La politique européenne anti-dumping semble à nouveau mise à l’épreuve : les métallurgistes européens augmentent la pression sur la Commission pour imposer des taxes dissuasives sur les importations de Chine, de Corée du Nord et de Taiwan, qui, selon eux, sont écoulées à bas prix sur les marchés, provoquant ainsi du dumping. Cependant, les importateurs mettent en garde contre de telles taxes, car elles pourraient affecter quelque sept millions de métallurgistes et d’ingénieurs mécaniques en Europe qui comptent sur les importations bon marché pour rester compétitifs.
Le 29 octobre, la Confédération européenne des industries du fer et de l’acier (Eurofer), qui regroupe des géants comme ArcelorMittal et ThyssenKrupp AG, a annoncé avoir formulé deux plaintes anti-dumping auprès de la Commission. Les demandes concernent les importations de produits plats laminés à froid en acier oxydable provenant de ces trois pays et de tôles et de bandes larges revêtues de métal trempé à chaud provenant de la Chine. Eurofer a déclaré avoir fourni des preuves témoignant qu’un préjudice matériel avait été causé à l’industrie européenne de l’acier, suite à une hausse de 3 300 % des importations de Chine sur les quatre dernières années.
Dans une déclaration, l’organisation affirme que d’importants volumes sont arrivés à prix cassés sur le marché européen et que les prix nationaux dans l’UE ont été abaissés jusqu’à 25 %, ajoutant que cela avait provoqué d’importantes pertes de parts de marché pour les fabricants européens, conduisant à une considérable sous-utilisation de la capacité – un aspect ayant de graves répercussions sur la rentabilité actuelle et future de ce secteur et menace des milliers d’emplois en Europe.
Alors que la Commission n’a pas encore formellement accusé réception de cette demande, Peter Power, le porte-parole pour le commissaire au Commerce Peter Mandelson, a déclaré que toute plainte de ce type serait examinée de manière approfondie. Il a ajouté qu’étant donné les enjeux, l’affaire serait indéniablement sensible et complexe.
Les plaintes surviennent au moment où M. Mandelson doit présenter les propositions, le 20 novembre, afin d’ajuster les mécanismes de défense commerciale de l’UE pour les adapter aux changements de l’économie mondiale (EURACTIV 8/12/06).
Ce débat risque à nouveau d’opposer les fabricants aux importateurs et aux consommateurs, qui bénéficient des importations bon marché, comme ce fut le cas l’année dernière lorsque la Commission a introduit des droits anti-dumping sur les importations de chaussures en provenance de Chine et du Vietnam (EURACTIV 4/10/06). En outre, les partisans traditionnels du libre-échange, comme le Royaume-Uni et les pays nordiques, résisteront probablement.
Orgalime, le groupe européen de liaison des industries mécaniques, électriques, électroniques et métalliques européennes, a déjà fait part de son opposition aux mesures anti-dumping. D’après Adrian Harris, le secrétaire général d’Orgalime, cela n’a pas de sens de nuire à la compétitivité des PME européennes dans la métallurgie et le génie mécanique, qui emploient plus de sept millions de personnes, pour protéger les intérêts d’une industrie, qui, malgré une croissance mondiale de plus en plus importante, fournit seulement 250 000 emplois dans quelques pays européens. Pour Orgalime, les choses sont simples : ses entreprises doivent avoir accès aux matériaux en acier dont elles ont besoin à des conditions de marché concurrentielles. Adrian Harris déclare que si les fournisseurs traditionnels en Europe sont en mesure de les approvisionner, tout est pour le mieux. Dans le cas contraire, les entreprises doivent trouver des solutions alternatives pour pouvoir continuer à fabriquer en Europe.
L’affaire pourrait également mettre à l’épreuve les relations entre l’UE et la Chine – déjà tendues pour des questions liées à la protection des consommateurs, la contrefaçon, les subventions des exportations chinoises et l’augmentation les droits de douanes à laquelle les entreprises européennes sont confrontées pour accéder au marché chinois – avant le sommet bilatéral prévue à la fin du mois de novembre.

