Le fonds européen pour la pêche peu populaire auprès des pêcheurs de Sète

Criée de Sète [Claire Guyot]

Malgré le financement de nombreux projets, le Fonds européen pour la pêche et les affaires maritimes (FEAMP) peine à convaincre les acteurs du Bassin.

16 h à la criée de Sète. Les bateaux de pêcheurs, partis en mer à 3 h du matin, reviennent progressivement décharger leurs prises de la journée. Déjà triés dans des cageots par espèces, les poissons sont directement amenés à la criée et vendus aux enchères.

Entre deux va-et-vient du bateau à l’entrepôt, quelques langues de pêcheurs se dénouent. Parmi les marins, l’Union européenne n’a pas bonne presse. « Les règles ne sont pas adaptées à la réalité du terrain, assène un capitaine. «  Par exemple, sur les quotas, nous n’allons pas limiter le poisson qui se prend dans nos filets ! ».

« La flottille a largement diminué, mais le poisson continue de se raréfier. Ils nous tuent à petit feu », déplore un autre pêcheur.

Criée de Sète [Claire Guyot]

Parmi ces marins, le FEAMP, fonds européen pour la pêche et les affaires maritimes est peu connu et souvent jugé inadapté. « Je lui mets un zéro », poursuit le dernier pêcheur. « Nous avons fait un dossier, mais n’avons pas obtenu de financements. Ce fonds finance des projets qui n’ont aucun impact sur nous. »

Un fonds actif

Créé en 2014 comme successeur du FEP (fonds européen pour la pêche) pour financer des projets d’exploitation durable des ressources maritimes, le FEAMP est pourtant actif dans le bassin de Thau, où se situe Sète. Sur une enveloppe totale de 588 millions d’euros allouée à la France, et de 12,8 millions à la région Occitanie, 715 000 euros ont été attribués au groupe d’action local du bassin au titre de la mesure DLAL du fond (Développement local par les acteurs locaux).

Un dernier montant qui, bien que limité, reflète la « valeur expérimentale » de ce fonds, selon Béatrice Pary, responsable au Syndicat mixte du Bassin de Thau, structure qui accompagne les porteurs de projet.

« La mesure DLAL du FEAMP permet des expérimentations, en soutenant par exemple de nouvelles techniques ou de nouveaux équipements, pour des projets innovants donc risqués. Si les résultats sont concluants, ils pourront être généralisés grâce à d’autres financements européens ou nationaux. » souligne-t-elle.

Les projets cofinancés, au nombre de 11 actuellement, vont ainsi de la conservation de daurades vivantes, à un programme étudiant l’impact sur les activités économiques maritimes de l’amélioration de la situation écologique du bassin, en passant par l’organisation d’assises centrées sur la pêche et les cultures maritimes.

Un autre domaine de prédilection du fonds concerne la conchyliculture, un secteur particulièrement important sur l’étang de Thau, où s’étendent de larges parcs à huîtres et moules. Un projet actuel analyse par exemple l’aménagement des mas conchylicoles, sur lesquels sont élevés ces dernières, afin de rendre les exploitations plus performantes.

Mas conchylicoles à Bouzigues, sur l’étang de Thau [Jacques VANNI]

 

Faux départ

Malgré cette diversité de projets, le fonds n’est pas exempt de critiques. En France, il est parti du mauvais pied, en raison d’un retard pris dans sa mise en œuvre. Alors que sa programmation débutait en 2014, le programme opérationnel français a été adopté en décembre 2015, et les premiers paiements sont arrivés fin 2016.

« Nous avions fait un dossier en 2016 pour un projet qui visait à développer de nouvelles perches dans notre exploitation, afin de créer une niche commerciale, raconte Pascal, conchyliculteur à Loupian. Mais le retard pris dans la mise en œuvre du FEAMP ne nous a pas permis de bénéficier de ses financements. »

En dehors de ce premier faux pas, le fonds pêche par sa complexité. « Les conditions d’éligibilité sont très strictes », détaille Bertrand Wendling, directeur général de l’organisation de producteurs Sathoan, dont sont membres de nombreux pêcheurs de Sète. « Il y a des conditions sur l’âge, le type de navire, etc. Le dossier est par ailleurs très complexe, avec beaucoup de justificatifs et pièces à fournir, ce qui dissuade les pêcheurs. »

Adaptation

« La mise en œuvre de la politique commune européenne sur la pêche se heurte au manque de régionalisation et de prise en compte des particularités de chaque pêcherie », tranche Bertrand Wendling.

Cette critique plus large trouve un écho parmi les acteurs de la région, qui revendiquent une plus grande adaptation des politiques européennes aux enjeux locaux. « La taille des mailles des filets par exemple doit être adaptée aux différents territoires », appelle un filetier de Sète, alors qu’un changement de législation européenne, en cours de négociation, pourrait les obliger à élargir la taille de ces mailles. « Dans le Nord les poissons peuvent atteindre 3 kilos, ce qui rend possible un maillage plus large. En Méditerranée au contraire, où la taille des poissons est plus petite, le maillage doit être plus étroit. »

Le débat sur la pêche électrique a fait de l'ombre aux autres enjeux du secteur

En interdisant le recours à la pêche électrique, le Parlement européen a aussi interdit une dérogation française sur les maillages de filets de pêche. Une mesure dont le coût inquiète les pêcheurs et députés français.

Même constat côté conchylicole pour Pascal. « Les lieux d’élevage, les contraintes, les techniques sont différents d’un territoire à l’autre. L’UE doit définir une structure large pour laisser plus de possibilités d’adaptation au niveau national, régional et local. Il faut éviter un trop de dirigisme. »

Sète [Claire Guyot]

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