC sur les effets du changement climatique comme un facteur prédominant.

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« Après le rapport du GIEC, il est clair que les décideurs politiques ne peuvent plus se permettre de rester les bras ballants en matière d’action climatique. C’est pourquoi les États membres de l’UE doivent tous se joindre à l’appel du Parlement en faveur d’une réduction drastique des émissions du secteur des transports », a indiqué le député néerlandais dans une déclaration.

Dans son rapport, Bas Eickhout suggérait de scinder l’objectif de vente de véhicules à émissions nulles et faibles, qui vise à stimuler la popularité des véhicules électriques et à carburant de remplacement, en deux objectifs distincts : les camions et les autobus.

Son but était de faire en sorte que les constructeurs ne puissent pas atteindre leurs objectifs de vente en construisant des autobus, dont la technologie est à un stade plus avancé que celle des camions. Toutefois, cet amendement a été rejeté.

L’eurodéputée socialiste française Christine Revault Allonnes Bonnefoy a critiqué le rejet d’un autre amendement selon lequel 75 % des nouveaux bus de ville devraient être électriques en 2030, soulignant « la complicité coupable entre le lobby automobile et la droite européenne ».

Vendre toujours plus

Le Parlement plaidera donc en faveur d’un objectif de vente de 5 % en 2025 et de 20 % en 2030. Tout constructeur qui n’atteindra pas les objectifs de référence devra améliorer l’efficacité énergétique des véhicules diesel qu’il vend, tandis que les constructeurs les plus performants se verront accorder plus d’indulgence en ce qui concerne l’objectif d’émissions de CO2.

Toutefois, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), qui représente les sept principaux constructeurs de camions de l’UE, s’est dite « très préoccupée » par des objectifs climatiques « trop ambitieux » en matière de CO2.

« Ces objectifs [climatiques] vont encore plus loin que la proposition faite par la Commission européenne en mai dernier, qui était déjà très ambitieuse », a déclaré Erik Jonnaert, secrétaire général de l’ACEA.

Dans un communiqué, l’ACEA a également déclaré que l’objectif de 2025 interférera avec le cycle de développement existant pour les nouveaux modèles de camions, avertissant que cela impliquerait pour les constructeurs de devoir équiper leurs véhicules en dispositifs et pièces avec effet rétroactif.

L’ACEA ajoute qu’elle « espère que les gouvernements nationaux adopteront une approche plus équilibrée sur les futurs objectifs CO2 ».

Cependant, les propositions de Bas Eickhout ont reçu suffisamment de soutien à Strasbourg pour que débutent des négociations avec la Commission et le Conseil.

Capitales, à vous de jouer

Les États membres devront maintenant se mettre d’accord avant que ces négociations tripartites puissent commencer. Des sources ont indiqué à Euractiv qu’elles s’attendaient à des pourparlers difficiles, compte tenu du récent accord sur les objectifs de CO2pour les véhicules légers, qui est passé de justesse.

L’ONG de mobilité propre Transport & Environnement s’est félicitée du résultat du vote. « C’est maintenant aux gouvernements nationaux de décider. Les députés ont envoyé un signal très fort en faveur d’objectifs ambitieux certes, mais aussi réalisables », a estimé Stef Cornelis, responsable des camions propres.

« Il va falloir que les discussions avancent vite, mais la dynamique est bien lancée pour contenter les deux parties prenantes au cours de cette législature », a-t-il ajouté.

La présidente de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI), Adina-Ioana Vălean, a quant à elle récemment déclaré qu’il ne fallait « pas précipiter notre législation concernant les camions ».

Pour l’eurodéputée roumaine, la législation pourrait ne pas recevoir l’attention qu’elle mérite, en raison de la quantité de travail des députés européens avant les élections européennes de mai, ainsi que les interruptions informelles à prévoir après le mois de mars en raison des campagnes pour ces mêmes élections.

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