Alors que les pays agricoles comme la France et l’Irlande ont, sans surprise, mené l’opposition contre les nouvelles propositions en faveur d’un pacte commercial international, ils ont été rejoint par des pays comme l’Allemagne qui a également rejeté l’offre de l’OMC sur la libéralisation du commerce des produits industriels.
Lors de la réunion le 26 mai, un nombre croissant de ministres européens en charge du Commerce ont semblé reprendre en cœur les critiques et les inquiétudes relatives aux dernières propositions pour un accord sur le commerce international, présentées par les médiateurs de l’OMC la semaine dernière.
Selon Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat au commerce extérieur, bien qu’aucun gouvernement n’ait rejeté d’emblée les documents, une majorité des 27 Etats membres de l’UE a exprimé ses inquiétudes concernant les textes.
La France, la Pologne, l’Irlande et la Lituanie rencontreraient de vrais problèmes avec les projets présentés, tandis que d’autres pays, notamment la Finlande, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la Hongrie et même l’Allemagne semblent se situer « au milieu », avec une série de sujets préoccupants.
Selon Mme Idrac, la France se pose beaucoup de questions sur les propositions agricoles et du point de vue français, il n’y a aucune amélioration en termes d’accès aux marchés pour les produits industriels français dans les marchés émergeants. Elle a conclu en déclarant que la France n’a jamais été dans une négociation aussi peu ambitieuse et équilibrée.
Seuls la Suède et la Grande Bretagne semblaient défendre la position du commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, qui estime qu’il est crucial de parvenir à un accord avant la fin de l’année, compte tenu des élections présidentielles aux Etats-Unis en novembre prochain.
Le ministre irlandais des Affaires étrangères Micheal Martin a estimé qu’il était nécessaire de négocier sur des points concrets. Selon lui, il ne s’agit pas d’achever ces négociations simplement parce que la présidence américaine se termine dans six mois. Il a ajouté qu’il serait plus sage d’attendre jusqu’à la mise en place une nouvelle administration avant d’aller plus loin dans les négociations.
Dans le secteur industriel en particulier, les ministres ont exprimé leur mécontentement face aux propositions qui, selon eux, n’offrent pas de garanties suffisantes concernant l’ouverture de nouvelles opportunités de marché pour leurs entreprises dans des pays tiers.
L’Allemagne a particulièrement condamné les nouvelles flexibilités introduites dans les textes qui permettraient aux grandes économies émergentes comme la Chine de protéger des secteurs entiers de leur industrie de la concurrence extérieure.
De fortes inquiétudes commerciales
Les inquiétudes exprimées par les ministres ont fait écho à la vague de critiques de la semaine dernière des plus grands lobbies de l’UE représentant les intérêts des entreprises.
Dans une lettre adressée à Peter Mandelson le 23 mai, BusinessEurope a déclaré que la dernière version du texte concernant les produits industriels était un pas en arrière pour la libéralisation des échanges, en raison d’une nouvelle formule de réduction des droits de douane qui permet à des pays comme l’Inde, la Brésil, l’Argentine d’opérer des réductions moindres les droits sur les importations tout en autorisant les nouveaux membres de l’OMC comme la Chine et Taiwan à réduire progressivement les droits de douane dans les 15 prochaines années.
Les critiques de l’organisation patronale ont été partagées par les organisations industrielles, allant des industries spécialisées dans la métallurgie et les fabricants automobiles jusqu’aux industries papetières, chimiques et textiles. Dans un communiqué de presse commun publié le 22 mai, ils ont déploré la perte continue d’ambitions dans les négociations depuis le début du cycle en 2001.
Ivan Hodac, le secrétaire général de l’Association des constructeurs automobiles européens ACEA, a affirmé qu’aucun texte de négociation ne répondrait à leurs aspirations.
M. Mandelson lui-même a concédé que la discussion sur l’accès aux marchés des produits manufacturés était désormais devenu la grande question politique de ce cycle et qu’il fallait travailler davantage, notamment au nom des principaux pays en développement.
Il a néanmoins souligné qu’il avait reçu le soutien d’une écrasante majorité de nations de l’UE.

