Multiplication des interdictions pour le plastique jetable

McDonald teste des alternatives aux pailles en plastique, que Marriott, Hilton, Starbucks et American Airlines se sont engagés à éliminer totalement dans un futur proche. [Lenscap Photography/Shutterstock]

La loi Egalim, qui élargit l’interdiction du plastique jetable en France, est loin d’être isolée sur la scène internationale. Si l’industrie fait pression pour limiter ces interdictions, elle expérimente aussi des stratégies d’adaptation, explique notre partenaire, La Tribune.

« Couverts, piques à steak, couvercles à verre jetables, plateaux-repas, pots à glace, saladiers, boîtes et bâtonnets mélangeurs pour boissons »selon la dernière version de la loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous » (« loi Egalim »), qui a été définitivement approuvée ce mardi 2 octobre par l’Assemblée nationale, tous ces objets en plastique vierge d’origine fossile seront interdits en France dès le 1er janvier 2020.

Ils viendront s’ajouter aux coton-tiges, « gobelets, verres et assiettes jetables de cuisine pour la table en matière plastique », bannis à partir de la même date, ainsi qu’aux sacs de caisse, aux sacs des rayons des fruits et légumes et aux micro-billes cosmétiques, qui eux ne sont plus distribués depuis, respectivement, 2016, 2017, 2018.

Décriée par les industriels, cette loi suit néanmoins le flux d’un mouvement de restriction voire d’interdiction qui s’affirme depuis quelques années bien en-dehors de l’Hexagone, visant à répondre à une urgence environnementale: les 6,3 milliards de tonnes de déchets en plastique déjà produits depuis les années 1950, dont 8 millions de tonnes sont déversés toutes les années dans les océans.

La chasse au plastique jetable progresse en France et en Europe

L’Assemblée nationale a adopté, le 14 septembre, l’interdiction de sept nouveaux produits jetables en plastique en 2020 et réduit l’usage des contenants en plastique dans les cantines en 2025. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

L’Afrique championne de l’interdiction des sacs en plastique

Les premières « victimes » de cette « censure » progressive ont été les sacs en plastique, taxés dès 1994 au Danemark. Dans l’Union européenne, la majorité des États membres ont aujourd’hui déjà harmonisé leur législation avec une directive de 2015 visant ces sacs, en prévoyant une taxe ou -en France et en Italie- en en interdisant l’usage. Aux États-Unis, depuis la première interdiction des sacs en plastique à usage unique adoptée par la Californie en 2014, une dizaine d’États ou de villes ont adopté des formes de restriction.

Selon un rapport publié en 2018 par les Nations Unies, « le continent où le plus grand nombre de pays ont totalement interdit la production et l’usage de sacs en plastique » est toutefois l’Afrique. Et le mouvement s’y accélère:

« Des 25 pays africains ayant introduit des interdictions nationales des sacs en plastique, plus que la moitié (58%) les a mis en vigueur entre 2014 et 2017 », note l’ONU.

Le mouvement est en revanche plus lent en Asie, dont cinq pays sont responsables de la moitié des déchets plastique reversés dans les mers, et où des mesures ont parfois été adoptées depuis plus d’une décennie, mais où leur mise en œuvre fait défaut.

L’Inde fortement engagée contre tous les plastiques à usage unique

Comme en France, à l’étranger aussi les restrictions s’étendent d’ailleurs progressivement à une panoplie bien plus large de produits en plastique jetables. La Commission européenne espère faire adopter début 2019 un ensemble de mesures visant les 10 les plus présents sur les plages et dans les mers. Le Royaume-Uni a annoncé en avril vouloir adopter avant la fin de l’année une loi pour interdire les pailles, touillettes et cotons-tiges, et réfléchit à la taxation des tasses à café jetables. Mais « peut-être l’un des engagements nationaux les plus vastes dans les pays émergents afin d’éliminer le plastique à usage unique vient de l’Inde, qui a promis de le supprimer complètement du pays avant 2022 », écrit dans un récent rapport consacré à la pollution plastique HSBC.

« Ceci est particulièrement significatif de la part de l’une des grandes économies mondiales à la plus forte croissance, concentrant environ 18% de la population de la planète. Si cette promesse devait être tenue, elle pourrait avoir des conséquences pour les multinationales qui opèrent en Inde », note la banque britannique.

Les plastiques, premiers prédateurs des océans selon Surfrider

Bouteilles, sacs et bouchons en plastique, cotons-tiges…: les plastiques sont «les premiers prédateurs des océans», affirme mardi l’association Surfrider qui publie un rapport détaillant la pollution sur cinq sites français et espagnols, situés en Bretagne et au Pays basque.

