Vols suspendus : Paris et Berlin tentent un bras de fer avec Pékin

À la suite de la découverte de six cas positifs à l’arrivée d’un vol Air France de Paris à Tianjin (nord) fin juin, la compagnie française s’est ainsi vue imposer une suspension de deux semaines sur cette liaison. [EPA-EFE/JEROME FAVRE]

Emmanuel Macron et Angela Merkel s’impatientent. Le trafic aérien entre l’Europe et la Chine est toujours suspendu et le dirigeant chinois, Xi Jinping, ne semble pas pressé d’autoriser la reprise de l’activité aérienne. Par mesure de rétorsion, l’Europe a donc également décidé de suspendre les vols de compagnies chinoises. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Des passagers testés positifs à la Covid-19 à leur arrivée en Chine et des liaisons aériennes suspendues en conséquence. En réponse aux sanctions chinoises contre leurs compagnies, Paris et Berlin châtient à leur tour les transporteurs de Pékin.

La Chine, où est apparue l’épidémie fin 2019, a pratiquement fermé ses frontières dès mars 2020, limitant les liaisons aériennes internationales à une par semaine, par compagnie et par ville de destination.

Alors qu’elle a depuis quasiment éradiqué la contagion sur son sol, elle reste sur le qui-vive, imposant des restrictions drastiques aux personnes en provenance de l’étranger, assujetties à une quarantaine d’au moins deux semaines suivant leur lieu de destination.

Cette politique s’accompagne de sanctions à l’encontre des compagnies aériennes.

À la suite de la découverte de six cas positifs à l’arrivée d’un vol Air France de Paris à Tianjin (nord) fin juin, la compagnie française s’est ainsi vue imposer une suspension de deux semaines sur cette liaison. Ses vols des 8 et 15 juillet ont donc été supprimés à destination de cette ville proche de Pékin, selon un communiqué de la compagnie.

En réponse, Paris a décidé de suspendre également des vols de compagnies chinoises parmi les trois qui desservent l’Hexagone : Air China, China Eastern et China Southern.

Au final, des centaines de passagers se voient contraints de reporter leur voyage, de trouver un billet au prix fort ou simplement de renoncer à se déplacer.

Disjoncteur

Le sujet a été abordé lors d’un entretien virtuel début juillet entre les présidents français Emmanuel Macron et chinois Xi Jinping et la chancelière Angela Merkel. Les deux dirigeants européens ont souhaité le rétablissement des liaisons aériennes, selon l’Élysée.

Selon un spécialiste du secteur, Paris souhaite parvenir avec Pékin à un moratoire sur les interdictions de vol.

Avec l’Allemagne, la France est le seul pays à répondre systématiquement par une mesure similaire aux interdictions de vols prononcées par la Chine, selon la même source.

« Des compagnies aériennes allemandes ont été affectées à plusieurs reprises par des suspensions de vols par les autorités chinoises depuis février 2021 », a indiqué à l’AFP le ministère allemand des Affaires étrangères. « Pour contrer cela, l’Allemagne a suspendu par réciprocité des vols de compagnies aériennes chinoises ».

Les suspensions mutuelles de vols se sont multipliées depuis que la Chine a imposé mi-2020 sa politique du « disjoncteur » : une liaison aérienne se voit suspendue pour deux semaines à partir de cinq cas positifs découverts parmi les passagers à l’arrivée. La sanction passe à un mois de suspension si 10 cas ou plus sont découverts.

Depuis l’entrée en vigueur de ce règlement, Air France a été visée par une quinzaine d’interdictions de vol.

La fréquence des sanctions s’est accrue ces dernières semaines, alors que nombre de cadres ou d’étudiants tentent de circuler entre les deux pays avant la rentrée de septembre.

« Distorsion de concurrence »

Paris comme Berlin se jugent victimes de discrimination, selon le spécialiste du secteur, selon qui les compagnies étrangères représentent les deux tiers des annulations de vol, contre un tiers pour les compagnies chinoises.

Il s’étonne également qu’aucune compagnie américaine n’ait fait l’objet de telles mesures, en dépit de la prévalence du virus aux États-Unis. « Selon nous, ces suspensions ont un effet de distorsion de concurrence », estime la diplomatie allemande.

Les compagnies visées « n’ont commis aucune infraction aux exigences des autorités chinoises en matière de contrôle des infections, pouvant justifier la suspension de vols », ajoute-t-on à Berlin.

La France et l’Allemagne sont d’autant plus mécontentes que la quasi-totalité des passagers que leurs compagnies acheminent vers la Chine sont des Chinois porteurs de codes santé validés par leur ambassade à leur point d’embarquement et de correspondance, après présentation de tests PCR et sérologiques.

Dans le cas d’Air France, qui n’assure en principe qu’un vol par semaine pour Tianjin et deux pour Shanghai, la compagnie est confrontée aux cas de passagers chinois embarquant depuis l’Afrique à destination de la Chine, avec une correspondance à Paris.

Malgré leur certificat de non-contamination, certains sont testés positifs à leur arrivée en France. Mais Paris ne peut les renvoyer à leur point de départ ni les laisser en liberté sur le sol français et européen, faute de visas.

Ces personnes testées positives sont donc placées en quarantaine deux semaines dans un hôtel en zone aéroportuaire. À l’issue de cette période, s’ils sont testés négatifs, Air France les achemine finalement vers la Chine – les compagnies chinoises refusant de les prendre en charge.

À leur arrivée en Chine, certains sont à nouveau détectés porteurs du virus – entraînant une sanction pour le transporteur.

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