Pour un avenir vert, l’Europe ira-t-elle bon train ?

À distance équivalente, un trajet en train émet 40 fois moins de CO2 que le même trajet en voiture, et 100 fois moins qu’un trajet en avion. [Gaspar Janos_Shutterstock]

Un rapport réalisé par plusieurs associations environnementales européennes appellent à renforcer le transport ferroviaire dans l’UE. Une solution d’avenir, selon eux, pour lutter contre le réchauffement climatique.

Pourquoi pas un voyage de Berlin à Bruxelles ? Ou de Madrid à Lisbonne ? En avion peut-être, mais pas forcément en train. Actuellement, il n’existe aucune ligne ferroviaire directe reliant ces capitales, pourtant voisines. Alors que s’ouvre l’année européenne du rail lancée le 1er janvier dernier par la Commission européenne, plusieurs ONG européennes ont tenté de présenter l’état du réseau ferroviaire de l’UE dans un rapport publié ce mercredi (20 janvier). Résultats des courses : un patchwork de lignes de train nationales qui manquent d’interconnexion et souffrent de la concurrence avec le secteur aérien.

Pourtant, tous les pays européens s’accordent pour dire que le report modal de l’avion vers le train est incontournable. En décembre dernier, les États membres de l’UE se sont mis d’accord pour rehausser leurs objectifs climatiques. D’ici 2050, ils devront avoir réduit de 55 % leurs émissions de gaz à effet de serre. Dans ce cadre, la Commission européenne a prévu de réduire de 90 % les émissions dues aux transports d’ici la moitié du siècle. Le train représente pour cela la meilleure alternative. Pour rappel :  à distance équivalente, un trajet en train émet 40 fois moins de CO2 que le même trajet en voiture, et 100 fois moins qu’un trajet en avion.

« Des solutions à portée de main »

Une fois n’est pas coutume, ce rapport climat-transport permet de rester optimiste, car « des solutions sont à portée de main », assure l’un de ses co-auteurs, Thomas Lesperrier. « Une grande partie des infrastructures est déjà en place, notamment dans l’ouest de l’Europe. Il ne reste qu’à les utiliser dans leur plein potentiel. »

Une volonté politique forte permettrait de renforcer en seulement quelques années le réseau ferroviaire européen. Le rapport cite diverses lignes internationales qui, si un service direct était mis en place, pourraient relier plusieurs capitales européennes. De Varsovie à Paris, en passant par Berlin et Bruxelles, le périple pourrait s’effectuer en une seule fois, pour un temps de trajet de 12h45. « S’il s’agit d’un trajet de nuit, le voyage passe encore plus vite », souligne son auteur, chargé des questions mobilité pour France Nature Environnement.

Outre le lancement de nouvelles lignes internationales directes, le rapport préconise également de faciliter la réservation de billets de train sur des trajets internationaux. « Le fait est que malgré la libre circulation des biens et des personnes les trains s’arrêtent à la frontière. Les réseaux sont anciens, et donc très nationaux. Actuellement, il est toujours compliqué de réserver un voyage transfrontalier. » Thomas Lesperrier explique ces difficultés par les réticences de certains opérateurs ferroviaires à mettre à disposition leurs données aux plateformes de vente de tickets, contrairement à ce qui se fait dans le secteur aérien.

Avion vs train, un combat inégal

Ce dernier bénéficie d’incroyables avantages par rapport au transport ferroviaire : rapide, facile pour les usagers, moins cher. Thomas Lesperrier parle d’une « injustice fiscale » entre l’avion et le train : « Aucune TVA n’est appliquée sur les trajets internationaux, et les compagnies aériennes ne paient pas de taxe sur le kérozène. Tout cela doit changer », martèle le spécialiste mobilité, qui regrette en France un « manque criant de stratégie pour faciliter le report modal avion-train ».

Dans son plan de relance, le gouvernement s’est targué d’accorder une grosse enveloppe au secteur ferroviaire : près de 4,75 milliards d’euros. Or, comme l’a souligné une étude fournie publiée en octobre dernier par plusieurs associations environnementales, sur cette somme, seuls 650 millions d’euros représentent de nouveaux crédits d’investissement. Les quatre milliards restants serviront, non pas à moderniser ou étendre le réseau SNCF, mais à maintenir des travaux déjà programmés.

Si, comme le préconise le rapport, la régulation du secteur de l’aviation « doit être renforcée », là aussi les moyens engagés font défaut. La loi climat, basée sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), prévoit justement plusieurs mesures pour l’aviation – mais toutes en net recul par rapport à ce que suggérait la CCC. Quand les citoyens proposaient d’interdire les vols intérieurs s’il existe une alternative possible en train en moins de 4 h, le gouvernement a opté pour un trajet de 2h30. Exit également l’écocontribution renforcée sur les billets d’avion, un combat qui selon le gouvernement doit être mené à un « niveau européen ».

Les transports, au cœur des tensions du projet de loi climat

Depuis hier, la future loi devant permettre d’appliquer 40 % des propositions de la Convention citoyenne pour le climat est présentée aux parlementaires et citoyens. Abordée d’emblée hier, la thématique ‘Se déplacer’ continue de crisper les débats.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer