Les compagnies aériennes s’opposent aux mesures de distanciation sociale

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Les mesures de distanciation sociale ne fonctionneront pas à bord des avions, affirment les compagnies aériennes d’Europe, alors que l’industrie aéronautique et les gouvernements envisagent la reprise des vols. Mais dans d’autres pays, les transporteurs sont ouverts aux nouvelles dispositions.

Le transport aérien a été mis au point mort par la pandémie, et les compagnies aériennes peinent à garder la tête hors de l’eau alors que leurs réserves d’argent fondent comme neige au soleil. Désormais, la plupart des transporteurs s’affairent à assurer un service minimal, demander des aides d’État et planifier la relance après le confinement.

Les ministres européens des Transports s’entretiendront par vidéoconférence ce mercredi 29 avril sur les plans de reprise des activités. La Commission européenne élabore actuellement une stratégie à cet effet, que les fonctionnaires espèrent publier à la mi-mai.

Certaines compagnies aériennes ont déjà appliqué une série de mesures, comme l’interdiction de s’asseoir dans la rangée du milieu à bord des quelques avions qui volent encore, ou l’obligation pour les passagers de porter des masques. Les aéroports ont aussi adopté les mêmes dispositions de distanciation sociale que celles introduites dans les centres-villes ou les supermarchés.

Mais les principaux groupes aéronautiques d’Europe, comme Air France-KLM, Lufthansa ou IAG émettent des réserves quant aux futures directives de l’UE. Dans une lettre adressée aux ministres européens des Transports, l’association de compagnies aériennes Airlines for Europe (A4E) insiste sur le fait que « la distanciation sociale n’est ni nécessaire ni viable à bord d’un avion ».

« Les mesures et réglementations doivent être proportionnelles [aux] niveaux de risque réels », indiquent les auteurs de la lettre, qui reconnaissent toutefois l’importance de fournir un équipement de protection personnel, comme des masques, aux passagers.

La lettre ajoute que toute nouvelle disposition contre le coronavirus doit être temporaire et subventionnée par l’État, tandis que les mesures de biosécurité, qui consistent notamment à prendre la température des passagers, ne peuvent être mises en œuvre que par des professionnels qualifiés.

Les pertes financières représentent le principal sujet de préoccupation des compagnies aériennes en ce moment. Lufthansa soutient que l’arrêt des activités lui fait perdre un million d’euros par heure, tandis que d’autres transporteurs, comme Scandinavian Airlines (SAS) ou Norwegian Air Shuttle (ASA), ont procédé à des licenciements massifs.

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L’Association internationale du transport aérien (IATA) estime que les compagnies aériennes doivent atteindre 87 % de leur capacité maximale pour parvenir au seuil de rentabilité. Mais l’interdiction de s’asseoir sur le siège du milieu empêche la plupart des transporteurs de se rapprocher de cet objectif.

Michael O’Leary, le PDG de Ryanair, a récemment attesté que son entreprise ne reprendrait pas ses activités si l’interdiction de s’asseoir dans la rangée du milieu était rendue obligatoire, car cette mesure mettrait à mal le modèle économique de la compagnie irlandaise.

Il a affirmé lors d’une interview que la disposition « ne [ferait pas respecter] la distanciation sociale, et donc que c’[était] une idée assez idiote qui ne permettrait de toute façon pas d’accomplir quoi que ce soit ».

Selon les experts, les citoyens doivent garder une distance de deux mètres entre eux pour réduire le risque d’infection virale. Compte tenu de la taille réduite des cabines d’aéronefs modernes, environ sept sièges devraient être inoccupés entre chaque passager pour respecter les mesures de distanciation.

Et pourtant, certains transporteurs ont tout de même accepté l’idée. C’est notamment le cas de Japan Airlines, qui a annoncé mettre en place la mesure jusqu’à l’été, ou d’EasyJet, la compagnie rivale de Ryanair, qui assure que cette disposition est applicable tant que la demande est faible.

D’autres compagnies aériennes, comme American Airlines ou JetBlue, obligeront tous leurs passagers et les membres de l’équipage à porter des masques à partir du mois de mai.

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