Les députés européens demandent à la Commission européenne de mettre fin aux tests sur les animaux

Depuis 1986, l’UE a mis en place une législation spécifique pour la protection des animaux utilisés pour la recherche scientifique. [SHUTTERSTOCK]

Les législateurs du Parlement européen ont adopté une résolution non contraignante, demandant à l’exécutif européen de présenter un plan d’action qui permettra d’éliminer progressivement l’utilisation d’animaux lors d’expérimentations et essais scientifiques.

Le texte final a été officiellement adopté à Strasbourg, jeudi 16 septembre, avec 667 voix pour et seulement quatre voix contre.

Le plan d’action demandé « devrait inclure un ensemble d’objectifs, de réductions et de délais de mise en œuvre ambitieux, mais réalisables ». Il devrait également inclure « des mesures concrètes et adaptées accompagnées d’indicateurs, comme c’est le cas dans d’autres domaines d’action de l’UE », indique la résolution.

Le texte consiste en une série de propositions adressées à l’exécutif européen et contribue au débat sur les alternatives à l’expérimentation animale.

Il n’oblige cependant pas la Commission à agir, puisque le Parlement européen ne détient pas le pouvoir d’initiative législative au sein de l’UE.

Les députés ont approuvé l’approche dite des « 3 R » en matière d’expérimentation animale. Le plan d’action cherche en effet à réduire, affiner et remplacer les procédures à fins scientifiques sur les animaux (reduce, refine et replace en anglais). Ce concept des « 3 R » a été introduit il y a 60 ans par les scientifiques W.M.S. Russel et R.L. Burch, dans leur ouvrage intitulé « The Principles of Human Experimental Technique ».

Depuis, la communauté scientifique, les ONG, les hommes politiques et même le grand public ont adopté le concept et l’ont fait évoluer.

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Les législateurs souhaitent non seulement reprendre le concept des 3 R, mais également contribuer à l’accélération et au développement des méthodes, technologies et instruments alternatifs aux expériences sur les animaux.

Depuis 1986, l’UE a mis en place une législation spécifique pour la protection des animaux utilisés pour la recherche scientifique. La dernière révision en date remonte à dix ans.

Toutefois, les animaux continuent d’être utilisés systématiquement lors de tests pour les produits chimiques et les essais cliniques. En effet, le cadre en vigueur n’exclut pas l’expérimentation animale, si elle est utilisée en cas de dernier recours.

Selon les chiffres de la Commission, en 2017, le nombre d’animaux utilisés à des fins scientifiques s’élèvait à 9,58 millions. La majorité d’entre eux est utilisée à des fins de recherche (69 %), puis à des fins réglementaires afin de satisfaire les exigences législatives (23 %) et enfin dans le cadre de la production routinière (5 %).

Sur les essais réalisés à des fins réglementaires en 2017, 61 % portaient sur des produits médicaux destinés à la population humaine, tandis que 15 % d’entre eux portaient sur des médicaments à usage vétérinaire.

En 2017, plus de 230 000 tests sur animaux ont également été réalisés au sein de l’UE afin de répondre aux exigences du décret sur l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques (REACH).

En revanche, l’usage de l’expérimentation animale pour les produits cosmétiques est interdit au sein de l’UE depuis 2004, et depuis 2009 pour les ingrédients cosmétiques.

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Selon la législatrice néerlandaise de gauche, Anja Hazekamp, l’expérimentation animale est encore utilisée dans de nombreux domaines qui relèvent des compétences de la Commission. Une approche cohérente serait donc essentielle afin de parvenir à des méthodes sûres et durables, mais sans expérimentation animale.

L’eurodéputée luxembourgeoise du groupe des Verts, Tilly Metz, déclare pour sa part qu’« il n’existe aucune excuse valable qui justifie le niveau actuel de recours à l’expérimentation animale ». Elle ajoute qu’un plan de suppression certes ambitieux, mais avec des objectifs réalisables, serait la prochaine étape indispensable qui permettra de commencer à réduire de manière significative l’utilisation des animaux dans la science.

Le groupe socialiste au Parlement européen a, lui, souligné que l’objectif principal de la résolution était de proposer plus d’options pour les tests, accélérant ainsi la transition vers une science sans usage animal.

« Notre résolution insiste sur la nécessité d’utiliser des modèles d’expérimentation non animale lorsqu’ils sont disponibles », ont souligné les socialistes.

Après avoir milité pour l’adoption de la résolution, les groupes de défenses des animaux ont favorablement accueilli le résultat du vote.

« Avec ce vote historique, le Parlement européen appelle à des politiques proactives et cohérentes afin d’éliminer progressivement l’expérimentation animale. Ces politiques regroupent par exemple le financement préférentiel des méthodes non animales, la formation des scientifiques aux nouvelles technologies et les changements réglementaires majeurs dans la législation sur les produits chimiques », a déclaré Troy Seidle, vice-président pour la recherche et la toxicologie au sein de Human Society International (HSI).

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