Le Boeing 737 Max pourra à nouveau voler en Europe dès janvier

Les crashs de deux Boeing 737 Max en Indonésie et en Éthiopie ont déclenché une série d'enquêtes qui ont conduit à des accusations de mauvaise conception de la part de Boeing et de supervision laxiste de la part de la FAA. [EPA-EFE/ANDY RAIN]

L’Europe est prête à emboîter le pas aux autorités américaines en levant l’interdiction de vol du Boeing 737 Max à partir de janvier. Deux accidents mortels avaient entraîné une immobilisation au sol de 20 mois. Un article d’Euractiv Italie.

Le chef de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) a déclaré samedi 21 novembre que le 737 Max pouvait être considéré comme sûr après que des modifications ont été apportées à la conception du jet. Deux accidents graves impliquant l’appareil avaient eu lieu en l’espace de cinq mois en 2018 et 2019, entraînant la mort de 346 personnes.

« Nous voulions effectuer une analyse totalement indépendante de la sécurité de cet avion, nous avons donc procédé à nos propres contrôles et à nos tests en vol », a déclaré Patrick Ky, le président de l’AESA, à l’occasion du Paris Air Forum, une conférence en ligne sur l’aviation hébergée par La Tribune.

« Les études nous indiquent que le 737 Max peut être remis en service. Nous avons commencé à  prendre les mesures [nécessaires] », a-t-il ajouté. « Il est probable qu’en ce qui nous concerne, nous adopterons les décisions permettant la remise en service en janvier. »

Les crashs de Boeing, un scandale qui pourrait «égaler le Dieselgate»

Le directeur de l’Agence européenne de sécurité aérienne a répondu aux questions de la commission transport du Parlement européen suite à l’interdiction de vol des Boeing 737 un peu partout dans le monde.

La décision de l’AESA est considérée comme l’étape la plus importante depuis le feu vert de la FAA, (l’autorité américaine compétente), car, en tant qu’autorité de contrôle responsable d’Airbus, l’agence constitue un intervenant de poids dans le secteur.

Des fonctionnaires ont confirmé qu’un projet de directive de l’AESA proposant de mettre fin à l’immobilisation au sol en Europe serait publié la semaine prochaine. Une période de 30 jours ouverte aux commentaires publics s’ensuivra. Après les dernières retouches, cela devrait mener à une autorisation de vol en janvier.

La reprise des vols en Europe dépendra du temps qu’il faudra pour former les pilotes, mettre à jour les logiciels au sein des compagnies aériennes et effectuer les autres actions requises par l’AESA.

Aux États-Unis, la reprise des vols commerciaux est prévue pour le 29 décembre, soit un peu moins de six semaines après la publication de l’arrêté de la FAA le 18 novembre.

L’AESA représente les 27 pays de l’Union européenne ainsi que quatre autres États, dont la Norvège, qui a commandé 92 Boeing 737 Max. Jusqu’au 31 décembre, l’agence représente également le Royaume-Uni, qui a quitté le bloc européen en janvier.

Le moment où la décision de l’AESA a été prise est intéressant, car il semble coïncider avec la victoire de Joe Biden aux élections américaines. Compte tenu des tensions qui existent entre l’Europe et les États-Unis, notamment sur la question des aides d’État illégales octroyées à l’industrie aéronautique qui ont entraîné la mise en place de droits de douane élevés de part et d’autre, celle-ci pourrait être interprétée comme un signal d’apaisement.

Valdis Dombrovskis demande la suppression des droits de douane américains

Le commissaire au commerce, Valdis Dombrovskis, demande aux États-Unis de supprimer les droits de douane de 7,5 milliards de dollars qui pèsent sur les produits européens, sous peine de taxer davantage les exportations américaines vers l’Europe. Un article d’Euractiv Italie.

Une leçon pour la FAA

Les accidents en Indonésie et en Éthiopie ont déclenché une série d’enquêtes qui ont conduit à des accusations de mauvaise conception de la part de Boeing et de supervision laxiste de la part de la FAA. L’étroite relation qui lie l’autorité de surveillance et le géant de l’aviation a été mise en lumière.

« Il est clair qu’il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements dans les actions [de la FAA] et dans les relations avec Boeing », a déclaré Patrick Ky. « Je n’entrerai pas dans les détails, car ce n’est pas à moi de le faire. Le FAA est en train de prendre des mesures correctives. »

Patrick Ky a ajouté que l’AESA reverrait certaines de ses méthodes et procéderait à une analyse plus détaillée des points critiques concernant les jets étrangers. Elle devrait également se montrer « plus intransigeante » en veillant à ce que les principaux examens de sécurité soient effectués avant de passer aux étapes suivantes, a-t-il ajouté.

Jusqu’à maintenant, un premier régulateur procédait à la certification d’un avion et les autres lui emboîtaient le pas, après avoir effectué divers contrôles indépendants.

« Ce qui va changer, c’est la manière dont nous allons valider et certifier les avions Boeing, c’est certain, mais cela aura-t-il un impact sur les délais de certification ? Non, je ne crois pas, nous allons faire les choses différemment », a souligné Patrick Ky.

Un changement de paradigme qui intervient alors que Boeing développe le 777X, une version plus grande de son 777.

Le spectre des annulations ou reports de commandes plane sur Boeing et Airbus

La crise économique provoquée par le coronavirus menace aussi l’industrie aéronautique. Alors que la production d’avions commerciaux de Boeing est quasiment à l’arrêt, Airbus envisage de réduire la sienne. Un article de notre partenaire, la Tribune.

De l’avis général, l’AESA sort largement renforcée de la crise de Boeing et certains régulateurs ont décidé d’attendre ses décisions sur le modèle Max plutôt que de s’aligner immédiatement sur l’avis de la FAA, comme ils le faisaient par le passé.

La semaine dernière, Steve Dickson, qui est à la tête de la FAA, s’est efforcé de minimiser les différences entre les autorités de régulation et a déclaré que la FAA avait travaillé en étroite collaboration avec l’Europe, le Canada et le Brésil, où se trouvent les principales entreprises aéronautiques du monde.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer