Le ministre allemand des Transports soutient les voitures électriques dans le débat sur les carburants de synthèse

Le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck (gauche) et le ministre allemand des Affaires numériques et des Transports Volker Wissing (droite) lors de la réunion hebdomadaire du Cabinet fédéral allemand à Berlin, en Allemagne, le 5 janvier 2022. [EPA-EFE/HENNING SCHACHT / POOL]

Le débat sur la meilleure façon de décarboner le secteur du transport routier a longtemps opposé les carburants de synthèse au tout électrique. Dans un revirement de position, le ministre allemand des Transports a déclaré que les voitures électriques avaient gagné la course au niveau européen.

Dans le cadre du paquet législatif européen « Fit for 55 » sur le climat, la Commission européenne a proposé d’interdire la vente de voitures émettant du carbone d’ici à 2035, ce qui mettrait effectivement fin à la vente de véhicules à moteur à combustion interne dans l’UE.

Alors que les principaux constructeurs automobiles ont commencé à se tourner vers les véhicules électriques, d’autres acteurs du secteur, notamment les fabricants de carburants et de pièces détachées, soutiennent depuis longtemps que les carburants de synthèse peuvent contribuer à décarboner les véhicules à moteur à combustion interne.

Ils demandent à la Commission européenne de respecter le principe de « neutralité technologique », soutenant que l’exécutif européen outrepasse ses compétences en interdisant de facto les moteurs à combustion.

Mais le ministre fédéral allemand des Transports, Volker Wissing, a remis en question la théorie selon laquelle les carburants de synthèse seront suffisamment répandus pour permettre aux voitures à moteur à combustion interne de respecter les normes européennes en matière d’émissions.

« Il nous sera impossible dans un futur proche de disposer de suffisamment de carburants de synthèse pour alimenter les voitures de particuliers à moteur à combustion interne immatriculées aujourd’hui », a confié M. Wissing au Tagesspiegel.

Les carburants de synthèse sont des vecteurs d’énergie créés au moyen d’un processus nécessitant beaucoup d’énergie et sont donc relativement rares et chers. Ces carburants de synthèse seraient principalement demandés par le secteur de l’aviation, a ajouté M. Wissing.

À l’heure où les fabricants de pièces automobiles comme l’allemand Bosch sont inquiets quant au passage imminent à la production de véhicules électriques, allant jusqu’à faire pression contre les politiques climatiques proposées par l’UE, le parti libéral FDP de M. Wissing a longtemps été considéré comme leur allié.

Le principe clé de « neutralité technologique », auquel les fournisseurs ont adhéré, a joué un rôle important dans le programme électoral du FDP et les observateurs ont d’abord craint qu’un ministre des Transports libéral ne s’engage pas dans des politiques « raisonnables ».

Des fabricants de pièces automobiles accusés de faire obstacle aux politiques climatiques de l’UE

Des fabricants européens de pièces automobiles saperaient les efforts de décarbonation du secteur des transports en faisant pression sur les politiques européennes de protection du climat.

Mais en ce qui concerne les carburants de synthèse, « chaque contribution à la réduction des émissions de CO2 est importante », a expliqué M. Wissing aux députés allemands tard dans la journée de jeudi (13 janvier).

« Nous devons utiliser les différents vecteurs énergétiques dans les domaines où ils seront les plus efficaces », a-t-il déclaré. « Et, dans le cas des véhicules pour particuliers, il s’agit du moteur électrique ».

Alors que le FDP avait favorisé l’utilisation des carburants de synthèse lors de la campagne électorale de 2021, il a noté que pour les véhicules électriques, la décision avait effectivement déjà été prise. « Si l’on regarde la réglementation européenne, on peut voir que la décision pour l’électromobilité avait déjà été prise il y a longtemps ».

M. Wissing est maintenant à la tête d’un ministère qui doit superviser les ambitieux projets de développement de l’électromobilité en Allemagne. Il a pour objectif de comptabiliser 15 millions de véhicules électriques sur les routes allemandes d’ici 2030. « Si nous faisons avancer la transition, nous atteindrons également nos objectifs climatiques », a-t-il expliqué.

En Allemagne, le secteur des transports a toujours été à la traîne pour ce qui est des objectifs ambitieux de décarbonation du pays, les émissions du secteur augmentant au lieu de diminuer.

« Nous veillerons à ce que la charge avec de l’électricité produite à partir de sources renouvelables reste abordable. C’est pourquoi je ne peux que conseiller d’opter pour des moteurs neutres en carbone. Le recours aux combustibles fossiles deviendra plus coûteux à l’avenir », a-t-il déclaré.

L’Allemagne a mis en place une tarification du carbone pour le pétrole, le gaz, le pétrole et le diesel à partir de 15 euros par tonne d’émission en 2021, qui continuera désormais à monter jusqu’à atteindre 55 euros par tonne en 2025, bien que le nouveau gouvernement ait exprimé ses ambitions de l’augmenter.

« L’engagement clair en faveur de l’électromobilité donne l’espoir d’un revirement rapide en matière de moteurs. Malheureusement, il n’a pas confirmé les déclarations précédentes sur les carburants de synthèse », a déclaré Jörg-Andreas Krüger, président du Syndicat de conservation de la nature et de la biodiversité (NABU), en réaction au discours de M. Wissing devant les députés allemands.

Thomas Bareiß, porte-parole du parti conservateur CDU/CSU en matière de transports, a toutefois averti que « nous n’avons rien entendu de la part de M. Wissing aujourd’hui en ce qui concerne la mobilité abordable ».

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