La Cour des comptes allume le TGV européen

L’UE a investi 24 milliards en moins de 20 ans dans le réseau ferroviaire européen. Qui reste fragmenté en l’absence d’approche stratégique pour un réseau de lignes à grande vitesse.

Le réseau européen de lignes à grande vitesse n’est pas pour demain, selon la Cour des comptes européenne. Dans un rapport publié le 26 juin, elle estime qu’il se résume pour l’heure à un patchwork de lignes nationales fragmentées, manquant d’une réelle coordination transfrontalière entre les États membres.

Malgré des financements considérables, soit 23.7 milliards d’euros de cofinancement de l’Union depuis 2000, la Commission « ne dispose d’aucun instrument juridique ni d’aucun pouvoir décisionnel qui lui permettent de s’assurer que les États membres progressent rapidement vers l’achèvement du réseau central », met-elle encore en garde.

Patchwork de lignes nationales

Pour arriver à de tels constats, les auteurs du rapport ont sillonné la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal, et l’Autriche, et analysé plus de 5000 km de lignes à grande vitesse, couvrant environ 50 % du territoire total de l’Union.

Selon les experts, bien que la longueur des réseaux ferroviaires à grande vitesse soit en hausse, l’objectif de l’UE visant à multiplier par trois le nombre de kilomètres de lignes ferroviaires à grande vitesse pour atteindre 30 000 km d’ici 2030 ne sera pas atteint.

« Les lignes nationales existantes sont mal reliées entre elles et forment un ensemble inefficace et fragmenté », a déclaré Oskar Herics, membre de la Cour des comptes européenne responsable du rapport.

« Les lignes à grande vitesse qui traversent les frontières nationales ne figurent pas parmi les priorités des Etats membres en matière de construction, et la Commission ne dispose pas de pouvoir pour imposer le respect de la mise en oeuvre de ces projets. Cela signifie que la valeur ajoutée du cofinancement de l’UE est faible », souligne l’expert.

Le patchwork du rail européen désole la Cour des comptes

Le déploiement d’un système de signalisation ferroviaire européen, clé de voûte des efforts européens pour la facilitation tu trafic ferroviaire dans l’union, est trop lent, estime la Cour des comptes européenne. Sans délai précis, États membres et acteurs du secteur rechignent à investir.

Dans de nombreux cas, aucun bénéfice n’a été tiré des coûteuses lignes à grande vitesse, détaille le rapport, car les trains roulent souvent à des vitesses moyennes bien inférieures (45 % de la vitesse maximale) à celles que peuvent supporter les lignes.

Un constat qui pose des questions sur la viabilité et gestion financière du projet. En moyenne, le rapport évalue à 25 millions d’euros par km le coût des lignes analysées, et ajoute que les dépassements de coûts et les retards sont la règle, plutôt que l’exception.

La Commission enjointe à agir

La solution alternative, qui consisterait à moderniser les lignes conventionnelles, pourrait ainsi faire économiser des milliards d’euros, conclut le rapport.

Dans l’ensemble, il presse la Commission à procéder à une « planification à long terme réaliste », à se mettre d’accord avec les États membres sur les axes stratégiques clé à mettre en œuvre prioritairement. Le rapport appelle également la Commission à mettre en place un « suivi étroit » des engagements pris, et à lier le cofinancement de l’Union aux projets stratégiques prioritaires retenus.

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