Paris joue la transparence sur les perturbateurs endocriniens

Paris liste les biocides et pesticides susceptibles d’être classés comme des perturbateurs endocriniens. [Hedgehog94/Shutterstock]

Dix jours après avoir acquiescé aux critères européens de définition des substances ayant un effet sur le système hormonal, la France a publié deux listes de 1 600 préparations biocides et pesticides susceptibles d’être classés comme des perturbateurs endocriniens à l’avenir. Une démarche rare. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Un millier de biocides (insecticides, produits de protection du bois et l’hygiène vétérinaire) et quelque 600 pesticides (insecticide, herbicide, fongicide). Les ministères de l’agriculture et de l’écologie ont publié le 13 juillet le nom de produits autorisés en France «susceptibles de contenir des substances perturbatrices endocriniennes». Une opération transparence qui intervient à peine 10 jours après le revirement de la France sur l’adoption des critères de définition des perturbateurs endocriniens. Les ministres avaient alors égrené des mesures nationales (voir encadré) censées contrebalancer les concessions d’un texte que Nicolas Hulot avait lui-même qualifié «d’insuffisant en l’état».

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Nouveaux critères

 La France s’est targuée d’avoir obtenu des «garanties supplémentaires obtenues» auprès de la Commission. À savoir l’application immédiate des nouveaux critères aux substances en cours de réévaluation au niveau communautaire; le lancement d’une stratégie européenne prenant en compte toutes les expositions possibles, notamment dans les jouets, les cosmétiques et les emballages alimentaires; la mobilisation de 50 millions d’euros complémentaires en faveur de la recherche sur les effets des perturbateurs endocriniens, dès 2018; la présentation rapide d’une évaluation de l’efficience de ces critères et de l’effet des exemptions introduites.

Des produits à vérifier

Et c’est, dans l’attente de «l’entrée en vigueur concrète de l’exclusion européenne», les citoyens, agriculteurs et professionnels «puissent orienter leurs choix d’achat», que ces 2 listes ont été publiées. Attention, préviennent les ministères: les agences scientifiques n’ont pas encore mené le travail détaillé de vérification, substance par substance, de leur caractère perturbateur endocrinien. Ces quelque 1 600 préparations contiennent une ou plusieurs substances actives dont fait état l’étude d’impact réalisée par le Centre Commun de Recherche de la Commission européenne (JRC). La définition retenue le 4 juillet est «plus large, en incluant les perturbateurs endocriniens présumés, et les substances pour lesquelles une action perturbatrice endocrinienne est ‘plausible’». Par conséquent, des substances sont donc susceptibles de ne plus figurer dans cette liste après analyse détaillée par les agences sanitaires européennes. À l’inverse, d’autres substances non identifiées à ce jour peuvent y être intégrées ultérieurement.

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Préciser les substances actives employées

Cette situation ne satisfait personne. L’association Générations Futures souligne que si la liste de biocides et de pesticides publiée «semble longue», elle ne porte que sur des produits commerciaux. «Il faudrait maintenant que les ministères publient la liste des matières actives concernées pour qu’on y voit plus clair», estime François Veillerette, son porte-parole. En outre, les associations se méfient beaucoup des lignes directrices scientifiques en cours d’élaboration, qui pourraient altérer encore un peu plus une définition qu’elles jugent déjà insuffisantes pour la protection de la santé publique et de l’environnement et, au final, restreindre la liste des produits à proscrire.

Respecter le processus européen

L’Union des industries pour la protection des plantes (UIPP) s’est indignée de la publication de ces deux listes. «Le gouvernement ne respecte pas le processus de décision européen actuellement en cours […] Il est prématuré à ce jour de traduire le projet de définition en liste de substances», et ce d’autant plus sur la base «d’un travail préliminaire et superficiel qui n’a rien à voir avec les évaluations scientifiques nécessaires attendues par nos concitoyens.»

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