La pêche électrique sera bannie de l’UE en 2021

La pêche à impulsion électrique, c'est bientôt fini. [SHUTTERSTOCK]

Parlement européen et  États membres se sont accordés sur de nouvelles règles pour la pêche. Dont l’interdiction des engins à impulsion électrique à partir de mi-2021.

Les nouvelles « mesures techniques de conservation » adoptées cette semaine doivent simplifier les règles. La pêche est en effet aujourd’hui par 31 règlements différents, concernant les engins et méthodes de pêche autorisés dans les eaux européennes, la taille minimale des poissons à capturer et la limitation des activités de pêche dans certaines zones ou pendant certaines périodes.

Les négociations ont débuté en mai 2018 et se sont étendues sur trois présidences tournantes de l’UE, celles de la Bulgarie, de l’Autriche et maintenant de la Roumanie. Le débat a en effet été compliqué par la controverse sur la pêche à impulsion électrique, le Parlement et le Conseil étant en désaccord sur ce sujet.

La pratique consiste à envoyer des signaux électriques pour faire s’éloigner les poissons et crevettes des fonds marins et les étourdir pour ensuite les « cueillir » dans les filets. Elle avait été autorisée, à titre principalement expérimental, à la demande des Pays-Bas.

Le Parlement s’est fermement opposé à cette activité en adoptant son mandat de négociation le 16 janvier 2018, votant un amendement déposé par le groupe de gauche GUE/NGL qui interdit l’utilisation de la pêche électrique. Conformément à leur position, les eurodéputés ont également rejeté en juin un acte délégué qui aurait permis ce type de pêche sur certaines zones au large de la côte belge.

L’accord conclu le soir du 13 février permet finalement aux États membres d’interdire ou de restreindre immédiatement l’utilisation de la pêche à impulsion électrique dans leurs eaux côtières. Il prévoit ensuite l’élimination progressive de la technique d’ici mi-2021, afin de laisser au secteur le temps de s’adapter.

Après la conclusion de l’accord, le rapporteur du Parlement sur le dossier, l’eurodéputé espagnol Gabriel Mato, a déclaré que cette interdiction « n’entrave pas l’innovation nécessaire » dans le secteur de la pêche.

« Les nouvelles mesures techniques de conservation constituent une avancée importante dans le respect d’un engagement concret de l’UE en faveur d’un secteur de la pêche durable et de la protection du milieu marin », a déclaré Karmenu Vella, commissaire européen à la pêche. « L’accord dégagé aujourd’hui offre aux parties prenantes et aux pêcheurs un outil permettant de déterminer quelles sont les mesures les plus appropriées à adopter pour la pêche, compte tenu du contexte local, tout en préservant la santé de nos océans, »

Un porte-parole néerlandais a indiqué que l’interdiction de cette méthode de pêche innovante et durable sera définitive, ajoutant cependant que « la possibilité d’une révision montre toutefois que la science est toujours importante pour l’élaboration des politiques de l’UE. »

Le ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume, a pour sa part salué l’accord sur les mesures techniques, affirmant que la nouvelle réglementation, encouragée par la France, met fin à l’expérimentation actuelle, jugée insuffisamment réglementée.

Impulsion électrique

Les captures au chalut à impulsion électrique ont été officiellement interdites en 1998, mais un système de dérogations mis en place en 2006 a permis la poursuite de cette pratique. Ses opposants dénoncent ses effets négatifs sur le frai et les œufs, ainsi que ses conséquences sur la faune marine.

Au cours des négociations, une coalition d’ONG et d’associations de pêcheurs dirigée par l’ONG française Bloom a fait campagne contre la pêche électrique. Celle-ci a saisi l’Office européen de lutte antifraude, afin qu’il détermine si les Pays-Bas ont commis une fraude dans la promotion de cette technique en lui allouant des fonds publics importants.

La pêche électrique aux Pays-Bas dans le collimateur de Bruxelles

Après la plainte de l’ONG Bloom en octobre 2017, la Commission devrait ouvrir une procédure d’infraction contre les Pays-Bas pour l’attribution illégale de licences à des chalutiers pratiquant la pêche électrique. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Meilleur pour l’environnement

Les partisans de la pêche électrique affirment que cette technique est plus sûre pour l’environnement que celle des chaluts à perche, car elle réduit les émissions de carbone et la consommation de carburant. En juin, le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), une organisation intergouvernementale des sciences de la mer, a publié une étude selon laquelle la pêche par impulsion électrique a un effet moins délétère sur les écosystèmes que l’utilisation de chaluts à perche.

Depuis 2011, les navires néerlandais de pêche à impulsion électrique expérimentent la technique à plus grande échelle. L’association néerlandaise de pêche a estimé qu’une interdiction européenne ne serait pas fondée sur des données scientifiques et nuirait à l’innovation dans le secteur, une position également partagée par Greenpeace Pays-Bas.

Le 12 février, veille de l’accord, des pêcheurs néerlandais avaient manifesté devant le parlement pour tenter d’éviter l’interdiction.

Une nouvelle étude réalisée par Wageningen Economic Research a mis en évidence les coûts socio-économiques d’une interdiction totale de la pêche à impulsion électrique pour les pêcheries néerlandaises, affirmant qu’elle entraînera une forte réduction du rendement économique par navire et aura un impact sur l’ensemble du secteur.

Le clivage idéologique au sein des institutions européennes sur la question est également motivé par des intérêts économiques et commerciaux, qui opposent notamment la France et le Royaume-Uni aux Pays-Bas.

Le débat sur la pêche électrique a fait de l'ombre aux autres enjeux du secteur

En interdisant le recours à la pêche électrique, le Parlement européen a aussi interdit une dérogation française sur les maillages de filets de pêche. Une mesure dont le coût inquiète les pêcheurs et députés français.

 

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