Le patronat européen continue son travail de sape sur le climat

La COP24 arrive à grands pas et décidera d'une série de règles pour l'action climatique mondiale. [UNclimatechange / Flickr]

Malgré la levée de boucliers suscitée par sa politique anti-action climatique, le lobby BusinessEurope persiste, selon un nouveau mémo obtenu par Euractiv.

Un nouveau document de travail de BusinessEurope, le lobby du patronat européen, indique la voie défendue par le groupe : aucune action climatique n’y est définie, contrairement aux engagements de l’accord de Paris.

Les modifications montrent que les références à des objectifs de réduction des émissions (80 %, 95 %, ou la neutralité carbone) ont été effacées et que l’expression « trajectoire de réduction des gaz à effet de serre » a été remplacée par « scénario de réduction des gaz à effet de serre », ce qui remet en cause toute amélioration de la situation actuelle.

Le document est un projet de réponse à la consultation publique sur la stratégie de réduction des émissions à long terme, lancée par la Commission européenne. La version finale devrait être publiée le 28 novembre.

Dans un premier mémo obtenu par Euractiv, le lobby expliquait déjà comment ses membres devraient « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques européennes pour 2030.

Le Medef européen prépare le sabotage des objectifs climatiques européens

La stratégie de communication de BusinessEurope est de « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques de l’UE. Mais  en affichant un soutien de façade, explique une note interne obtenue par Euractiv.

L’organisation estime que l’objectif actuel visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre « est déjà ambitieux ». Un point de vue diamétralement opposé au consensus scientifique, selon lequel même si il était respecté, cet objectif ne permettrait pas à l’UE de respecter ses engagements climatiques.

Dans l’ensemble du document, le lobby qualifie les politiques actuelles de l’UE d’« ambitieuses » et insiste sur la compétitivité des entreprises. Les politiques en question datent d’octobre 2014, et sont donc tout à fait inadaptées aux objectifs de l’accord de Paris, qui a été rédigé en décembre 2015.

« L’UE a le marché de carbone le plus développé au monde, et il est estimé que les émissions européennes ne constitueront que 5 % des émissions totales si chaque signataire de l’accord de Paris respecte sa contribution déterminée au niveau national actuelle », continue le document.

BusinessEurope ne tient donc pas compte de la notion de responsabilité historique qu’ont les pays développés par rapport au changement climatique. Cette notion est cependant présente dans l’accord de Paris, qui parle d’une « responsabilité commune, mais différentiée ».

Le document de travail mentionne aussi la nécessité de réduire le risque de « chevauchement des politiques », une formulation qui implique que les instruments établis par les politiques climatiques et énergétiques ne sont pas rentables.

Le lobby appelle ainsi à moins de réglementation et à une limitation de l’action de réduction des émissions au marché du carbone. Cela reviendrait à éliminer les objectifs supplémentaires pour les renouvelables et l’efficacité énergétique.

Une position extrême

Le projet de document risque de ne pas plaire aux acteurs industriels qui appellent à une action climatique plus globale du secteur, y compris parmi les membres de BusinessEurope.

L’industrie embarrassée par la stratégie de BusinessEurope sur le climat

Certains acteurs de l’industrie appellent BusinessEurope à faire évoluer sa position, après la fuite d’un mémo interne affichant une stratégie de blocage sur la lutte contre le changement climatique.

Les intentions du lobby sont aussi en contradiction avec le rapport du GIEC soulignant l’urgence de l’action climatique, qui sera publié le 8 octobre. Il devrait contenir la preuve scientifique que les objectifs de l’accord de Paris – maintenir le réchauffement « bien en deçà » de 2°C – ne constituent pas une garantie contre les effets du réchauffement. La différence entre un réchauffement de 1,5 °C ou 2°C n’a rien d’anecdotique, selon les scientifiques, et pourraient sauver ou condamner certaines communautés, économies et écosystèmes.

Or un certain nombre d’États membres sont également en faveur d’une hausse des ambitions climatiques de l’UE.

Les ministres européens de l'environnement veulent limiter le réchauffement à 1,5 °C

Selon un document consulté par Euractiv, les ministres européens de l’Environnement s’apprêtent à défendre un objectif limitant le réchauffement mondial à 1,5 °C lors de leur rencontre le 9 octobre.

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