«L’UE doit revendiquer ses innovations haut et fort !»

Le commissaire européen à la recherche, Carlos Moedas, avec deux boursiers du CER, Valeria Nicolosi et Peter H. Seeberger. [European Commission]

L’UE doit se montrer « plus ferme » et « plus agressive » pour faire valoir ses avancées scientifiques et contrer la stratégie des spécialistes de la communication de ses partenaires étrangers, comme les États-Unis, affirme Carlos Moedas.

Au lendemain du 10e anniversaire du Conseil européen de la recherche (CER), l’agence européenne de soutien à la science, l’une de ses découvertes a été mise sur le devant de la scène. La découverte du télescope Trappist-1, à savoir un système de sept planètes, dont trois potentiellement habitables, est sans aucun doute l’une percées les plus importantes des dernières années.

Le système a été découvert par un chercheur belge, Michäel Gillon, dans le cadre de son projet « SPECULOOS ». Il a été en partie financé par une bourse du CER (près de 1,5 million d’euros). En dépit des financements européens, l’Europe a toutefois mis du temps à s’attribuer le mérite de ce projet, perdant ainsi une opportunité précieuse de « vendre » l’Europe comme un acteur de taille dans la recherche scientifique.

La NASA, qui a participé au projet avec ses télescopes, ne s’est quant à elle pas faite prier pour annoncer la nouvelle, omettant toute référence à la participation de l’UE. Afin de rattraper le coup, le CER a publié une déclaration soulignant que « l’UE, et en particulier le CER » avaient contribué à la découverte de planètes habitables.

Pour Carlos Moedas, cet épisode devrait pousser les Européens à mettre en avant leurs accomplissements. « Nous devrions revendiquer nos innovations scientifiques haut et fort », a-t-il déclaré aux journalistes. « Je ne critique pas la NASA, ils ont fait leur travail, ils ont annoncé la nouvelle. Mais nous devons également nous imposer pour faire valoir les découvertes des Européens. »

Carlos Moedas a demandé aux chercheurs de présenter « haut et fort » leurs découvertes aux citoyens, étant donné que leurs travaux représentent de « bonnes nouvelles » pour l’Europe.

Carlos Moedas pousse Bruxelles à justifier ses politiques par la science

Le commissaire européen à la recherche veut replacer la preuve scientifique et la vérification des faits au cœur de l’élaboration de politiques de la Commission européenne, pour contrer le populisme et fausses informations.

« Michaël Gillon m’a dit que le CER avait été le seul endroit au monde où quelqu’un avait cru en son intuition » à propos des planètes habitables, a commenté le commissaire. « C’est grâce à ça que [la découverte] a été possible. »

Le soutien de l’UE à la science est devenu un des exemples de réussite que les institutions saluent à l’approche du 60e anniversaire du traité de Rome. Depuis le lancement du premier programme de recherche européen en 1984, l’UE a investi près de 200 milliards d’euros dans la recherche et la technologie.

Le programme Horizon 2020 actuellement en vigueur, d’une valeur de 77 milliards d’euros, est le programme de recherche international le plus conséquent du monde. Le CER y contribue à hauteur de 13,1 milliards d’euros, soit 17 % du budget total. Grâce à ces financements, des découvertes ou des progrès majeurs ont été réalisés dans plus de 70 % des projets ayant abouti. Six des scientifiques ayant reçu une bourse du CER ont remporté le Prix Nobel pour la science.

Visibilité

Bruxelles éprouve des difficultés à faire valoir les mérites de l’UE dans les domaines où celle-ci joue un rôle capital. L’ancienne commissaire européenne à l’aide humanitaire, Kristalina Georgieva, s’était notamment plainte du fait que certaines communautés soutenues par l’UE ne savaient pas d’où la nourriture et les tentes venaient, ce qui mettait à mal son importance sur la scène internationale.

Le soutien affirmé de l’Europe pour la science contraste avec les coupes budgétaires imposées par Donald Trump aux centres de recherche européens. Si certains centres ont subi une coupe budgétaire de 31 %, la NASA ne verra son budget être réduit que de 1 %.

La nouvelle administration a même fait passer le budget du programme d’exploration planétaire de 1,6 à 1.9 milliards de dollars, étant donné que la Maison-Blanche souhaite que la NASA se concentre sur « l’exploration de l’espace plutôt que sur des recherches tournées vers la Terre ». Parmi les priorités américaines, figure l’exploration du satellite Europa de Jupiter, un des projets que les États-Unis se disputent avec l’UE.

Carlos Moedas a cependant souligné que l’Europe faisait office d’organisation phare en matière scientifique, tandis que « dans d’autres régions du monde, les pays sont plus sceptiques à ce sujet ». « Nous avons une chance incroyable de vivre sur un continent qui croit encore en la science fondamentale », s’est-il félicité.

Afin de convaincre les contribuables de l’importance de la science, le commissaire a insisté sur la nécessité de créer une « science guidée par des missions, dans lesquelles la population pourra consulter le travail des scientifiques afin de comprendre quels sont les avantages qu’ils peuvent en tirer ».

Le lien entre la science de base et les produits finaux s’est effacé à mesure que des produits plus complexes, tels que des smartphones, sont arrivés sur le marché, a-t-il expliqué. C’est pourquoi le commissaire a souligné l’importance de mettre les découvertes à la lumière du jour afin d’insister sur la contribution européenne dans certains accomplissements. À titre d’exemple, il a mentionné le travail de Valeria Nicolosi, boursière du CER, sur les batteries dernière génération, 5 000 fois plus puissantes que celles existants déjà dans nos appareils électroniques.

M. Juncker, ne rejetez pas la science !

Jean-Claude Juncker, le prochain président de la Commission européenne, devrait maintenir le poste de conseiller scientifique principal. Les conseils scientifiques devraient prévaloir sur la décision des États membres, notamment sur la question des OGM, écrivent Marcel Kuntz et John Davison.

 

 

Contexte

L'Union européenne est responsable d'un quart des dépenses en matière de recherche et d'un tiers des demandes de brevets. Les scientifiques, les auteurs, les médecins, les artistes ainsi que les militants de l'Union européenne ont remporté le plus grande nombre de Prix Nobels de l'histoire pour leur contribution au progrès humain.

Depuis 2007, quelque 7 000 projets sur 65 000 ont été subventionnés par le CER. Ces projets impliquent environ 42 000 scientifiques.

 

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