Peu d’avancées sur les quotas européens de pêche 2018

Les quotas ne sont pas encore totalement alignés au rendement maximum durable. [Alessandro De Maddalena/Shutterstock]

L’accord sur les quotas dans l’Atlantique et en mer du Nord a été trouvé le 13 décembre. Mais la feuille de route encore éloignée du rendement maximum durable visé pour 2020. Un article de notre partenaire, le JDLE.

D’année en année, les avancées sont minimes. «À ce rythme, on n’atteindra pas le rendement maximum durable pour les 118 stocks en 2020», résume Stéphan Beaucher, expert de la pêche pour l’ONG Pew.

Cet objectif, qui permet aux espèces de se reproduire, était pourtant visé par la réforme de la politique commune de la pêche (PCP) en décembre 2013 «dès que possible et au plus tard en 2020». «Plus on se rapproche de 2020 et moins nous sommes flexibles au moment où il faut respecter les rendements maximum durables», a commenté le commissaire européen, à la sortie de négociations tendues entre les ministres de la pêche.

Les ministres européens vont-ils enfin prendre des mesures contre la surpêche ?

Dans trois ans, la Politique commune de la pêche (PCP) arrivera à échéance et avec elle, son impératif de ramener tous les stocks au rendement maximal durable (RMD) au plus tard en 2020.

Neuf stocks de plus au RMD

Au total, 53 stocks respectent le rendement maximum durable (RMD) selon le communiqué du Conseil. Soit neuf de plus seulement que l’an dernier. Ce qui représente environ 45% des stocks de l’Atlantique et de la mer du Nord, dont la sole de Manche-Est (quotas en hausse de 22%) et du Nord et du Centre du golfe de Gascogne (+6%), ainsi que la raie (Manche-Est et mer du Nord), la plie (mer Celtique), la langoustine (sud du golfe de Gascogne) et la cardine (sud du golfe de Gascogne).

Trois stocks stratégiques

Les conflits se sont notamment cristallisés sur trois stocks stratégiques de la mer Celtique. Le quota de cabillaud a finalement été relevé de 9% par rapport à l’an dernier alors que la Commission prônait un statu quo.

Celui visant l’églefin recule de 11% (Bruxelles proposait de le réduire de 34%) et de 19% pour le merlan (contre -28% selon la Commission). «Les ministres n’ont pas reconnu la mer Celtique comme devant être protégée de la surpêche», a commenté le collectif Our fish dans un communiqué.

Menaces sur l’anguille

Parmi les stocks dans un état critique, l’anguille ne sera finalement pas protégée par l’interdiction de pêche permanente voulue par Bruxelles. Le Conseil européen a limité cette interdiction à une période de trois mois, choisie par les États membres entre le 1er septembre 2018 et le 31 janvier 2019.

«Cette mesure est inefficace puisque la période la plus sensible est en août. Si un Etat décide de fermer la pêche entre fin octobre et fin janvier, le stock sera très fragilisé», explique Stéphan Beaucher.

L’Europe tente de sauver l'anguille menacée par le crime organisé

La Commission européenne propose d’interdire la pêche dans l’Atlantique de l’anguille, dont 95 % de la population a déjà disparu.  Mais l’industrie pèse des millions d’euros, et le commerce illégal est florissant.

Le bar sous pression

Le bar fait également l’objet de restrictions trop limitées selon l’ONG environnementale. Dans le golfe du Gascogne, les quotas des pêcheurs professionnels sont reconduits tandis que la pêche récréative est limitée à trois poissons par personne et par jour. En Atlantique Nord, un moratoire de deux mois est décrété en février et mars pour les deux types de pêche. Les pêcheurs du dimanche seront par ailleurs contraints à une remise à l’eau systématique tout au long de l’année.

«Outre des restrictions limitées, des dérogations ont été consenties à plusieurs types de pêche pour les captures accessoires», relève Stéphan Beaucher. Ainsi les fileyeurs pourront prélever 1,2 tonne de bar par an, les chalutiers de fond 100 kilogrammes par mois (dans la limite de 1% des captures journalières), les senneurs danois 180 kg/mois et les pêcheurs au hameçon 5 t/an. Une source d’inquiétudes pour les ligneurs, bénéficiaires d’un quota annuel de 5 t.

Des avancées trop timides

Si le ministre en charge de la pêche, Stéphane Travert, a affirmé que «la France s’est efforcée de maintenir des possibilités de capture pour l’ensemble des métiers autorisés en 2017», les ONG soulignent les limites de cet accord.

«Des progrès ont été réalisés mais le compromis final inclut encore des limites de pêche supérieures aux recommandations des scientifiques, les chiffres ayant été revus à la hausse tout au long de la nuit», a conclu Andrew Clayton de Pew.

Accord européen sur les quotas de pêche 2018 en mer Baltique

Les ministres européens de la pêche et la Commission européenne se sont accordés, le 10 octobre, sur une baisse très modérée des quotas de cabillaud en mer Baltique en 2018. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.