Le problème des « vols fantômes » revient hanter les aéroports et les compagnies aériennes

[Photo: Shutterstock]

Les aéroports et les compagnies aériennes se querellent pour savoir si la dérogation sur l’utilisation des créneaux de décollage, accordée par l’UE en mars, doit être prolongée jusqu’en 2021.

Les compagnies aériennes n’ont pas perdu de temps pour demander la suspension des règles qui régissent les créneaux de décollage et d’atterrissage dans les aéroports. Celles-ci prévoient qu’un créneau non utilisé entraîne sa perte. Au début de l’année, les compagnies ont donc été contraintes de faire voler des avions quasiment vides, afin de protéger leurs activités en 2021.

Le public et l’industrie ont immédiatement réagi en condamnant le phénomène des « vols fantômes », vides de passagers, qualifié de « désastre » par les associations de défense de l’environnement en raison de la « consommation inutile de carburant ».

Les députés européens, le Conseil et la Commission se sont prononcés à la fin mars et ont décidé de geler ces exigences jusqu’à la fin octobre. L’exécutif de l’UE va poursuivre l’examen de cette décision, car il est possible de la prolonger.

Cette option a déjà provoqué une prise de bec entre l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente les compagnies aériennes, et le Conseil international des aéroports (ACI). L’IATA souhaite que la dérogation soit renouvelée et se prolonge durant les mois d’hiver, jusqu’en 2021.

Le casse-tête des remboursements des billets d'avion embarrasse l'Europe

Quatorze gouvernements européens plaident pour que les compagnies aériennes puissent émettre des bons au lieu de rembourser les vols annulés, et ce en dépit de la charte sur les droits des passagers de l’UE, mise à mal par la pandémie.

Le 16 juin, l’IATA a souligné que de nombreux transporteurs commençaient à peine à reprendre leurs activités et qu’une décision rapide sur la question des créneaux horaires leur donnerait des certitudes accrues pour le reste de l’année. L’ACI conteste, selon lui, il est trop tôt pour prendre une décision.

« Il est à craindre que les compagnies aériennes utilisent le système d’attribution des créneaux horaires des aéroports et la flexibilité offerte par les dérogations pour s’assurer que ces créneaux ne seront pas être réattribués, ce qui permettra de tenir la concurrence en échec », ajoute l’ACI.

Oliver Jankovec, le directeur général d’ACI Europe, indique que l’organisme enjoint la Commission « à suivre une approche fondée sur des données et des preuves pour déterminer si la prolongation de la dérogation au-delà de la fin octobre constituera la mesure la plus appropriée pour soutenir le rétablissement de la connectivité aérienne ».

La Commission avait initialement proposé une dérogation jusqu’au 30 juin, que le Parlement et le Conseil ont ensuite prolongée jusqu’en octobre, lorsque le profond impact de la pandémie sur les projets de voyage est devenu plus évident.

Il est prévu que l’exécutif européen présente un rapport sur les niveaux du trafic aérien aux deux institutions européennes d’ici au 15 septembre et que sur la base de ses conclusions, il propose les mesures à prendre par la suite.

Les compagnies aériennes s’opposent aux mesures de distanciation sociale

Les mesures de distanciation sociale ne fonctionneront pas à bord des avions, affirment les compagnies aériennes d’Europe, alors que l’industrie aéronautique et les gouvernements envisagent la reprise des vols. Mais dans d’autres pays, les transporteurs sont ouverts aux nouvelles dispositions.

Il semble que la Commission soit consciente du désaccord entre les aéroports et les compagnies aériennes, mais elle estime qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

Au début de l’épidémie de coronavirus en Europe, les compagnies aériennes ont fait de la dérogation sur les créneaux horaires une priorité. Elles ont aussi demandé aux gouvernements de suspendre tout projet visant à imposer de nouvelles taxes ou redevances, en invoquant la situation financière difficile du secteur.

« Nous demandons aux gouvernements de suspendre l’introduction de nouvelles taxes sur les vols. Les nouvelles taxes nous soumettent à une pression supplémentaire, par exemple en France et aux Pays-Bas », déclarait Benjamin Smith, le directeur général d’Air France-KLM, début mars.

« Toutes ces taxes sont imposées au nom de la durabilité, mais l’argent n’est pas consacré à cela. Ce n’est pas vrai, c’est trompeur », avait-il ajouté.

Le kérosène est actuellement exempté de taxes, mais des travaux sont toujours en cours à la Commission ainsi qu’entre les États membres, pour voir s’il est possible d’instaurer une redevance qui pourrait générer des recettes allant jusqu’à 27 milliards d’euros au niveau de l’UE.

Malgré la crise du secteur aérien, la taxe kérosène est toujours d’actualité

Le kérosène, qui est l’un des rares carburants exempts de taxes, fait toujours l’objet d’une attention soutenue dans les hautes sphères de l’Union. L’idée de mettre en place des accords multilatéraux entre les pays favorables à une taxation se développe.

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