Le retour des loups passe mal auprès des éleveurs

Le retour des loups inquiète surtout en France et en Allemagne. [Shutterstock]

Éleveurs et eurodéputés se sont réunis à Bruxelles pour dénoncer la politique européenne vis-à-vis des loups et réclamer une nouvelle stratégie. La position de la Commission européenne,  très acquise à la cause des grands carnivores, contrarie les éleveurs.

Élus nationaux, eurodéputés et représentants des chasseurs et éleveurs se sont réunis au Parlement européen, le 15 mai, pour parler de loups. Les institutions européennes, Commission en tête, sont souvent accusées d’adopter une position dogmatique sur les grands mammifères, s’inquiétant davantage du bien-être des loups que de celui des élevages, quitte à mettre l’animal au-dessus de l’humain selon les anti-loups.

« Ce n’est pas vrai », a répliqué Karmenu Vella, commissaire européen à l’environnement, qui assure que la Commission suit de près le dossier, sans position manichéenne. « Nous ne pouvons pas sortir une baguette magique et effacer tous les problèmes liés au loup. »

Pour lui, les problèmes se posent avant tout dans des zones où les grands prédateurs ont disparu pendant des années, et où les éleveurs ont donc abandonné leurs pratiques de protection et de prévention. Il a également souligné la possibilité des Etats de mettre en place des mesures de gestion des populations.

Il a aussi assuré l’assemblée de la volonté de la Commission de tout faire pour promouvoir des solutions locales, et aider les éleveurs à gérer la présence du loup, faisant référence à des dizaines de projets en ce sens, notamment dans le cadre du programme LIFE.

Des propos mal accepté dans une salle qui s’est furieusement opposée à lui quand il a proposé de se servir de cette présence pour promouvoir le tourisme local, par exemple. Il a fini par quitter la salle sous les huées.

José Bové, eurodéputé français (Verts/ALE, Europe écologie) coorganisateur de l’événement, a noté la « grande sincérité » des propos du commissaire, mais souligné que les solutions proposées par l’exécutif européen n’étaient pas adaptées à la situation sur le terrain.

Faut-il crier au loup en Europe?

Les loups ont fait leur grand retour en Europe grâce à des années de stricte protection. Tout le monde n’est cependant pas content et les politiques luttent pour trouver le bon équilibre entre la protection de la nature et l’aide aux éleveurs.

Ennemi numéro un : le loup, ou Bruxelles ?

Les représentants des éleveurs sont catégoriques : il y a de plus en plus de loups, ils font de plus en plus de dégâts, et les solutions de prévention des attaques sont de moins en moins efficaces.

Un éleveur aveyronnais a fait le déplacement pour venir écouter les discussions. Il déplore le manque de reconnaissance des difficultés sur le terrain : « c’est partout la même chose, il y a d’abord la négation, on nous dit que les attaques ne sont pas le fait des loups, puis la culpabilisation, on en ferait jamais assez [pour protéger les troupeaux]. La vérité, c’est que la cohabitation heureuse n’existe pas, c’est un mythe, une illusion, la cohabitation est douloureuse et ne peut se faire, au mieux, qu’au prix d’un recul de l’élevage », assure-t-il, aussitôt applaudi par les élus locaux et européens.

Puisqu’on ne peut plus les chasser, les loups n’ont plus peur de l’Homme, regrette Laurent Garde, chercheur du CERPAM (Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée). Pour lui, « les loups doivent apprendre à respecter des règles dans les paysages d’élevages européens ».

« Ils attaquent le jour, près des maison, en présence de l’Homme et des chiens : l’approche du troupeaux ne comporte plus aucun risque. Pourquoi s’épuiser à courir derrière un ongulé sauvage quand il suffit de ruser avec les chiens et les Hommes pour mettre la main sur quelques brebis », continue-t-il.

Nombre d’élus estiment également que les institutions ferment les yeux sur le problème, et refusent d’admettre qu’il ne s’agit pas seulement de faire accepter les loups aux éleveurs, mais de mettre en place une vraie gestion des populations.

Pour Laurent Garde, il s’agit d’un réel manquement de gouvernance de la part de la Commission, qui vise, selon lui, à imposer les grands carnivores, avec ou sans les éleveurs, qui sont effectivement chassés de leurs pâtures et poussés à abandonner l’élevage, ou au moins le pastoralisme, en optant pour l’élevage intensif et non plus en plein air.

Comme la plupart des intervenants, il  préconise le déclassement de l’espèce du statut de protection stricte, et l’autorisation du tir de défense. « L’éleveur doit pouvoir faire preuve de son libre-arbitre pour protéger son troupeau […] Le loup doit réapprendre que l’Homme et son troupeau sont un danger à éviter », conclut-il.

Pour l’eurodéputé Michel Dantin (PPE, Les Républicains), coorganisateur de la conférence, la conclusion du débat est claire : il y a encore fort à faire pour renforcer les droits des éleveurs.

Quel avenir pour le loup en France en 2025-2030 ?

Alors que plus de 100 loups ont été abattu depuis leur retour en France, l’État s’essaie à la prospective sur l’avenir du carnivore à l’horizon 2025-2030. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Espèce toujours menacée

Contrairement à ce que laissent entendre les éleveurs, le loup est toujours une espèce menacée en Europe, et notamment en France. Les participants aux discussions assurent que la comptabilisation des autorités, qui évaluent le nombre de loups entre 350 et 400 est erronée. Les associations d’éleveurs défendent quant à eux qu’il y en a plutôt 700 et rappellent que le gouvernement est censé se saisir de la question dès 500 individus.

« Sur quels arguments se fondent-ils ? », réagit Marielle Chaumien, du WWF France. « Les recensements sont réalisés par l’ONCFS avec sérieux et selon une méthodologie reconnue par les autorités compétentes. »

Les associations de protection de la nature, comme l’IFAW, soulignent qu’il existe des moyens de protéger les troupeaux, comme la mise en place de clôtures électriques aux endroits où c’est possible, ou la formation de chiens de garde. Cette dernière méthode, traditionnelle, est d’ailleurs toujours utilisées dans les pays où les loups n’ont jamais disparu, comme dans les Balkans.

« L’important, c’est de préparer le terrain dans les zones où les loups reviennent petit à petit, comme les Pays-Bas ou la Belgique », explique Robert Klees, d’IFAW Allemagne. L’organisation s’est associée à une entreprise italienne pour produire de la nourriture adaptée aux chiens de garde, afin d’encourager leur adoption par les bergers.

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