Le nouveau « défenseur des automobilistes » de l’Allemagne va-t-il surprendre avec son virage vers la mobilité propre ?

Le secrétaire général du Parti libéral démocrate (FDP), Volker Wissing, s’adresse aux médias lors d’une déclaration de presse commune au début des discussions de coalition entre le Parti libéral démocrate (FDP), les Verts (Buendnis 90/Die Gruenen) et le Parti social-démocrate (SPD), à Berlin, le 21 octobre 2021. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Le nouveau ministre allemand des Transports, Volker Wissing, a soulevé des points d’interrogation quant au retard pris par son pays dans sa transition vers une mobilité propre. Toutefois, son bilan est prometteur selon Clean Energy Wire.

Compte tenu de leurs approches très différentes en matière de réduction des émissions dans le secteur des transports, les trois partis appelés à former le nouveau gouvernement, à savoir les sociaux-démocrates (SPD), les Verts et les démocrates libres (FDP), ont présenté un accord de coalition qui a été largement critiqué pour son absence de stratégie cohérente pour le secteur.

Plus surprenant encore, la coalition a accepté de confier le ministère des Transports au FDP plutôt qu’aux Verts, qui étaient largement pressentis pour la direction de ce ministère.

« L’Allemagne restera le pays des excès de vitesse, des SUV toujours plus gros et des voitures de fonction nocives sur le plan climatique », a déclaré l’ONG Environmental Action Germany (DUH), de nombreux écologistes étant sous le choc de penser que le secteur des transports ne risquait pas de progresser en ce qui concerne la réduction des émissions.

Toutefois, les experts en mobilité mettent en garde contre la tentation d’écarter trop rapidement le nouveau ministre des Transports Volker Wissing, secrétaire général du FDP, compte tenu de son expérience en tant que ministre des Transports au niveau des Länder.

Le passage à une mobilité faible en émissions est un sujet épineux en Allemagne, qui est par ailleurs le seul pays industrialisé à ne pas avoir fixé de limitation de vitesse générale sur les autoroutes et est le siège des marques automobiles mondiales Volkswagen, Audi, Porsche, Mercedes-Benz et BMW.

Une grande partie de l’industrie a tardé à prendre le virage de la mobilité électrique, ce qui a fait craindre des pertes d’emplois massives dans les régions allemandes où sont construites les voitures.

Un verdict cinglant sur les plans de la coalition en matière de transports

Au cours de la campagne électorale, le passage à une mobilité sans émissions a été l’un des sujets les plus controversés, les partis ayant des avis très divergents sur la manière de progresser vers cet objectif. Les Verts et le SPD étaient favorables à une limitation de la vitesse sur les autoroutes allemandes, mais le FDP a fait campagne avec succès contre cette mesure.

Alors que le FDP voyait un grand potentiel dans l’utilisation de carburants de synthèse pour les voitures, les Verts ont quant à eux rejeté cette idée. De plus, une date limite pour la vente de véhicules conventionnels était préconisée par les Verts, mais rejetée par le FDP.

La coalition a réaffirmé l’objectif du gouvernement sortant de faire du pays un marché leader pour l’électromobilité, promettant d’« accélérer massivement » le déploiement des infrastructures pour la recharge des véhicules ainsi que de soutenir la transition vers l’électromobilité dans les régions où l’industrie automobile est présente.

Plusieurs experts ont salué les plans d’investissements ferroviaires et le nouvel objectif visant à mettre 15 millions de voitures électriques sur les routes d’ici 2030, mais ils ont ajouté que l’accord ne donnait pas beaucoup de précisions sur la manière d’y parvenir.

Les spécialistes ont déploré l’absence d’une stratégie globale cohérente et ont déclaré que les mesures proposées étaient insuffisantes pour atteindre les objectifs de réductions d’émissions fixés. « Les instruments sur lesquels les trois parties se sont mises d’accord en matière de mobilité ne contribuent pas à atteindre les objectifs climatiques de Paris », a indiqué l’association de transport et d’environnement VCD.

Même les experts en mobilité du parti des Verts qui ont participé aux négociations de la coalition sont désenchantés. C’est en tout cas ce qu’ont confié des participants au Spiegel. Selon eux, les dirigeants du parti pourraient avoir sacrifié la mobilité pour parvenir à une plus grande action climatique dans d’autres secteurs.

