La guerre commerciale menace l’Amazonie

L'Amazonie soumise à forte pression. [Shutterstock]

La forêt amazonienne pourrait être la grande perdante de la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Selon un article publié dans Nature, la hausse réciproque des tarifs douaniers conduit l’empire du Milieu à importer toujours plus de soja brésilien, pour assouvir sa demande de viande.

En 2018, les États-Unis ont accru les tarifs douaniers sur les produits made in China, conduisant celle-ci à en faire autant sur les produits américains. Parmi ces derniers, le soja, principalement utilisé pour nourrir le bétail.

Résultat: les achats chinois de soja américain ont chuté de moitié entre 2017 et 2018, bien que le niveau de taxation n’ait augmenté qu’en milieu d’année. Dans le même temps, 75% des importations chinoises de soja étaient d’origine brésilienne, révélant une substitution totale du soja étatsunien par le brésilien.

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Le discours du président chinois, Xi Jinping, le 18 décembre n’a pas apaisé les tensions commerciales du pays avec les États-Unis. Les Européens s’inquiètent des conséquences sur le commerce mondial.

13 millions d’hectares menacés

Quelle sera la principale conséquence de la mésentente entre les deux Grands? Une déforestation accrue de l’Amazonie, craignent Richard Fuchs, de l’Institut de recherche météorologique et climatique de Karlsruhe (Allemagne), et ses collègues. Et pas qu’un peu: en 2016, la Chine avait acheté 37,6 millions de tonnes de soja aux Etats-Unis. Pour en faire autant, le Brésil devrait accroître de 39% la surface agricole dédiée au soja devra, soit 13 millions d’hectares additionnels –une surface comparable à celle de la Grèce.

«En comparaison, presque 3 millions d’hectares de forêt ont été rasés en 1995 comme en 2004, lors des deux pics de déforestation qu’a connu le Brésil», rappellent les auteurs. Nul doute que le défi n’effraie pas le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, soutenu pendant sa campagne par l’agrobusiness brésilien et pourfendeur des  droits territoriaux des peuples autochtones.

Possibilités limitées de diversification

Plus inquiétant, la consommation chinoise de viande, et donc les importations de soja, ne cessent d’augmenter –les estimations des chercheurs pourraient donc être largement sous-estimées. La Chine produit certes du soja, mais trop peu pour assouvir ses besoins. Et la désertification croissante de ses terres arables limite ses capacités d’augmentation de ses productions agricoles.

Les autres grands pays producteurs de soja (Argentine, Russie, Canada) pourraient alléger la pression sur la forêt amazonienne. Mais cela restera insuffisant. Dans le meilleur des cas, le Brésil devra tout de même augmenter de 17% son offre de soja pour satisfaire l’appétit chinois pour le soja.

Drapeau blanc pour le soja

Selon les chercheurs, la bataille pour l’Amazonie semble perdue d’avance, sauf si les Etats-Unis et la Chine décident d’exclure le soja de leur chantage respectif. Sans cela, la Chine devra augmenter sa production de soja, diversifier ses importations, et, peut-être, envisager de nouveaux modes de consommation, moins chargés en viande.

«Les gouvernements, les producteurs, les autorités de régulation du commerce et les consommateurs doivent agir maintenant. S’ils échouent, la forêt amazonienne pourrait être la plus grande victime de la guerre commerciale sino-américaine», concluent les auteurs.

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