Le Parlement bannit les biocarburants à l’huile de palme

La production d'huile de palme engendre une déforestation massive dans certains pays en développement comme l'Indonésie. [Copyright: encikcasper/shutterstock]

Le Parlement européen a décidé d’éliminer l’huile de palme dans les carburants d’ici à 2021 et de plafonner les biocarburants issus des cultures vivrières au niveau de la consommation de 2017.

Les pays où les biocarburants issus de cultures vivrières représentent moins de 2 % du bouquet énergétique dans les transports auront plus de marge de manœuvre pour ajuster ce pourcentage à la hausse et atteindre l’objectif de 12 % d’énergies renouvelables dans les transports.

« Aujourd’hui, nous avons porté un coup sérieux au lobby de l’agrobusiness. Avec un gel à échelle nationale, le marché recevra un signal clair qu’il doit s’éloigner des cultures alimentaires », a commenté l’eurodéputé écologiste Bas Eickhout, rapporteur du rapport à la commission environnement du Parlement européen.

La décision de limiter les biocarburants s’est basée sur un amendement soumis le 17 janvier par les eurodéputés du Parti populaire européen (PPE), les socialistes et démocrates (S&D) et l’alliance des libéraux et démocrates européens (ALDE).

L’UE se dirige vers un transport européen sans huile de palme

Les eurodéputés envisagent une élimination totale de l’huile de palme dans les carburants pour le transport d’ici à 2021. Une proposition qui a obtenu un large soutien avant le vote en plénière la semaine prochaine..

Les députés européens se sont aussi accordés sur un objectif de 12 % de renouvelables dans les transports, ce qui inclut 10 % des biocarburants dits avancés ou de seconde génération, comme les biocarburants produits à partir de déchets ou des combustibles recyclés.

L’ONG Transport & Environnement (T&E) n’est toutefois pas totalement satisfaite du plafond. Si elle préférerait une élimination totale, elle se réjouit néanmoins de la décision de mettre un terme à l’utilisation d’huile de palme dans le biodiesel. Et pour cause : l’ONG estime qu’en moyenne le biodiesel d’origine alimentaire produit 80 % plus d’émissions de CO2 que le diesel fossile qu’il remplace.

Pour Laura Buffet, responsable des carburants propres chez T&E, le message du Parlement est clair. « Le développement ne peut provenir que de carburants avancés durables tels que les biocarburants à base de déchets et non des cultures vivrières », estime-t-elle.

« Ce compromis réoriente les investissements vers des carburants d’avenir et élimine le biodiesel à base d’huile de palme, le biocarburant le plus polluant. Malheureusement, l’accord ne fait pas grand-chose pour nettoyer et éliminer progressivement les biocarburants agricoles existants, qui continueront à bénéficier d’un soutien jusqu’en 2030 », a souligné Laura Buffet.

Le sort des biocarburants n'en finit pas de diviser le Parlement européen

La révision de la directive énergies renouvelables doit être votée le 17 janvier par les eurodéputés. La France critique le seul consensus trouvé par les eurodéputés, qui consistait à éliminer l’huile de palme des agrocarburants.

 

En ce qui concerne l’industrie de l’éthanol, l’objectif de 12 % de renouvelables dans les transports laisse de la place dans le bouquet énergétique de l’UE aux biocarburants durables pour remplacer les combustibles fossiles.

« L’éthanol renouvelable européen – produit à partir de cultures européennes, permet de réduire, sans effets néfastes, les émissions de gaz à effet de serre de 66 % en moyenne par rapport à l’essence fossile », a déclaré l’association européenne de l’éthanol renouvelable (ePURE) dans un communiqué.

« Le Parlement a voulu envoyer le message selon lequel tous les biocarburants ne sont pas nés égaux, en mettant l’accent sur l’élimination de ceux qui conduisent à la déforestation comme l’huile de palme. Mais avec ces amendements, les États membres risquent d’avoir encore plus de difficultés à développer de manière réaliste les énergies renouvelables dans les transports », a déclaré le secrétaire général d’ePURE, Emmanuel Desplechin.

T&E a pour sa part critiqué la définition « élargie » du Parlement de la liste des biocarburants avancés, qui selon Laura Buffet, profitera à certains biocarburants de deuxième génération non durables et, par conséquent, répétera les erreurs du passé.

« Les règles doivent être renforcées pour garantir que seules des matières premières avancées réellement durables soient mises en avant par la directive sur les énergies renouvelables. »

La commission ENVI avait retiré de la liste six biocarburants avancés, qui ont été rajoutés par le Parlement.

La Malaisie indignée

Réagissant à la décision sur l’huile de palme, le ministre malaisien des Industries de plantation et des produits de base, Mah Siew Keong, s’est attaqué au Parlement européen et a qualifié cette décision d’« apartheid des cultures ».

Selon les données de l’Association indonésienne de l’huile de palme (Gapki), la Malaisie a exporté 2,06 millions de tonnes de ce produit en 2016.

Mah Siew Keong a déclaré que la décision européenne constituait une barrière commerciale protectionniste et d’une violation des engagements pris par l’UE dans le cadre de l’OMC.

« Nous n’hésiterons pas à prendre des mesures correctives », a-t-il averti, exhortant les gouvernements de l’UE à rejeter la position du Parlement européen sur les biocarburants à base d’huile de palme.

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