Bruxelles tarde à agir contre la pollution de l’eau par les médicaments

Les résidus de médicaments polluent environnements aquatiques et ressources hydrauliques. [Rojanin65/Shutterstock]

En Europe, le vieillissement de la population entraîne une consommation accrue de médicaments, dont les résidus finissent dans les eaux usées. Une pollution aquatique sur laquelle Bruxelles tarde à légiférer.

Si la société consomme de plus en plus de médicaments, les incertitudes sur l’impact de cette surconsommation sur la santé persistent et la Commission est déjà en retard sur son programme.

Une étude de Civity Management Consultants, commanditée par l’association allemande des industries de l’eau et de l’énergie (BDEW), prédit que la consommation de médicament augmentera de 70 % en Allemagne dans les 30 ans à venir.

Une hausse de 70%

Les prévisions de l’étude sont basées sur les tendances de consommation de médicaments, en hausse, et une population vieillissante. Les octogénaires consomment en effet 20 fois plus de médicaments que les jeunes de 20 ans.

Selon les auteurs du rapport, les médicaments destinés aux humains finissent relativement facilement dans les eaux usées, via les excrétions humaines ou leur élimination erronée dans les toilettes ou les éviers. De là, ces résidus médicamenteux se dispersent dans l’environnement aquatique.

Des recherches plus approfondies sur les risques environnementaux de ces résidus sont nécessaires. Pourtant, souligne l’industrie allemande de l’eau, plusieurs études indépendantes confirment les « conséquences nocives de plus hautes concentrations des ingrédients actifs de certains médicaments sur la santé de certaines espèces animales ».

« S’il n’existe à ce jour aucun risque lié à la consommation d’eau potable, les quantités croissantes des médicaments en circulation devraient nous pousser à protéger les environnements vivants aquatiques et les ressources d’eau en général », estiment les auteurs de l’étude.

Impact sur la santé humaine

En 2013, une étude de la Commission européenne affirmait qu’il y avait une « marge de sécurité importante » avant que les niveaux de concentration des produits pharmaceutiques ne nuisent à la santé humaine.

L’étude reconnaissait cependant que les niveaux tests utilisés dans les études étaient souvent plus faibles que les niveaux réels et qu’une série d’incertitudes persistaient quant aux interactions possibles de différentes substances et de l’exposition prolongée à des doses faibles.

Des antibiotiques produits en Asie mettent la planète en danger

Certains antibiotiques vendus en Allemagne sont produits en Inde dans des conditions alarmantes. Au risque de favoriser le développement de pathogènes résistants à la plupart des traitements. Un article d’Euractiv Allemagne.

La Commission en retard

Une directive relative aux substances prioritaires dans l’eau prévoit que la Commission développe une approche stratégique à la pollution de l’eau par les produits pharmaceutiques et propose des mesures, obligatoires pour certaines, pour réduire la contamination.

La Commission est cependant en retard : une consultation ouverte aux acteurs du secteur aurait dû être lancée au début de l’année, pour que la Commission propose une stratégie au printemps, n’a pas encore eu lieu et n’est pas encore au programme.

« La finalisation des documents permettant de lancer la consultation est en cours », assurent des sources européennes. « [Le retard] concerne la révision de la directive sur l’eau potable. Les produits pharmaceutiques font partie de cette révision, mais les travaux ne sont pas terminés, et nous ne pouvons pas en dire plus à ce stade. »

Les fournisseurs d’eau s’inquiètent des perturbateurs endocriniens

Une définition plus limitée des perturbateurs endocriniens aiderait les industries qui en produisent à continuer de polluer gratuitement, estime l’association européenne du secteur de l’eau, EurEau.

Approche holistique

Certains résidus de produits pharmaceutiques très polluants ne sont pas filtrés par les traitements des eaux traditionnels. La BDEW appelle donc à une approche holistique impliquant tous les acteurs de la chaine pharmaceutique, en commençant par les producteurs de médicaments.

Les entreprises pharmaceutiques devraient ainsi améliorer la biodégradabilité des médicaments ou réduire leurs composantes polluantes, ainsi qu’informer les consommateurs de l’impact environnemental de leurs produits. De leur côté, les médecins pourraient décider de prescrire les doses minimales et de préférence les médicaments biodégradables. Quant aux consommateurs, ils devraient respecter les consignes d’élimination des médicaments (les ramener dans les pharmacies), plutôt que d’en disposer via les toilettes, et limiter l’automédication.

« Notre objectif est de sensibiliser le public et les politiques », explique Martin Weyand, responsable de la section des eaux chez BDEW. « La croissance prévisible de la consommation pourrait avoir un impact important sur nos ressources hydriques et rendra certainement plus cher le traitement des eaux. Cela se traduirait par une augmentation des prix payés par les consommateurs. Cela prouve que les solutions de fin de processus [le traitement des eaux usées] ne sont pas durables. Nous devrions donc plutôt nous tourner vers une approche de contrôle à la source. »

Pollution de l’eau : de nouveaux produits pharmaceutiques sont sous surveillance

Le Parlement européen, en accord avec les États membres de l’UE, a ajouté douze nouvelles substances à la liste des polluants prioritaires pouvant poser un risque pour les eaux de surface. Pour la première fois, la « liste de surveillance » de polluants émergents comprendra également trois produits pharmaceutiques qui pourront figurer un jour sur la liste prioritaire.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe