Prenons la mer pour faire renaître l’Europe !

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De gauche à droite : Pierre Karleskind, Catherine Chabaud et Stéphane Bijoux.

Sans frontières, riche de ses écosystèmes et de perspectives de développement, l’océan est un bien commun de l’Humanité. Mais le réchauffement climatique, les pollutions et nos activités le mettent sous pression. Pour l’UE, l’enjeu est-il vraiment une priorité ?

À l’occasion de la Journée mondiale de l’océan, trois eurodéputés français du groupe Renew lancent un plaidoyer pour que l’Union se tourne vers la mer : Pierre Karleskind (président de la Commission de la pêche), Catherine Chabaud (navigatrice et membre du conseil de l’intergroupe SEArica) et Stéphane Bijoux (président de la délégation CARIFORUM-UE sur les sujets ultramarins). Cette tribune appelle l’UE à s’emparer des enjeux maritimes et de faire de l’océan une des priorités de son action.

Consciente à la fois du potentiel formidable et des risques majeurs qu’encourent la mer et le littoral, l’Union européenne a lancé en 2007 sa Politique maritime intégrée « fondée sur l’idée qu’en coordonnant ses politiques », l’Union pouvait « davantage tirer profit des mers et des océans tout en diminuant l’impact sur l’environnement ». L’ambition était là, mais l’intégration peine à voir le jour car les thématiques liées à la mer restent dispersées, tant du côté de la Commission européenne que des Commissions du Parlement européen. Les États membres pas ou peu maritimes ne se sentent pas forcément concernés. Le nouveau commissaire européen à l’Environnement, aux Océans et à la Pêche a beau rappeler que « sans le bleu, il n’y a pas de Pacte Vert », la réalité est que cette affirmation ne s’inscrit pas dans une ambition politique, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur de l’Europe. Ses collègues en charge du climat, de l’énergie, de l’industrie ou de la transition numérique ont beau nous rassurer sur la bonne intégration de l’océan dans leurs portefeuilles, la réalité est qu’elle est citée comme portion congrue.

Nous voulons rappeler que notre Union et ses États membres exercent une souveraineté sur le premier espace maritime au monde : 19 millions de km2 cumulés de mer comparés à 4,5 millions de km2 de terres. Dans ces espaces, majoritairement répartis autour des régions, pays et territoires d’outre-mer, se trouvent plus de 10 % de la biodiversité mondiale. Nous en sommes, Européens du continent et d’outre-mer, collectivement responsables. Du fait de leur implantation dans tous les océans de la planète, ils nous offrent aussi une position géostratégique majeure sur laquelle le soleil ne se couche jamais. Entendez-vous beaucoup parler des « RUP », les Régions ultrapériphériques et de stratégie européenne pour développer leurs économies avec et par la mer ?

Agriculture et pêche : des budgets revus à la hausse dans l’UE

Dans le cadre du plan de relance, la Commission européenne a proposé, le 2 juin, de rallonger le budget alloué à la politique agricole commune (PAC) post-2020 de 26,4 milliards d’euros. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Quelle est la réponse de l’Europe, première puissance commerciale du monde, au projet chinois des nouvelles routes de la soie ? Levez le nez, plus des trois quarts des objets qui vous entourent sont arrivés par la mer. Revenez à votre écran, plus des neuf dixièmes des infos qui parviennent sur votre ordinateur sont passées par un câble sous-marin. Quelle souveraineté européenne sans maîtrise de ces flux ? Dans les grandes conférences internationales sur l’océan, sur la gouvernance de la haute mer, sur le climat ou la biodiversité, l’Union, parlant d’une seule voix, peine à représenter une masse critique capable de peser.

Ne rangeons pas l’Océan dans une case bien spécifique ! Mais, pour que la mer puisse contribuer à la relance européenne, il suffirait que l’Union affirme son ambition au plus haut niveau, au travers d’une « Vision stratégique pour l’Océan », d’un « Ocean Act » et qu’elle renforce toutes ses politiques avec la mer. Ainsi, si aucun des 14 écosystèmes identifiés pour la relance post-covid19 n’est spécifiquement maritime, tous peuvent en avoir un volet. Un espoir de voir l’Union européenne embrasser enfin son destin océanique pourrait aussi venir de la Mission « Océan en bonne santé » pilotée par Pascal Lamy. Engagée depuis plusieurs mois par le président de l’Institut Jacques Delors, cette initiative fait partie des cinq missions à thématique transversale engagées par l’UE en marge du programme Horizon Europe. Healthy Ocean s’appuie à la fois sur un panel d’experts et sur des consultations publiques proposant ainsi une implication large de la société et garantissant la vision intégratrice du sommet de la montagne jusqu’à la haute mer.

Cette ambition d’une Europe maritime pourrait voir le jour si, au plus haut niveau des institutions européennes, parvient la compréhension que l’Europe doit s’appuyer sur sa dimension maritime, notamment face à ceux qui veulent réduire son influence. L’Union a la capacité de relever le défi au travers d’une gouvernance et d’un développement qui garantissent l’harmonie entre l’Humanité et la Mer.

L’Europe ne parvient pas à réduire la pollution chimique du milieu marin

Entre 75% et 91% de la superficie des mers européennes sont toujours contaminées par des polluants chimiques. Un résultat qui signe l’échec de la stratégie européenne sur le milieu marin. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

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