Copernicus consacre le leadership européen sur l’observation de la Terre

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Lucas Buthion

Le programme d’observation de la Terre Copernicus arrive à mi terme. Lucas Buthion, directeur du bureau d’Eurospace à Bruxelles, estime que sa prolongation est une priorité industrielle pour l’UE.

Lucas Buthion est directeur du bureau d’Eurospace à Bruxelles, l’association professionnelle de l’industrie spatiale manufacturière européenne.

L’Europe spatiale peut se targuer depuis vendredi d’un nouveau succès, avec le lancement réussi du satellite Sentinelle 5P, composante du programme européen d’observation de la terre Copernicus. En mesurant l’ozone, le dioxyde d’azote, le dioxyde de soufre et d’autres polluants atmosphériques avec une précision supérieure à celle des instruments existants, les données issues de ce satellite vont ainsi permettre de « mettre la pollution atmosphérique sous surveillance ».

Doté d’une enveloppe de 4.3 milliards d’euros sous le cadre financier pluriannuel 2014-2020, le programme Copernicus est le fruit d’une volonté commune (UE, Agence Spatiale Européenne et États membres) de se doter d’une capacité européenne autonome en matière d’observation de la terre, en fournissant des informations fiables, actualisées, en accès libre et ouvert, dans six domaines thématiques (« services ») : surveillance des terres, surveillance du milieu marin, surveillance de l’atmosphère, changement climatique, gestion des urgences et sécurité.

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Déployés progressivement depuis 2014, les satellites du programme Copernicus sont opérationnels et produisent déjà des résultats, reconnus dans le monde entier pour leur qualité sans équivalent. Les autorités américaines ont notamment officiellement remercié l’Union européenne après qu’elles aient eu récemment recours aux données de Copernicus dans la phase de gestion de crise au cours de l’ouragan Irma.

Cet exemple illustre à quel point le développement du programme Copernicus a permis de consacrer un véritable leadership européen en matière d’observation de la terre à l’échelle mondiale.

Ce leadership européen se manifeste d’abord par la capacité de l’Europe à accéder de façon autonome à des données qui jouent un rôle clé – a fortiori avec l’avènement de l’économie numérique-  dans le support à l’élaboration des politiques publiques et pour mieux traiter les grands défis rencontrés par nos sociétés contemporaines -à l’image du changement climatique-, le tout sans avoir à dépendre d’une source non européenne.

Ce leadership se matérialise ensuite par le niveau de compétitivité atteint par l’industrie spatiale européenne dans la production et l’exportation de systèmes d’observation de la terre – segment de marché sur lequel les industriels européens sont leaders. Il est d’ailleurs unanimement reconnu que l’expertise et le savoir-faire capitalisés grâce au développement du programme Copernicus ont alimenté cette compétitivité, tout en crédibilisant l’industrie européenne face à ses concurrents internationaux – facilitant par là l’accès à certains marchés.

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Alors que les services de la Commission européenne planchent sur leur mouture de cadre financier pluriannuel post-2020, il est donc nécessaire de s’interroger à ce stade sur l’évolution du programme Copernicus – pour consolider cette « success story » européenne au cours de la prochaine décennie.

Dans ce contexte, il est primordial d’ériger la pérennité du programme comme la mère des priorités, afin d’assurer une continuité sans faille dans la fourniture des données et services issus de ses infrastructures spatiales et des capteurs sols. Toute incertitude vis-à-vis de l’accès aux données issues de Copernicus à long terme mettrait en effet en péril le développement du marché aval et l’engagement d’investisseurs potentiels sur ce segment de marché. Il est pourtant essentiel de favoriser le développement des applications dérivées des services de Copernicus -ce à quoi la Commission européenne s’emploie fort justement -, les bénéfices socio-économiques attendus justifiant amplement l’investissement consenti dans le développement du programme.

Appui aux forces de sécurité civile, à la surveillance des frontières, à la lutte contre certains trafics (bois par exemple), suivi de la disponibilité ou surexploitation des ressources naturelles, alerte aux aléas climatiques, anticipation, alerte et gestion de catastrophes humanitaires, agriculture intelligente, gestion des océans, vecteur de développement de start-ups grâce au libre accès des données : les retombées (souvent méconnues) de Copernicus ont effectivement une nature très transversale et terre-à-terre, susceptible de bénéficier à une large proportion de citoyens européens.

Il est de même important de pérenniser la dimension publique des infrastructures spatiales de Copernicus, au regard du caractère stratégique du programme. Certains services – comme le suivi du changement climatique – n’ont qui plus est, intrinsèquement, pas de visée lucrative, le périmètre limité (largement à vocation institutionnelle) de l’utilisation des données ne permettant pas la mise en œuvre de business models viables par le secteur privé.

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Préserver cette dimension publique est également une mesure de « politique industrielle », puisque cela contribue à placer l’industrie européenne sur un pied d’égalité avec ses concurrents non européens – qui bénéficient pour leur part d’un soutien institutionnel beaucoup plus important dans le cadre de marchés captifs.

À cet égard, réaffirmer (en ligne avec les objectifs mentionnés dans le Règlement actuel du programme Copernicus) que  le développement sur le long terme d’une industrie européenne compétitive dans les domaines de l’espace et des services  demeurera l’une des raisons d’être de Copernicus après 2020 permettrait de tenir compte de la dimension stratégique que revêt le secteur spatial européen, comme l’a reconnu la récente Stratégie spatiale pour l’Europe.

Réunir un consensus institutionnel fort pour que la « souveraineté » et la « compétitivité » européennes restent les deux piliers sous-tendant le développement et l’évolution du programme Copernicus constitue donc le principal enjeu des prochains mois. Il reviendra alors aux institutions de l’UE -travail d’autant plus indispensable au vu du contexte budgétaire contraint – de mener une intense réflexion visant à faire de Copernicus un outil pleinement intégré au service des politiques publiques de l’UE, de la croissance et du bien-être des citoyens européens.