Le malaise de l’Europe centrale

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Professeur à Sciences Po, Christian Lequesne identifie les raisons du décalage entre l’Europe centrale et le reste de l’Union européenne. Une tribune de notre partenaire Ouest-France.

Dans son très beau Retour à Lemberg publié récemment, Philippe Sands rappelle les tragédies de l’Europe centrale au XXe siècle : ses empires défaits, ses minorités exterminées, le nazisme et le stalinisme triomphants. Cette misère paraît lointaine lorsque l’on flâne aujourd’hui dans les rues de Prague, Varsovie ou Budapest. L’Europe centrale semble savourer la paix et la stabilité au sein de l’Union européenne. Et pourtant, il n’en est rien.

Vingt-huit ans après la fin du communisme et quatorze ans après l’adhésion, l’Europe centrale se sent mal au sein de l’Union européenne, parce qu’elle souffre de trois maux : son rapport à l’histoire, sa polarisation sociale et le déficit de ses élites politiques.

Le rapport de l’Europe centrale à l’histoire reste pathologique : victimisation, méfiance vis-à-vis des grands pays voisins et primat de l’honneur national. Personne ne nie que l’Europe centrale a souffert au XXe siècle, mais il serait temps de dépasser cette histoire douloureuse comme d’autres l’ont fait. Les Accords de Munich pour les Tchèques et les Slovaques, le massacre de Katyn pour les Polonais, le traité de Trianon pour les Hongrois sont constamment réactivés avec une bonne dose de masochisme. Et les hommes politiques, comme Orbán en Hongrie et Kaczynski en Pologne, y ont intérêt, car la souffrance de l’histoire fait partie de leur rhétorique électoraliste.

 

La forte polarisation sociale des sociétés d’Europe centrale est le deuxième problème. Elle est le résultat des transformations économiques rapides de l’après-communisme qui a créé de fortes différences entre les personnes éduquées (et souvent urbaines) qui ont profité des changements (y compris de la corruption) et le reste de la population, qui vit avec de petits revenus. Ces derniers ont parfois espéré que l’Union européenne permette de rattraper les standards ouest-européens. Or, ce n’est pas le cas.

Élites politiques au rabais

À ce malaise s’ajoute le fait que l’Europe de l’Ouest conteste la liberté de circuler, comme l’ont montré les violents slogans anti-polonais dans la campagne du Brexit, ou comme en témoignent les obsessions françaises contre les travailleurs détachés.

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