Une tendance irrépressible

Certes, aujourd’hui l’impact de ces politiques est encore plutôt limité face aux quelque 350 millions de tonnes de plastiques produites chaque année. En raison de la taille du marché du plastique à usage unique, les mesures prévues par l’UE ne toucheraient que 2% du marché global du plastique, souligne par exemple HSBC. Pour s’y opposer, les industriels insistent d’ailleurs largement sur cette supposée inefficacité des restrictions.

Mais non seulement les mesures de l’UE pourraient néanmoins éviter environ 3.4 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, ainsi que 22 milliards d’euros de dégâts environnementaux, selon la Commission. Surtout, soutenue par l’opinion publique, la tendance semble irréfrénable. Selon l’ONU, « le nombre de politiques nationales régulant le plastique à usage unique devrait continuer augmenter dans l’avenir ».

La prévention de la pollution liée au plastique est d’ailleurs de plus en plus souvent inscrite à l’agenda politique international.  En décembre, 200 pays réunis à Nairobi ont signé une résolution des Nations unies, encourageant les signataires à réduire leur utilisation de plastique, alors qu’au G7 de juin une charte a été souscrite par le Canada, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, Italie et l’Union européenne, contenant un engagement à réduire l’usage des plastiques jetables.

Lobbying et arguments juridiques

Les industriels commencent alors à s’inquiéter de cette « stigmatisation » du plastique, et à réagir. Jusqu’à présent, la stratégie la plus utilisée a été le lobbying auprès des instances adoptant les interdictions.

« En Inde, un certain nombre de grandes multinationales ont déjà exercé des pressions contre l’interdiction. Des sociétés dont Coca-Cola, Amazon et H&M auraient demandé une phase de rodage. Coca-Cola a demandé d’être totalement exonérée des nouvelles règles si elle reprend les emballages et prend la responsabilité de les recycler », témoigne HSBC.

L’argument juridique est aussi toujours largement invoqué pour éviter la mise en oeuvre de ces contraintes. Dans leur première réaction aux mesures inclues dans la loi Egalim, par exemple, trois fédérations professionnelles de l’industrie du plastique (Elipso, PlasticsEurope et la Fédération de la Plasturgie) affirment que « ces dispositions législatives sont à divers titres, en infraction avec le droit européen ».

Adaptation voire anticipation

Mais nombre d’entreprises adoptent désormais également la stratégie opposée: elles s’adaptent voire essaient d’anticiper le mouvement, en prenant des engagements propres d’ampleur variable mais souvent croissante. Ainsi, McDonald teste des alternatives aux pailles en plastique, que Marriott, Hilton, Starbucks et American Airlines se sont engagés à éliminer totalement dans un futur proche. Ikea et Pernod Ricard envisagent même de supprimer toute sorte de plastique à usage unique en 2020, la première de ses produits et restaurants, le deuxième de ses points de vente, selon HSBC.

En France, Franprix, Leclerc, Carrefour, Lidl promettent d’arrêter la commercialisation des produits bannis avant l’entrée en vigueur de leur interdiction, voire de s’attaquer à d’autres articles ou emballages jetables. Au Royaume-Uni, des chaînes de restaurants comme Costa, Prêt à manger et Starbucks expérimentent des réductions accordées aux consommateurs apportant leur propre tasse.

Des labels voient même désormais le jour: l’organisation environnementale A plastic Planet a notamment créé le « Plastic Free Trust Mark ». Le distributeur britannique Iceland Foods a déjà adhéré: il compte ainsi éliminer de ses rayons 600 tonnes de plastique par an, selon HSBC.

Le Parlement veut transformer «les déchets plastiques en mines d’or»

Le Parlement européen a adopté presque à l’unanimité un rapport sur la stratégie plastique de l’UE appelant à l’interdiction de certains microplastiques d’ici 2020.

De nouveaux marchés pour de nouveaux besoins

Certains acteurs voient même dans cette pluie d’interdiction une opportunité de nouveaux marchés. Le décret de 2016 mettant en œuvre l’interdiction française des sacs en plastique autorisait en effet ceux « biosourcés » (selon des teneurs progressives) et compostables. Le gouvernement espérait ainsi encourager l’industrie française, qui ne produisait que 2,6 milliards de sacs plastique d’origine fossile sur les 17 milliards distribués en caisse et aux rayons fruits et légumes avant leur interdiction.

« Le développement de ces nouveaux plastiques biosourcés permettra de créer 3.000 emplois sur le territoire national », affirmait le ministère de l’Environnement. Le plastique compostable biosourcé fait aussi exception aux nouvelles interdictions.

De même, l’industrie du recyclage espère enfin profiter des engagements croissants à utiliser davantage de plastique recyclé. Sans compter l’émergence de startups tentant de remettre au goût du jour la consigne…. Tout en soulignant que l’impact environnemental de certaines de ces alternatives est encore discuté, HSBC le reconnaît: les restrictions à l’usage unique de plastique fossile vierge « créent de nouveaux marchés répondant, à plus long terme, aux besoins d’un futur avec moins de déchets en plastique ».

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