Quel avenir pour les biocarburants?

Bilan de la situation des biocarburants après l'élaboration de nouvelles règles. [EURACTIV]

Selon Bernd Kuepker, de la Commission, « le CASI est résolu » grâce aux nouvelles règles sur les biocarburants. Un optimisme que tout le monde ne partage pas.

Quand il a déclaré que « le CASI [était] résolu », Bernd Kuepker, de la DG Énergie, ne voulait évidemment pas dure que le phénomène de changement indirect de l’affectation des sols était résolu, mais qu’après des années de batailles législatives, les institutions de l’UE sont finalement arrivées à un accord sur un nouveau régime réglementaire sur la question. Le changement d’affectation des sols agricoles ne sera donc plus encouragé.

Tous les participants à l’événement lors duquel il s’exprimait ne partagent pas cet optimisme.

En 2008, l’UE s’est fixé comme objectif 10 % de carburants renouvelables pour les transports d’ici 2020. À l’époque, on supposait que cela viendrait du passage des véhicules aux biocarburants, et les objectifs ont stimulé une croissance rapide du secteur.

Pourtant, des militants ont rapidement souligné que l’augmentation de la production de biocarburants provoquait une utilisation différente des terres, supprimant les cultures vivrières et causant plus d’émissions que ce que les biocarburants permettaient d’économiser dans le transport. Les biocarburants ont donc rapidement perdu la cote.

Dans le secteur, de nombreux producteurs tentent de lutter contre cette mauvaise réputation, arguant que certains biocarburants sont réellement bons pour le climat. Si les biocarburants comme l’huile de palme font grimper le CASI, ce n’est pas le cas de l’éthanol renouvelable ou des carburants de deuxième génération à base d’algues, soulignent-ils.

Le plus gros problème est que l’UE a été lente à agir. Depuis dix ans, l’incertitude qui plane sur le secteur a étouffé l’investissement. En mars, de nouveaux critères de durabilité tenant compte des objectifs de l’UE ont été approuvés, levant le dernier obstacle à la mise en place d’un nouveau régime réglementaire pour le transport renouvelable dans l’UE. Il s’agissait de la dernière étape d’une réforme de la législation commencée en 2015 qui plafonne l’utilisation des biocarburants à base de cultures.

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Nouveau départ

Cette semaine, dans le contexte d’une nouvelle réglementation et de l’arrivée imminente de nouveaux législateurs à Bruxelles, les parties prenantes se sont réunies pour faire un bilan lors d’un événement Euractiv parrainé par l’association ePure, pour l’éthanol renouvelable.

Alors, la réforme réglementaire permet-elle vraiment de décourager les cas de CASI ? Bernd Kuepker pense que oui. Valérie Corre, directrice des affaires réglementaires chez Tereos, producteur français de bioéthanol, partage cet avis. Si elle s’était inquiétée de la première version du texte, elle se félicite que les États membres y aient apporté la flexibilité nécessaire pour assurer la survie des biocarburants de qualité. En tant que producteur européen, Tereos craignait surtout une législation pénalisant les sources européennes de biocarburants, or, « la matière première européenne n’est pas le problème », assure-t-elle.

Par contre, Laura Buffet, de l’ONG Transport & Environment, n’est pas convaincue que le texte final résout le problème du CASI. « Nous voulons que l’UE élimine progressivement les biocarburants », a-t-elle déclaré, soulignant qu’un rapport récent montre que les émissions de CO2 de du changement d’affectation des sols continuent à augmenter.

Si les modifications réglementaires suppriment l’obligation pour les États d’utiliser des biocarburants à base de cultures, la part des biocarburants avancés sur le marché est encore négligeable. Or, le nouveau régime précise que seulement 7 % de l’objectif de 10 % de transport renouvelable peut être atteint par les biocarburants dont il a été démontré qu’ils remplacent les cultures vivrières ou causent un détournement de l’utilisation des sols. Il fixe également des incitations à l’utilisation de biocarburants avancés.

Pour Laura Buffet, ce qui importera vraiment, c’est la mise en œuvre des nouvelles règles ? Jusqu’à présent, ce n’est pas très prometteur. « La comptabilité du CASI n’est toujours pas en place », regrette-t-elle notamment.

Martin Pitorák, qui travaille sur la politique énergétique pour la Représentation permanente de la Slovaquie auprès de l’UE, estime quant à lui que la clarté de la réglementation contribuera à renforcer la place de la matière première européenne, qui présente également un faible risque en termes de changement d’affectation des sols.

Récemment, la Slovaquie, la Pologne et la République tchèque ont signé une déclaration commune exhortant l’UE à faire davantage pour encourager le développement de biocarburants propres produits localement, afin de réduire les émissions des transports et de stimuler les zones rurales et agricoles.

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Électrification

Les panélistes ont également discuté de l’électrification des transports, autre chantier à la mode à Bruxelles. Si Valérie Corre ne craint pas la concurrence des véhicules électriques, elle estime que les avantages des biocarburants devraient être davantage promus. Elle regrette également que les émissions des véhicules électriques ne soient mesurées qu’au tuyau d’échappement, et non pour l’ensemble du cycle de vie du véhicule et de l’électricité. Car si l’électricité est toujours produite à partir de combustibles fossiles, ces véhicules n’ont rien de propres.

L’électrification est cependant l’approche préférée de l’ONG T&E, parce que les bénéfices sont plus grands et qu’elle permet une approche plus systémique.

La Commission souhaite pour sa part rester neutre sur le plan technologique, s’est défendu Bernd Kuepker, qui souligne qu’en l’absence d’une solution unique miracle, une série de mesures devront être mises en place en parallèle. Même constat pour Toshimasa Masayama, analyste à l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), qui trouve que les biocarburants et les véhicules électriques ne doivent pas être en concurrence.

Les biocarburants peuvent présenter une solution plus rapide à court terme, souligne-t-il. Il faudra sans doute deux décennies pour que les véhicules électriques se généralisent sur le marché, rappelle-t-il, alors que les biocarburants peuvent être utilisés dès maintenant.

En fin de compte, tous les intervenants ont convenu que la certitude réglementaire nouvellement acquise en matière de biocarburants est une évolution positive.

Alors que les nouveaux législateurs de l’UE au Parlement européen et au Conseil européen se rendront à Bruxelles au cours des prochains mois, les différentes parties prenantes auront à cœur de leur faire prendre conscience de l’importance de leur voie particulière vers la décarbonation des transports.

L’incertitude réglementaire sur les biocarburants étant maintenant dissipée, il sera plus facile d’évaluer correctement les différentes filières disponibles.

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