Un ministre des Transports expérimenté

Désormais, tous les regards sont tournés vers le nouveau ministre des Transports, M. Wissing. Cet avocat de 51 ans est surtout connu pour être un expert financier ainsi que le secrétaire général de son parti, le FDP. Cependant, il a également été ministre des Transports dans son Land, la Rhénanie-Palatinat, où il a gagné la réputation d’être pragmatique et analytique.

Les observateurs affirment qu’il ne sera pas un partisan de ce que ses adversaires considèrent comme des politiques typiques du FDP. « Il est naïf de croire qu’il fera de la politique de lobbying pour les conducteurs de Porsche parce qu’il est un libéral démocrate », peut-on lire dans un article du Tagesspiegel citant des sources anonymes qui ont travaillé avec M. Wissing à l’époque.

Lorsqu’il était ministre des Transports, il a par exemple réactivé des lignes ferroviaires désaffectées et a tenté de faciliter l’utilisation des transports publics.

M. Wissing se dit pleinement conscient que le secteur allemand des transports est confronté à de grands défis. « D’énormes changements sont nécessaires. Les choses ne peuvent pas rester comme elles sont », a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision Phoenix, ajoutant que le réseau ferroviaire devait être amélioré.

« Dans le même temps, nous devons développer une infrastructure de stations de recharge qui permette à chacun de parcourir de plus longues distances grâce à l’électromobilité », a déclaré M. Wissing.

Les partisans de la mobilité propre n’excluent pas la possibilité que M. Wissing prouve que les critiques de son parti ont tort en prenant des mesures décisives en vue de réduire les émissions des transports.

« La transition dans le secteur des transports n’est pas quelque chose qui est réellement ancré dans le patrimoine du FDP, mais pourquoi cela ne devrait-il pas changer  ? », demande Christian Hochfeld, responsable du groupe de réflexion sur la mobilité propre Agora Verkehrswende.

Le traité sur la neutralité technologique

Toutefois, M. Wissing est redevable à l’accord de coalition que son parti a contribué à négocier. Lors des négociations sur le paquet « Fit for 55 » proposé par la Commission européenne, il devra s’efforcer de rendre « les instruments aussi neutres que possible sur le plan technologique ».

En pratique, la clause de « neutralité technologique » fait écho aux demandes de la puissante association de l’industrie automobile Verband der Automobilindustrie (VDA). « C’est hostile à l’innovation et contraire à la neutralité technologique », a expliqué Hildegard Müller, cheffe de la VDA, en réaction à la proposition de la Commission annoncée en juillet visant à interdire les voitures émettant du CO2 après 2035.

Par le passé, M. Wissing a toujours adopté le même type de rhétorique que l’industrie automobile. En tant que ministre des Transports, il était particulièrement important pour lui de poursuivre la voie vers des transports à plus faibles émissions d’une manière « technologiquement neutre et durable », avait-il alors déclaré en 2017.

Atteindre les objectifs climatiques était vital mais ne devait pas être réalisé en interdisant certaines technologies, a-t-il expliqué en août 2021 lors d’une conférence de l’ONG environnementale DNR.

Le ministre des Transports sortant, Andreas Scheuer, a déjà déclaré qu’il ne s’attendait pas à une rupture nette avec ses politiques avec ce nouveau gouvernement.

Avec une pointe d’ironie, il a confié à l’agence de presse dpa (Deutsche Presse-Agentur) qu’il aurait pu écrire lui-même l’accord de coalition. « C’est bien que la [nouvelle coalition gouvernementale] poursuive le travail que j’ai effectué au cours de ces dernières années. »

M. Scheuer avait été le troisième et dernier ministre fédéral des Transports de la CSU bavaroise, le parti frère de la CDU d’Angela Merkel. Tous les trois ont par ailleurs été fortement critiqués par les partisans d’une mobilité propre à cause de leurs politiques fortement centrées sur les voitures.

« Pour commencer, il est positif que nous n’ayons plus à subir la politique automobile de la CSU », a déclaré Jens Hilgenberg de Friends of the Earth.

« Il faut maintenant que Volker Wissing montre qu’il peut faire mieux et qu’il le fera en s’attaquant sérieusement non seulement au changement de mode de propulsion nécessaire, mais également à la transition en matière de mobilité, qui est bien plus importante », a-t-il ajouté concernant la promotion des transports publics, du vélo ainsi que de l’arrêt des constructions de nouvelles autoroutes.

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