Fret ferroviaire et fluvial : la France accumule du retard 

La commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat note que le transport routier (voyageurs et marchandises) représente à lui seul 31% des émissions de gaz à effet de serre, en faisant le secteur le plus émetteur de CO2 en France. [Gorodenkoff/Shutterstock]

En France, le transport de marchandises s’effectue à 90% par la route quand la moyenne européenne est de 75%. Des modes de transport plus respectueux de l’environnement existent, à l’image des frets ferroviaire et maritime. Problème, la vétusté de ces infrastructures ne permet pas leur pleine exploitation. 

Dans un rapport sur l’impact environnemental du transport de marchandises adopté le 21 mai, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat note que le transport routier (voyageurs et marchandises) représente à lui seul 31% des émissions de gaz à effet de serre, ce qui en fait le secteur le plus émetteur de CO2 en France. Les poids lourds seraient responsables de 20% de ces émissions. 

Pour limiter l’empreinte carbone du secteur, le texte préconise de diversifier les modes de transport pour les marchandises, en développant le fret ferroviaire et fluvial, moins polluant. Un train consomme neuf fois moins de CO2 qu’un camion poids lourd, et une barge avec des conteneurs, cinq fois moins. Pour les rapporteurs Rémy Pointereau (LR) et Nicole Bonnefoy (Socialistes, écologistes et républicains), « un soutien à la régénération et au développement des réseaux ferroviaire et fluvial est indispensable » afin de renforcer leur compétitivité.  

Si l’idée apparait comme une solution plausible, sa mise en application se heurte à un problème de taille : l’état de dégradation dans lequel se trouvent les infrastructures portuaires et ferroviaires en France. 

Lors d’une audition publique par la commission au Sénat, Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports a reconnu que « les marchandises ne transitent pas par le rail, car les connectivités aux grands pôles d’échanges multimodaux, notamment les ports, sont mal réalisées », dû à un « sous investissement chronique ». 

Pour pallier le manque d’équipements, « 5 milliards d’euros du plan de relance ont été attribués au ferroviaire », a déclaré le ministre. Néanmoins, entre la croissance du TGV, l’extension des horaires et la réhabilitation des rails, le réseau ferroviaire est « un réseau qui subit », les nombreux chantiers la nuit « diminuent la disponibilité des sillons, jusqu’en 2023 au moins », a-t-il prévenu.

La France semble avoir délaissé le transport de marchandises par le train ou par bateau délaissé au profit du transport routier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le fret ferroviaire et le fret fluvial français sont deux fois moins développés qu’ailleurs en Europe. À titre d’exemple, la part d’utilisation du train représente 18% à l’échelle européenne, contre 9% en France. L’utilisation des voies fluviales est de 5,5% en Europe, contre 2,3% en France.

En France, le train de nuit fait son grand retour

Si 2021 est l’année européenne du rail, en France le train de nuit semble avoir à nouveau la cote. Jeudi (20 mai), la ligne nocturne Paris-Nice rouvre, avec à son bord le Premier ministre Jean Castex.

Euro 7

Réduire les émissions carbone liées au transport routier est aussi un enjeu de la future politique climatique européenne. Dans le cadre du Green Deal européen, la Commission européenne travaille actuellement sur les règles de l’ « Euro 7 », la nouvelle norme visant à garantir la propreté des véhicules en circulation sur le continent. 

Ces discussions suscitent déjà des inquiétudes auprès des constructeurs automobiles. Le CCFA, (comité constructeurs automobiles français) avait déclaré à EURACTIV, en février dernier, qu’il était préoccupé par les normes Euro 7, espérant des changements avant la publication de la version finale. 

L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) avait, de son côté, pointé du doigt le manque de garanties concrètes quant à la réalisation technique des futures normes. 

Retour en France, où le Sénat étudiera les 40 propositions formulées par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable lors du vote de la loi Climat et résilience, en juillet prochain. 

La Commission soutient la modernisation et le développement des chemins de fer de l'UE

La commissaire européenne chargée de la cohésion et des réformes, Elisa Ferreira a assuré aux gouvernements européens qu’ils avaient son « soutien total pour développer l’utilisation du rail, tant pour les passagers que pour le fret ».

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