Les nuages s’amoncèlent sur le sommet de Salzbourg

Le Premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, qui est à la tête de la présidence tournante de l'UE, ici avec sa ministre des affaires étrangères dont le mariage a été célébré cet été en présence de Vladimir Poutine. EPA-EFE/ROLAND SCHLAGER / POOL

Brexit, sécurité intérieure et immigration : les thèmes du Conseil européen informel qui se réunit jeudi à Salzburg risquent d’entraîner des discussions animées.

Informel certes, mais néanmoins compliqué. Le sommet de Salzburg qui rassemble en Autriche tous les chefs d’État européen jeudi 20 et vendredi 21 septembre ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.

Le président français a tenté le tout pour le tout en rencontrant le Premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, lundi 17 septembre, avant de déjeuner avec le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk, mardi.

Une agitation diplomatique nécessaire puisque deux des trois sujets à l’ordre du jour — la sécurité intérieure et l’immigration — sont des sujets qui fâchent. Le troisième, le Brexit, sera rapidement abordé mais n’est pas pour l’heure synonyme de tensions entre les États membres.

Brexit : un accord de retrait encore imparfait

« Les discussions du Brexit ne sont pas abouties, donc c’est compliqué. Il y a des problèmes lourds en discussion, mais le principal est le sujet de la frontière irlandaise » assure une source à l’Élysée. L’UE estime que le Royaume-Uni met la charrue avant les bœufs en avançant sur le cadre de la relation future, alors même que le divorce en lui-même n’est pas prononcé.

« C’est un peu comme se partager la garde des enfants et la maison avant que le divorce ne soit acté », souligne une source élyséenne. L’UE veut surtout prévoir un « filet de sécurité »  pour l’Irlande : un dispositif qui permette de ne pas rétablir la frontière entre le Nord et le Sud, quelle que soit le type de relation que l’UE tissera dans le futur avec le Royaume-Uni.

Sur les autres sujets à l’ordre du jour, le rôle de la présidence autrichienne, dont le gouvernement comprend des membres d’extrême droit, semble ambigu. Lors d’un conseil affaires générales la semaine dernière à Vienne, des réunions qui se font d’ordinaire à huis clos, le ministre de l’intérieur italien a posté sur Facebook une vidéo dans laquelle il tient des propos racistes et xénophobes. Matteo Salvini a ainsi évoqué le fait que l’Italie ne voulait pas avoir recours « aux esclaves africains » et préférait développer sa natalité plutôt que d’accepter des migrants sur son territoire.

« Et merde alors » : le sujet migration divise

Une sortie qui a exaspéré Jean Asselborn, le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois. Lequel lui a rappelé que des dizaines de milliers d’Italiens étaient venus chercher du travail au Luxembourg pour nourrir leurs enfants dans le passé. « Et merde alors », a conclu le ministre.

Des discussions musclées sont aussi attendues à Salzburg, même si l’Élysée se veut « pragmatique » sur la question migratoire. La discussion reprend sur la création de nouveaux « hotspots » financés par l’UE, et l’engagement de chaque pays d’être solidaire sur le sujet migration, même si certains n’en accueillent pas concrètement.

Des «centres contrôlés» pour migrants pour ne pas dire hotspots

L’idée de centres contrôlés pour migrants proposée dans les conclusions du Conseil européen rappelle singulièrement les hotspots de 2015.

 

 

« Matteo Salvini fait preuve de déni de réalité en affirmant comme il l’a fait récemment qu’il vaut mieux que les migrants n’arrivent pas en Europe. La réalité, c’est que les migrants arrivent, donc il faut gérer le sujet », assure-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

En plus de nouveaux hotspots répartis dans les pays de première entrée des migrants, le dernier conseil européen qui s’était achevé au petit matin en juin en raison de profonds désaccords sur le sujet migration avait évoqué l’idée de camps de réfugiés dans des pays tiers qui seraient organisés par l’UE.

L’Albanie est un des pays évoqués, même si sur 2018 les principales routes de migration ont changé : 40 % des migrants arrivent par la Turquie puis la Grèce, 40 % par l’Espagne et seulement 20 % par la traversée de la Méditerranée vers l’Italie.

Or, cette idée d’externaliser la gestion des réfugiés dans des territoires peu démocratiques ne convainc pas tout le monde. Le Premier ministre autrichien a notamment établi des contacts avec le chef de l’État égyptien, Al-Sissi, pour établir ce type de camp en Égypte selon l’Élysée. L’ex-maréchal devenu président a pris le pouvoir puis été « élu » dans des conditions peu démocratiques. Un contexte qui ne présente guère de garanties quant à la protection des droits de l’homme, alors que des migrants sont toujours réduits à l’esclavage dans des camps en Libye, selon le Haut Commissariat aux réfugiés

Autre dossier épineux qui sera abordé, la révision de la directive Dublin 2. Un sujet sur lequel même les pays les plus anti-migrants comme l’Italie, la Hongrie ou l’Autriche s’opposent entre eux.

Dans ce contexte, le Brexit pourrait bien être le plus petit dénominateur commun de la rencontre, paradoxalement. Car devant le risque de ne pas arriver à boucler le texte de l’accord de retrait pour le Conseil européen de mi-octobre, la France évoque déjà l’idée d’un second sommet sur le sujet en novembre.

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