Budapest proteste contre la fin des biocarburants de première génération

La suppression  des biocarburants de première génération d’ici 2030 aurait des effets néfastes sur le développement rural de la Hongrie selon le gouvernement.

Budapest est montée au créneau sur le sujet des biocarburants, alors que la proposition de la Commission, qui consiste à réduire fortement la production de biocarburants en Europe, est actuellement en débat au Parlement européen.

La Hongrie soutient certes les biocarburants avancés ou de deuxième génération, produits à partir de déchets et résidus, mais estime que cela ne devrait pas se faire aux dépens de biocarburants de première génération issus des cultures vivrières.

Exposé à un recul des taux d'incorporation, le biodiesel redoute aussi la concurrence argentine

La Commission européenne campe sur ses positions quant aux taux d’incorporation des biocarburants, ce qui préoccupe l’agricuture française d’autant que les importations de biodiesel argentin arrivent en Europe. C’est ce qui est ressorti d’un débat entre politiques et industrie qui a eu lieu le 5 octobre à Paris.

Selon le ministre de l’Agriculture, la Hongrie est le plus grand exportateur de bioéthanol de l’UE, donc l’adoption de la première version de la directive engendrerait des « pertes majeures pour l’économie agricole hongroise ».

Le ministre affirme que les agriculteurs seront incapables de vendre les matières premières qu’ils produisent, puisque la grande majorité est achetée par l’industrie des biocarburants, et les revenus liés à l’exportation seront réduits de manière significative.

« La Hongrie produit des protéïnes d’excellente qualité et sans OGM en utilisant les produits dérivés de ces matières premières, cultivées en grande quantité, donc ce secteur de l’agriculture serait fortement désavantagé », souligne le ministre.

La Commission met un coup d'arrêt aux biocarburants

La Commission européenne a proposé de réduire drastiquement d’ici 2030 les objectifs de biocarburants traditionnels, accusés d’être néfaste pour le climat. Une décision qui a provoqué l’ire des agriculteurs européens.

« L’industrie de traitement a un effet positif sur le développement rural et sur le maintien de la main-d’œuvre locale et qualifiée. Par conséquent, il est dans notre intérêt d’accroître ce marché bien développé et qui fonctionne plutôt que de l’étouffer. »

La proposition de directive sur les énergies renouvelables (RED II) de la Commission européenne réduit la part des biocarburants conventionnels dans les transports à 7 % maximum en 2021 et à 3,8 % en 2030. Elle fixe aussi l’obligation d’augmenter à 6,8 % la part d’autres « carburants à faibles émissions », comme l’électricité renouvelable et les biocarburants avancés dans les transports.

Le groupe de Visegrad (Hongrie, Slovaquie, République tchèque, Pologne) ainsi que la Roumanie et la Bulgarie, ont récemment signé une déclaration commune pour critiquer la proposition de la Commission.

Les six États membres soulignent l’importance de la production de biocarburants pour le développement rural et soutiennent que le niveau actuel de sources d’énergie renouvelable d’origine agricole « devrait être maintenu, voire si possible augmenté après 2020. »

L’industrie des biocarburants a aussi réagi vertement, accusant la Commission de « science non fondée », alors que plusieurs ONG estiment que l’exécutif européen se dirige dans la bonne direction et appellent même à aller plus loin et à imposer une interdiction totale.

Les eurodéputés fustigent le changement de cap sur les biocarburants

Le revirement  « scientifiquement non fondé » de la Commission sur les biocarburants aura un impact significatif sur le secteur agricole et risque d’accroître les importations d’aliments pour animaux à base d’OGM, préviennent les eurodéputés.